SUIS
LE PRINCE
^ ^concupiscence parle-t-elle déjà tellement à vos sens
qne l*i(j^ d'une éternelle chasteté vous exaspère à ce point. ^
*^^^^loi , vieillard ! Tes lèvres vont se dessécher si tu proï^Ouces des mots dont tu ne comprends pas le sens
I7i GABRîKt.
guêpe furieuse a donc piqué aujourd'hui la langue ^*^^
mon élève? je ne l'avais jamais vu ainsi. Je me perdr^ en de vaines prévisions sur Favcnir de cette étrai créature : son avenir est insaisissable comme la nati de son esprit... Pouvais-je donc être un magicien \^ savant que la nature, et détruire Tœuvre divine dî un cerveau humain? Je l'eusse pu peut-être par mensonge et la corruption ; mais cet enfant l'a dit , j'éC' trop honnête pour remplir dignement la tâche diffii dont j'étais chargé. Je n'ai pu lui cacher la vérital moralité des faits , et ce qui devait servir à fausser jugement n'a servi qu'à le diriger...
(// écoute les voix qui se font entendre dans le cabim
On parle haut. ..4a voix du vieillard est âpre ctsôch celle de l'enfant tremblante de colère... Quoi! il braver celui que nul n'a bravé impunément! Di< fais qu'il ne devienne pas un objet de haine pour homme impitoyable ! (// écoute encore.]
Le vieillard menace, l'enfant résiste... Cet enfant noble et généreux; oui, c'est une belle âme, et il aui fallu la corrompre et l'avilir, car le besoin de justice de sincérité sera son supplice dans la situation impossil où on le jette. Hélas 1 ambition, tourment des prince quels infâmes conseils ne leur donnes-tu pas, et quel! consolations ne peux-tu pas leur donner aussi !...0i l'ambition, la vanité, peuvent l'emporter dans l'âï de Gabriel, et le fortifier contre 1© désespoir...
( // écoute.)
Le prince parle avec véhémence... Il vient par ici, Affronterai-je sa colère?... Oui, pour en préserf ©r G. brîel... Faites, ôDieu, qu'elle retombe «nr moi seul. L'orage semble se calmer; c'est maintenant Gabriel qi parle avec assurance... Gabriel! étrange et malheureu! créature, unique sur la terre!... mon ouvrage, c'est-âft^
Je
Oh! poor Din, Tabbé, ne rDoonameocez pK^ le |hiîs acheter la phnse, je b sus pv ooeor : « Et ndkesses j attachés, pm e at paiser aiiteniatjremesit, dans les £► milles, de la fanocke aisée à la hnsotAt cadeUe, d repasser de la faraocke cadette â la brandie aînée, récâproquemenl, par la loi de transaûsâcin dlténtage, à raloé des eatels mlirr d'une des brandie?, qoanj la brandie ooflalérale ne se troare pfais lepr^ratée que par des filles.» EsKe là loot œ que itxis arîez de noo- Teaa ei duitéressaat â me <fire! Traîmenl, si tous ne m^aviez jamais appris rien de mieux, j'^aimerais autant
ne rien saroir du tout.
Ls nearrEcm.
Ayez*mi pea de patience, songez qoTil m'en faut souvent beaucoup avec vous.
C*estvrai,monami, pardonnex-moL le sois mal disposé aujourd'huL
LE pnÂCEPTm.
Je m*en aperçois. Peut être vaudrait-il mieux remettre la conversalion à demain ou à ce soir.
(Léger bruit dams le cabinei.)
Qui est là-dedans?
UK PlicSPTEUa.
Vous le saurez n vous voulez m*entendrc.
«ABiiEL, vivement.
Loi 1 mon grand-père , peut-être ?
LB néCBPTBrR.
Peut-être.
170 GADRIEL.
augusle cl sacré. No m^aUribiie pas des pensées qui n*ont jamais souillé mon âme. Tu m*as bien assez outragé vu me rendant, au sortir du sein maternel, Tinstrument de la haine, le complice de l'imposture et de la fraude. Fautil que je vive sous le poids d'un mensonge éternel, d'un vol que les lois puniraient avec la dernière ignominie!
Gabriel! Gabriel! vous parlez à votre aïeul!...
LE PRINCE
' Laissez-le exprimer sa douleur et donner un libre cours à son exaltation. G*est un véritable accès de démence dont je n'ai pas à m' occuper. Je ne vous dis plus qu'un mot , Gabriel : entre le sort brillant d'un prince et l'éternelle captivité du cloître, choisissez! Vous êtes encore libre. Vous pouvez faire triompher mes ennemis, avilir le nom que vous portez , souiller la mémoire de ceux qui vous ont donné le jour, déshonorer ines cheveux blancs... Si telle est votre résolution , songez que Tinfamie et la misère retomberont sur vous le premier, et voyez si la satisfaction des plus grossiers instincts peut compenser l'horreur d'une telle chute.
