ASTOLPHE , LA FAUSTINA
{AstolphCy en costume de fantaisie très-riche, achève sa toilette devant un grand miroir» La Faustinas très'parée , entre sur la pointe du pied et le regarde. Jstolphe essaie plusieurs coiffures touf à tour avec beaucoup d'attention.)
LA FAUSTINA, à part.
Jamais femme mit-elle autant de soin à sa toilette et de plaisir à se contempler? Le fat!
ASTOLPHE , qui voit Faustina dans la glace. A pari* Bon! je te vois fort bien, fléau de ma bourse, ennenfl de mon salut? Ah ! tu reviens me trouver! Je vais tefai^^ un peu damner à mon tour.
{Il jette sa toque avec une affectation d'impatience et arrange sa chevelure minutieusement.) FAUSTINA, s'assied et le regarde. Toujours à part- Courage ! admire-toi , beau damoiseau ! Et qu'on dise que les femmes sont coquettes 1 Une daignera passe retourner !
ASTOLTHE, à pOTt.
Je gage qu'on s'impatiente. Oh ! je n'aurai pas fini de si tôt. (// recatmmence à essayer ses toques,)
FAUSTiNA , à part.
Encore!... Le fait est qu'il est beau, bien plus beau qu'Antonio; et on dira ce qu'on voudra, rien ne fait tant d'honneur que d'être au bras d'un beair cavalier. Cela vous pare mieux que tous les joyaux du monde. Quel dommage que tous ces Alcibiades soient si vite ruinés ! En voilà un qui n'a plus le moyen de donner une agrafe de ceinture ou un nœud d'épaule à une femme ! ASTOLPHE , feignant de se parler à lui-même.
Peut-on poser ainsi une plume sur une barrette ! Ces gens-là s'imaginent toujours coiffer des étudiants de Pavie !
[// arrache la plume et la jette par terre, Faustina
la ramasse.) FAUSTINA , à part.
Une plume magnifique! et le costumier la lui fera payer. Mais où prend-il assez d'argent pour louer de si riches habits? (Regardant autour d'elle,)
Eh mais ! je n'y avais pas fait attention ! Comme cet appartement est changé! Quel luxe! C'est un palais aujourd'hui. Des glaces! des tableaux!
(Regardant le sofa où elle est assise.) Un meuble de velours tout neuf, avec des crépines i'or fin ! Aurait-il fait un héritage? Ah ! mon Dieu , et noi qui depuis huit jours... Faut-il que je sois aveugle! Un si beau garçon 1...
[Elle tire de sa poche un petit miroir et arrange sa
coiffure.) ASTOLPHE , à part.
Oh! C'est bien inutile! Je suis dans le chomin do la vertu.
PAUSTINA, se levant et allant à lui.
A votre aiso, infidèle 1 Quand donc le beau Na**^^*^^^ daignera-t-il détourner la tête de son miroir ? ASTOLPHE , sans se retourner.
Ah ! c'est toi , petite ?
FAUSTINA
Quittez ce ton prolecteur, et regardez-moi.
ASTOLPHE , sans se retourner.
Que me veux-tu ? Je suis pressé.
FAUSTINA , le tirant par le bras.
Mais , vraiment , vous ne reconnaissez pas ma vO> ^ ' Astolphe? Votre miroir vous absorbe 1
ASTOLPHE, se retourne lentement et la regarde d '^^
air indifférent.
Eh bien , qu'y a-t-il ? Je vous regarde. Vous n'êtes P^^ mal mise. Où passez-vous la nuit ?
FAUsf iNA , à part.
Du dépit? La jalousie le rendra moins fier. Pay^^^^ d'assurance. (Haut.) Je soupe chez Ludovic.
ASTOLPHE
J'en suis bien aise ; c'est là aussi que je vais tout à l'heure.
FAUSTINA
Je ne m'étonne plus de ce riche déguisement. Ce sC^ une fête magnifique. Les plus belles filles de la vill0 V sont conviées; chaque cavalier amène sa maîtresse. ^^ tu vois que mon costume n'est pas de mauvais goût.
ASTOLPHE
Un peu mesquin 1 C'est du goût d'Antonio ? Ah ! je n* reconnais pas là sa libéralité accoutumée. Il parait, tO& pauvre Faustina , qu'il commence à se dégoûter de loi ^
FAUSTINA
C'est moi plutôt qui commence à me dégoûter do lui*
ÂSTOLPBE, essayant des gants.
Pauvre garçon!
FAUSTINA
Vous le plaignez?
ASTOLPBE.
^^aucoup, il est en veine de roalhenr. Son oncle est "jP**t la semaine passée, et ce matin à la chasse le sang^i^or a éventré le meilleur de ses chiens.
FAUSTINA
. ^*ost juste comme moi : ma camérisle a cassé ce ma- ^ ïïioh magot de porcelaine du Japon , mon perroquet ^ ^st empoisonné avant-hier, et je ne t'ai pas vu de la ^^nnaine.
ASTOLPBE, feignant d'avoir mal entendu.
. , Qu'est-ce que tu dis de Célimène? J'ai dîné chez elle *^*^r. Et toi , où dînes-tu demain ?
FAUSTINA
-^Vec toi.
ASTOLPBE.
"ï^u crois ?
FAUSTINA
^*est une fantaisie que j*ai.
ASTOLPBE.
^oi, j'en ai une autre.
FAUSTINA
iquelle?
ASTOLPHB.
, ^""est de m*en aller à la campagne avec une créature ^^'^mante dont j*ai fait la conquête ces jours-ci.
FAUSTINA
kh! ahl Eufémia, sans doute?
ASTOLPBE.
'i donc!
vernes et les mauvais lieux, ou du moins que je me livrasse à mes vices en secret...
Ainsi vous croyez que c'est pour l'honneur de la famille que je m'offre à vous rendre service?
ASTOLPHE
Cela peut être ; on fait beaucoup de choses dans notre famille par amour-propre.
Et encore plus par rancune.
ASTOLPHE
Comment cela?
Oui ; on se hait dans notre famille , et c'est fort triste.
ASTOLPHE
Moi, je ne hais personne , je vous le déclare. Le ciel vous a fait riche et raisonnable ; il m'a fait pauvre et prodigue : il s'est montré trop partial peut-être. Il eût mieux fait de donner au sang des Octave un peu de l'é^ conomie et de la prudence des Jules, au sang des Jules un peu de l'insouciance et de la gaieté des Octave. Mais enfin, si vous êtes, comme vous le paraissez , mélancolique et orgueilleux, j'aime encore mieux mon enjoué^ ment et ma bonhomie que votre ennui et vos richesses. Vous voyez que je n'ai pas sujet de vous haïr, car je n'ai pas sujet de vous envier.
Écoutez , Astolphe ; vous vous trompez sur mon compte. Je suis mélancolique par nature, il est vrai; mais je ne suis point orgueilleux. Si j'avais eu des 'dispositions à l'être , l'exemple de mes parents m'en aurait guéri. Je vous ai semblé un peu philosophe; je le suis assez pour haïr et renier cette chimère qui met l'isolement , la haine
^^ ^arne, je vais trouver Menrique, qui fait des folies
ASTOLPHE, un peu ému.
Moï^t-ique? {Se remettant aussitôt.) Tu ne saurais
^^5c faire. Au revoir, donc!
^ FAusTiNA, à part y en sortant,
, ^3^ î il est plus ruiné que jamais. Il aura engagé le *^}<^r morceau do son patrimoine pour sa nouvelle I ^^^^' l^ans huit jours, le seigneur sera en prison et ^H^ dans la rue. (Elle sort,)