‹ Jean TalonChapitre 30 sur 58 · L'EXPROPRIATION DES TROIS BOURGS · texte numérisé non relu

L'EXPROPRIATION DES TROIS BOURGS

v*oiciles pièces relatives à l'expropriation des terres appartenant aux Jésuites, dont il est question à la page 96 de ce livre.

Noub en devons la copie à l'extrême obligeance du R. P. de Rochemonteix :

Copie de la requête présentée à M. l'intendant par le R. P. Le Mercier, supérieur, toucliant nos terres.

Vous remontre humblement le recteur du collège de Québec, supérieur des missions des RR. PP. Jésuites en la Nouvelle-France, sur le dessein que vous avez d'établir divers bourgs sur leur seigneurie de Notre-Dame-des-Anges.

r Que l'exécution de ce dessein leur serait si préjudiciable qu'elle leur ôterait l'unique fonds qu'ils ont pour subsister en ce collège, et fournir aux frais immenses de tant de missions qu'ils font dans tout le Canada, après avoir possédé le dit fonds environ quarante ans, après l'avoir cultivé en partie avec grandes dépenses, et après avoir justement espéré qu'ils pourraient continuer de le faire valoir paisiblement ensuite du don qui leur en a été fait par Monseigneur de Ventadour, vice-roi de ce pays, et qui leur a été ratifié par Messieurs de la Compagnie, Monseigneur de Montmagny et Monsieur de Lauzon, gouverneurs du dit pays.

2* Puisqu'il paraît, Monseigneur,que vous ne cherchez que le service du roi, et peupler le pays, nous pouvons dire que nous avons prévenu en partie vos intentions, et sommes

APPENDICE

prêts encore de les seconder selon notre pouvoir. Car outre les bâtiments et les terres que nous avons défrichées pour nousmêmes à grands frais, nous avons encore établi sur la dite seigneurie environ cent habitants, qui peuplent journellement, de plus nous avons pris les mesures nécesaires, et fait les principales dépenses, pour faire d'autres bourgs selon les alignements déjà tracés.

3* S'il nous est permis de contribuer à peupler le pays en multipliant les habitations sur nos terres de la dite seigneurie, nous jouirons de notre droit et cependant nous travaillerons pour la fin que vous prétendez qui est le service du roi et l'augmentation du pays, ce que nous avons eu toujours en vue, l'ayant fait cultiver et peupler en tant d'endroits, qu'il ne s'en trouvera pas qui aient plus servi et profité à tout le pays que nous depuis quarante ans.

4* S'il vous plaît, Monsieur, de faire travailler ailleurs à même que nous le ferons sur nos terres, il se trouvera que le roi aura bientôt plus de nouveaux sujets en plus d'endroits que vous ne désignez, et ainsi les bourgs se multiplieront, le pays profitera davantage, la ville do Québec en tirera plus de secours dans les occasions, vos desseins se verront accrus, vous nous aurez conservé nos droits, et nous aurons sujet de louer votre justice.

Que si nonobstant nos raisons et nos prières, vous persistez, Monseigneur, ù vouloir que votre dessein soit exécuté, il vous plaira nous donner acte que ce n'est point de notre consentement que cela se fait, pour nous servir de justification envers nos supérieurs et envers l'Eglise si besoin est.

Fait à Québec, ce 25ème jour de janvier de l'an 1666.

François Lb Mbroier.

Réponse de M. l'intendant.

II sera répondu à la requête ci-dessus lorsqu'après avoir été présentée à Monseigneur de Tracy, ayant en sa personne la première et principale autorité du roi, il aura été jugé à propos que nous y répondions.

Fait à Québec, ce 26 janv. 1666.

Talon.

492 APPENDICE

Réponse de M. de Tracy.

Vu la requête ci-dessus des Pères Jésuites et la réponse de Monsieur Talon, intendant de la justice, police et finances en Canada sur icelle, nous la renvoyons à Monseigneur Talon pour y être fait justice et raison conformément aux volontés du roi.

A Québec, ce 26 janvier 1666.

Tracy.

Seconde réponse de Monseigneur Talon.

Pour ne rien faire qui paraisse blesser les intérêts de Dieu en ce qui regarde l'Eglise, du roi en l'établissement du Canada, et les nôtres en ce que nous nous devons à nouamôme par l'acquit de notre devoir, nous remettons à répondre à la requête d'autre part à nous renvoyée par M. de Tracy, lorsque par les RR. PP. Jésuites il aura été répondu par écrit au cas par nous à eux proposé de même.

Fait à Québec, ce 26 janvier 1666.

Talon.

Copie d'un billet envoyé au R. P. Le Mercier par Monseigneur l'intendant, le 26 janvier 1606.

Je prie trèa humblement le Révérend Père Supérieur des Jésuites de trouver bon, que, comme il me demande de quoi justifier sa conduite à l'égard de sos supérieurs, je lui demande réciproquement de quoi mettre la mienne à couvert auprès du roi en résoudant par écrit le cas que je lui propose ; je suis son très humble serviteur.

Talon.

Cas proposé aux RR. PP. Jésuites de Québec qu'ils sont priés de résoudre.

Si un sujet du roi ayant reçu commandement de Sa Majesté de donner toute son application à faire valoir et avancer son service, dans l'établissement d'un pays que Sa Majesté veut procurer, peut en conscience préférer un petit avantage à un beaucoup plus considérable tant au service de Sa Majesté

APPENDICE

qu'au bion public, et de tout un paye, et par la considération d'un particulier n'embrasser pas le général, surtout en chose notable.

Si ruême Ayant reçu commandement d'établir quarante familles que Sa Majesté veut envoyer au printemps prochain et à cet effet leur préparer des habitations en forme de bourgades toutes cultivées et ensemencées, il peut, par la considération du même intérêt d'un particulier prendre un espace de terre couverte do bois en un lieu où ces pauvres familles seront plus exposées et plus éloignées des secours qui leur seront nécessaires dans les premiers temps, pouvant en prendre une autre couverte aussi de bois, et non en valeur, qui peut non seulement être plus commode aux dites familles mais plus utiles au corps de l'état.

En un mot si ce sujet sachant et connaissant parfaitement que ce qu'il fait est beaucoup plus conforme aux intentions qu'il a reçues de ses supérieurs, au service de son roi, et au bien public qu'il doit procurer de toutes ses forces, que tout ce qu'on lui peut proposer ailleurs, peut changer de dessein pour l'intérêt d'un seul ou d'une Communauté ne faisant qu'un membre en l'Etat.

Talox.

Copie de la Réponse ait dit billet et au dit Cas par manière de requête.

MONSKIOVEUIt,

Nous ne doutons point que vous ne puissiez décider le cas qu'il vous a plu nous proposer, mieux que nous, attendu que vous croyez que ce sont aflaires d'Etat, et que d'ailleurs l'intérêt nous ferait trouver moins de créance, et partant nous arrêtant à la conclusion de notre requête, uous vous supplions derechef trè« humblement d'avoir agréable do nous donner au moins un petit témoignage de votre main, comme vous avez jugé cela nécessaire pour le service et 1a satisfaction de Sa. Majesté.

Que si cela même ne vous agrée pas, nous nous désistons volontiers de vous le demander ne désirant rien plus que de vous témoigner que nous sommes les très soumis et très obéissants sujets du roi et vos très humble» serviteurs.

A Québec, le 27 Janv. 1666.

494 APPENDICE

Réponse de bouche, qui ne fut pas faite,

Monseigneur de Tracy nous ayant conseillé de faire la susdite par manière de requête laquelle ne fut pas répondue, Monsieur l'Intendant s'étant dédit à notre dernière proposition :

Monsieur, je viens vous supplier d'avoir pour agréable que je vous réponde de bouche au billet qu'il vous a plu m'écrire et au cas que vous nous avez proposé, savoir est :

Que nous jugeons que vous êtes très capable et plus que nous de décider un cas de cette nature et qui regarde l'Etat.

De plus la difficulté n'est pas dans ces propositions générales, étant assuré, que comme pour Dieu, il n'y a rien qu'on ne doive faire, aussi à proportion un fidèle sujet du roi doit-il embrasser ce qui est plus justement avantageux pour son service.

La difficulté est dans l'application de la thèse générale au cas particulier, or comme nous sommes intéressés en celui dont il est question, vous trouverez bon, Monsieur, que nous ne vous en disions autre chose que ce que nous vous en avons humblement remontré dans la requête que nous vous avons présentée.

Outre que nous ne vous l'avons présentée que pour avoir de vous la réponse que vous jugerez.

(Archives nationales, Paris ; Carton M, 247).

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