‹ Jeanne Bijou, pièce en trois actes [par] Max Waller. Représentée pour la premiere fois a Bruxelles sur le Théatre de "L'Alcazar Royal", le 6 fevrier 1886Chapitre 11 sur 21 · SCÈNE IV Le même, Gaston · texte numérisé non relu

SCÈNE IV Le même, Gaston

GASTON (grave, s "approchant d'Albert) ALBERT (sèchement)

GASTON Tu ne me donnes pas la main?

ALBERT

Non.

Pourquoi?

ALBERT (brusquement) Entends-tu ce que dit le monde?

GASTON Je l'entends beaucoup, beaucoup trop même, mais je l'écoute peu.

ALBERT

Tu as tort. Lorsque le monde éclabousse une femme d'un nom d'homme, il est du devoir de cet homme de défendre celle qu'on accuse.

GASTON Ceux qu'on accuse à tort n'ont pas à se défendre — et le monde peut parler.

ALBERT (violemment)

Eh bien, je ne veux pas moi qu'il parle, tu m'entends; je ne veux pas qu'il dise : M. Gaston de Cléry est l'amant de la comtesse de Morteroche.

GASTON (froidement) Ah! il dit cela?

ALBERT

Eh bien, que dis-tu, toi?

GASTON

Je dis qu'il faut le laisser dire.

ALBERT

Même s'il dît vrai?

GASTON

Même s'il dit vrai. As-tu parlé de cela à ta femme?

ALBERT

Oui, elle m'a répondu comme dans les comédies : je ne veux pas me défendre.

GASTON

C'est très bien dit, je n'ai qu'à l'imiter, et toi — tu feras ce que tu voudras.

ALBERT

Ce que je veux, c'est savoir ; c'est m'enfoncer dans la tête ou l'en rejeter tout de suite ce soupçon que le monde me soufîle à voix basse, à toute heure. Ma femme, