‹ Jean Zyska--GabrielChapitre 38 sur 63 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

Oiez Ladof ic ^ Un boudoir ^ demi édairé, donoant sar une galerie très-ricbe, et aa fond on salon étiocelant.

GABRIEL , déguisé en femme, est assis sur un sofa; ASTOLPHE entre, donnant le bras à la FAUSTINA.

FAusTiNA , d'un ton aigre.

Un boudoir? Oh! qu'il est joli! mais nous sommes trop d'une ici.

GABRIEL , froidement.

Madame a raison , et je lui cède la place. (// se lève.

FAusniu.

n parait que vous n'êtes pas jalouse!

ASTOLPHE

Elle aurait grand tort. ! Je le lui ai dit, elle peut être bien tranquille.

Je ne suis ni très-jalouse ni très-tranquille; mais je baisse pavillon devant madame.

FAUSTINA

Je vous prie de rester, madame...

ASTOLPHE

Je te prie de l'appeller mademoiselle , et non pas madame.

FAUSTINA , riant aux éclats.

Ah bien î oui , mademoiselle ! Tu serais un grand sot , mon pauvre Astolphe!...

ASTOLPHE

Ris tant que tu voudras; si je pouvais t'appeîer mademoiselle , je t'aimerais peut-être encore.

FAUSTINA

Et j'en serais bien fâchée, car ce serait un amour à

périr d'ennui, {/i Gabriel,) Est-ce que cela vous annjso, l'amour platonique? [À part,)

Vraiment, elle rougit comme si elle était tout à fait innocente. Où diable Astolphe l'a-t-il pêchée?

ASTOLPHE

Faustina, tu crois à ma parole d'honneur?

FAUSTINA

Mais, oui.

ASTOLPHE

Et bien , je te jure sur mon honneur ( non pas sur le tien) qu'elle n'est pas ma maîtresse , et que je la respecte comme ma sœur.

FAUSTINA

Tu comptes donc en faire ta femme? En ce cas, tu es un grand sot de l'amener ici; car elle y apprendra beaucoup de choses qu'elle est censée ne pas savoir.

ASTOLPHE

Au contraire, elle y prendra l'horreur du vice en vous voyant , toi et tes semblables.

FAUSTINA

C'est sans doute pour lui inspirer cotte horreur bien profondément que tu m'amenais ici avec des intentions fort peu vertueuses? Madame... ou mademoiselle... vous pouvez m'en croire, il ne comptait pas vous trouver sur ce sofa. Je n'ai pas de parole d'honneur, moi , mais monsieur votre fiancé en a une; faites-la-lui donner!... qu'il ose dire pourquoi il m'amène ici 1 Or, vous pouvez rester ; c'est une leçon de. vertu qu'Astolphe veut vous donner.

GABRIEL , à Astolphe.

Je ne saurais soufTrir plus longtemps l'impudence de pareils discours; je me retire.

ASTOLPHE , bas.

Gomme tu joues bien la comédie 1 On dirait que tu es une jeune lady bien prude.

GABUI.EL , seuL

Otons vite la robe de Déjanire, elle me brûle l trine, elle m*cnivre, elle m'oppresse ! Oh! quel iro quel égarement, mon Dieu!... Mais comment m'y drai-je?... Tous ces lacets, toutes ces épingles... (, chire son fichu de dentelle et V arrache par lamhec^ Astolphe, Astolphe, ton trouble va cesser avec ton sion. Quand j'aurai quitté ce déguisement pour repre ^^ l'autre, tu seras désenchanté. Mais moi, retrouver-^ sous mon pourpoint le calme fie mon sang et Tinnoc^ de mes pensées?... Sa dernière étreinte me dévor^ Ah! je ne puis défaire ce corsage! Hâtons-nous!... prend son poignard sur la table et coupe les lac^ Maintenant, où ce vieux Marc a-t-il caché mon pourpoi Mon Dieu ! j'entends monter l'escalier, je crois! ( // co fermer la porte au verrou^) Il a emporté mon mani et le voile !... Vieux dormeur! Il ne savait ce qu'il faisai Et les clefs de mes coffres sont restées dans sa poche^ gage... Rien! pas un vêtement, et Astolphe qui va vi loir causer avec moi en rentrant... Si je ne lui ouvre pj j'éveillerai ses soupçons î Maudite folie î Ah !.. avant qi entre ici, je trouverai un manteau dans sa chambre... Il prend un flambeau^ ouvre une petite porte de a

et entre dans la chambre voisine. Un instant

silence, puis un cri, )

ASTOLPHE , dans la chambre voisine.