V Assez, assez, vous dis-jel Les motifs que vous attribuez à ma douleur sont dignes de votre imagination , mais nou de la mienne...
{Il s'assied et cache sa tête dans ses mains,)
LE PRÉCEPTEUR, btts au pHnce.
Monseigneur, il faudrait en effet le laisser à lui-même quelques instants ; il ne se connaît plus.
LE PRINCE, de même.
Vous avez raison. Venez avec moi, monsieur l'abbé.
LE PRÉCEPTEUR, baS,
Votre altesse est fort irritée contre moi?
GABRIEL i:l
jour. Armez-Tous de courage. Vous avez une grande réjo- 'ution à prendre, une grande destinée à accepter aujou r d" Il ui. Quand vous aurez appris ce que vous ignorez, vous Tie direz pas que vous n'êtes pas aimé. Vous savez , ^" ïïioîns, que votre naissance fut attendue comme yne aveur céfeste, comme un miracle. Votre père était ma- ^ ^ > ©t Ton avait presque perdu l'espoir de lui voir
oiiner le jour à un héritier de son titre et de ses ri- ^"Osses. Déjà la branche cadette des Bramante triomphait
aos l*espoir de succéder au glorieux titre que vous por- ^'^^z Un jour...
- ^ïi î je sais tout cela. En outre, j'ai deviné beaucoup
. ^ choses que vous ne me disiez pas. Sans doute, la i^^^*® divisait les deux frères Julien et Octave , mon
^ ^^ et mon oncle; peut-être aussi mon grand-père ^'^^^îssait-il dans son âme une secrète préférence pour
" '^ fils aîné... Je vins au monde. Grande joie pour tous , ^^^Pté pour moi, qui ne fus pas gratifié par le ciel d'un ^'^otère à la hauteur de ces graves circonstances.
LE PRÉCEPTEUR
Q^e dites-vous?
''^ dis que cette transmission d'héritage de mâle en
^àlè ^st une loi fâcheuse, injuste peut-être. Ce continuel
^^P^acement de possession entre les diverses branches
^^^n^ famille ne peut qu'allumer le feu de la jalousie,
JSï'îr les ressentiments, susciter la haine entre les'pro-
«es parents, forcer les pères à détester leurs filles,
^*^^ rougir les mères d'avoir donné le jour à des enfants
^^ leur sexe 1... Que sais-jel L'ambition et la cupidité
^*^ent pousser de fortes racines dans une famille ainsi
^s^tiablée comme une meute affamée autour de la curée
^ ^ïiajorat, et Thisloire m'a appris qu'il en peut résulter
t78 GABRIEL.
gneiisement caché Texistence de ce jeune homme l ce là ma consolation, la réparation de l'iniquité à laquon m'associe ! Pauvre parent ! pauvre victime , toi au: Errant^ vagabond, criblé de dettes, plongé dans la bauche, disent-ils, avili, dépravé, perdu, hélas! p^^^" être. La misère dégrade ceux qu'on élève dans le be^^*" des honneurs et dans la soif des richesses. Et le ci* ■^^' vieillard s'en réjouit 111 triomphe de voir son petit — ^" dans l'abjection , parce que le père de cet infortuné a ^^^ contrarier ses volontés absolues , qui sait? dévoiler Q^-^ . qu'une de ses turpitudes, peut-être ! Eh bien 1 je te teo«^ ^^\ la main, moi qui suis dans le fond de mon âme plus a^'^^"^ et plus malheureux que loi encore; je m'efforcerai d^ . retirer du bourbier, et de purifier ton âme par une ancï^ *^^ sainte. Si je n'y réussis pas, je comblerai du moin» "^"^^^
mes richesses l'abîme de ta misère, je te restituerai 3^ l'héritage qui t'appartient; et, si je ne puis te rendra ^ vain titre que tu regrettes peut-être, et que je rougis porter à ta place , je m'efforcerai du moins de détoux'*'^ ^^ sur toi la faveur des rois, dont tous les hommes £5^^^"* jaloux. Mais quel nom porte-t-il? Et où le trouverai— J Je le saurai : je dissimulerai , je tromperai , moi aussi l "j quand la confiance et l'amitié auront rétabli l'ég^^ * entre lui et moi, ils le saurontU.é Leur inquiétude ^^^^ poignante. Puisque tu m'insultes, ô vieux Jules 1 pui^^^^*^*® tu crois que la chasteté m'est si pénible , ton suppr ^ *^^ sera d'ignorer à quel point mon âme est plus chaste et «^^^ volonté plus ferme que tu ne peux le concevoir I...
Allons! du courage! Mon Dieu! mon Dieu! vous le père de l'orphelin , l'appui du faible, le défenseur ropprin>é 1