SCÈNE II
JACQUELINE
Mon mariage alors doit se comprendre ;
' Vraiment, je n’ pouvais pas attendre Que les sauvages aient fini Fini de manger mon mari,
De manger mon futur mari!
MARGOTTE, naïvement.
C’est vrai, tout de même.
JACQUELINE
Et puis, M. Clochedoux a trois fermes.
MARGOTTE
Oui; mais M. Jean a celle-ci, que lui a laissée sa tante Berlurot.
JACQUELINE
J’sais bien... ça fait une... l’autre en a troisses... ça y fait deux fermes de plus que Jean.
MARGOTTE
C’est vrai ! oh! c’est égal, s’il revenait... hein?... Lui qui est si méchant, si coléreux, lui qui battait tout le monde dans le pays... c’est pour le coup qu’il en ferait des histoires'... Lui qu’on a surnommé Jean Torgnole... à cause qu’il en distribuait à ses petits camarades.
JACQUELINE
Et à toi aussi, la Margolle.
Oh! moi, j’étais sa bête noire!. .. aussi, je le regrette pas.
JACQUELINE
Ma foi, moi non plus... Tiens! il est méchant, et il n’a qu’une ferme!
MARGOTTE
Alors, t’aimes donc m’sieu Clochedoux ?...
JACQUELINE
Ma fine... oui... il est gentil, pas vrai?
MARGOTTE
Oh! moi j’sais pas... je trouve que tous les hommes se ressemblent... Après ça dans le pays le sang est beau!...
JACQUELINE
Alors, tu ne veux pas te marier?
MARGOTTE
Moi! et bon Dieul quéqueje ferais donc d’un homme?... faut-y pas que je garde c te ferme jusqu’au retour de Jean Torgnole?... nous la gardions ensemble... mais maintenant... tu vas aller dans une des trois à Clochedoux 1... si
ben donc que je la garderai toute seule... Faut aussi que je garde les vaches, les dindons, les canards... les six moutons... enfin toute la volaille... Ah I je suis une jeunesse qu’est occupée... je n’ai pas le temps de prendre un homme, moi? (On entend les cloches.) Tiens! v’iù déjà le carillon!...