A et B, se vestoit ; L, se mectoit
ENGINS BRÛLÉS PAR LE FEU GRÉGEOIS. Il5
207 Toutes les fois que notre saint roi entendait qu'ils nous jetaient le feu grégeois, il se dressait sur son lit, et tendait ses mains vers Notre-Seigneur, et disait en pleurant : « Beau Sire « Dieu, gardez-moi mes gens ! » Et je crois vraiment que ses prières nous rendirent bien service dans le besoin. Le soir, toutes les fois que le feu était tombé, il nous envoyait un de ses chambellans pour savoir en quel état nous étions , et si le feu nous avait fait quelque dommage.
208. L'une des fois qu'ils nou3 le jetèrent, il tomba près le chat-château que les gens de monseigneur de Courtenay gardaient, et frappa sur la rive du fleuve. Alors voilà un chevalier qui avait nom l'Aubigoiz : « Sire , me dit-il, si vous ne nous aidez , nous « sommes tous brûlés -, car les Sarrazins ont tant lancé de leurs « traits qu'il y en a tout comme une grande haie qui vient brù- « lant vers notre château. » Nous nous élançâmes et allâmes là, et trouvâmes qu'il disait vrai. Nous éteignîmes le feu, et avant que nous l'eussions éteint , les Sarrasins nous chargèrent tous de traits qu'ils lançaient au travers du fleuve.
X LI V. L.cs cliats-châteaiix brûlés par le feu grégeois.
20CJ. Les frères du roi gardaient les chats-châteaux de jour, et montaient au château en haut , pour tirer contre les Sarrasins des arbalètes à carreaux qui allaient parmi le camp des Sarrasins. Or le roi avait décidé que quand le roi de Sicile gardait de jour les chats-châteaux ^ nous les devions garder de nuit. A cette journée que le roi de Sicile guetta de jour, nous devions guetter de nuit; et nous étions en grand malaise de cœur, parce que les Sarrasins avaient tout fracassé nos chats-châteaux. Les Sarrasins amenèrent la pierrière au grand jour, ce qu'ils n'avaient encore fait que de nuit, et lancèrent le feu grégeois sur nos chats-châteaux.
210. Ils avaient approché leurs engins si près des chaussées que l'armée avait faites pour boucher le fleuve , que nul n'osait aller aux chats-châteaux , à cause des engins qui lançaient les grandes
:2o<j. — 1 De jour jusqu'à chastel omis dans A. — -A omet de Sébile.
Il6 HISTOIRE DE SAINT LOUIS.
la voie. Dont il avint ainsi que nostre dui chastel furent ars-, dont li roys de Sezile estoit si hors dou sens, que il se vouloit aler ferir ou feu pour estaindre *, et se ' il en fu courouciez, je et mi chevalier en loames Dieu-, car se nous eussiens guietié le soir, nous eussiens estei tuit ars.
2 11. Quant li roys vit ce, il envoia querre touz les barons de Post ', et lour pria que chascuns li donnast dou merrien de ses neis pour faire un chat pour bouchier le flum- et lour moustra que il véoient bien que il n^i avoit boiz dont on le peust faire, se ce n'estoit dou merrien des neis qui avoient amenei nos harnois amont. Il en donnèrent ce que chascuns vout ; et quant cis chas fu fais , li merriens fu prisiez à dix mille livres et plus.
212. Li roys atira^ aussi que Ton ne bouteroit le chat avant en la chaucie jusques à tant que li jours venroit que li roys de Sezile dcvoit guietier'^, pour restorer la meschéance des autres chastiaus qui furent ars à son guiet. Ainsi comme l'on Tôt atirié , ainsi fu fait -^ car si tost comme li roys de Sezile fu venus à son gait, il fist bouter le chat jusques au lieu là ou li dui autre chat-chastel avoient estei ars.
21 3. Quant li Sarrazin virent ce, il atirierent que tuit lour seize engin geteroient sur la chaucie, là où li chas estoit venus. Et quant il virent que nostre gent redoutoient à aler' au chat, pour les pierres des engins qui chéoient sur la chaucie par où li chas estoit venus, il amenèrent la perriere, et geterent le feu grejois ou chat et Tardirent tout. Geste grant courtoisie fist Diex à moy et à mes chevaliers- car nous eussiens le soir guietié en grant péril, aussi comme nous eussiens fait, à Fautre guiet, dont je vous ai parlei devant.
214. Quant li roys vist ce, il manda touz ses barons pour avoir consoil. Or acorderent entre aus que il n'averoient pooir de faire