Gabriel , lu es une femme! mon Dieu !

{On entend tomber le flambeau. La lumière dispc^ ^

rait. Gabriel rentre éperdu- Astolphe le suit dan--^^

les ténèbres et s'arrête au seuil de la porte, )

ASTOLPHE

Ne crains rien, ne crains rien ! Maintenant je ne fran-^ chirai plus cette porte sans ta permission. ( Tombant (0 genoux,) mon Dieu , je vous remercie !

GABBIEL. iI9

^^<"ie. Je DC suis point une femme; je suis le cousin

^*AstoIphe.

ASTOLPHB.

MoD boD Gabriel , lu es vraiment fou !

FAUSTINA , reprenant lentement ses esprits.

Vraiment! vous êtes le prinœ de Bramante? ce n'est pas possible!... Mais si £ait, je tous reconnais. Je vous ai vu passer à cheval l'autre jour, et vous montez à cbeval mieux qu'Astolpbe, mieux qu'Antonio lui-même, qui pourtant m'avait plu rien que pour cela.

ASTOLPHB.

Eh bien ! voici une déclaration. J'espère que tu comprends , Gabriel , et que tu sauras proGter de tes avantages. Ah çà ! Faustina , tu es une bonne fille , ne va pas trahir le secret de notre mascarade. Tu en as été dupe. Tâche de n'être pas la seule, ce serait honteux pour toi.

FADSTINA.

Je m'en garderai bien ! je veux qu'Antonio soit mystifié, et le plus cruellement possible; car il est déjà éperdûment amoureux de monsieur. (A Gabriel,) Bon ! jo l'aperçois qui vous lorgne du fond du salon. Je vais vous embrasser pour le confirmer dans son erreur.

GABRIEL, reculant devant V embrassade.

Grand merci ! je ne vais pas sur les brisées démon cousin.

FAUSTINA

Oh ! qu'il est vertueux! Est-ce qu'il est dévot? Eh bien , ceci me plaît à la folie. Mon Dieu , qu'il est joli ! Astolphe , lu es encore amoureux de moi , car tu ne me l'avais pas présenté; tu savais bien qu'on ne peut le voir impunément. Est-ce que ces beaux cheveux sont à vous? et quelles mains ! c'est un amour !

ASTOLPHE, à Faustina,

Bon 1 lâche de. le débaucher. Il est trop sage, vois-tu 1 {A CabrieL)E\k bien! voyons! Elle est belle, et tu es assez

Oui! si j'avais le bonheur de posséder une jeune et belle , je ne voudrais pas qu'elle s'exposât

(Gabrielle se lève.

SETTiMiA , (Tune voix sèche et aigre.

Vous êtes déjà lasse de notre compagnie?

J'ai aperçu Astolphe dans l'allée de marronnier "^^ ^' m'a fait signe , et je vais le rejoindre.

FRÈRE COME, baS,

Vous accompagnerai-je jusque-là ?

GABRIELLE, haut.

Je veux aller seule.

(Elle sort. Frère Côme revient vers les autrt

ricanant.

FRÈRE COME

Vous l'avez entendue? Vous voyez comme ell reçoit? Il faudra, Madame, que votre seigneuri dispense de travailler à l'œuvre de son salut : je sui courage de ses rebuffades : c'est un petit esprit rempli d'orgueil , je vous l'ai toujours dit.

SETTIMIA

' Votre devoir, mon père, est de ne point vous d(5 rager quand il s'agit de ramener une âme égaré n'ai pas besoin de vous le dire.

BARBE se lève , met ses lunettes sur son nez^ va examiner le métier de Gabrielle.

J'en étais sûre! pas un point depuis hier! Vous cro3^ qu'elle travaille? elle ne fait que casser des fils, pe^r^'"^ des aiguilles et gaspiller de la soie. Voyez comm© ^^* échevoaux sont embrouillés !

FRÈRB C051E, regardÊfit le métier.

Elle n'est pourtant pas maladroite! Voilà une Ù&^^ tout à fait jolie et qui ferait bien sur un devant d'aute/-

GABRIEL. SU

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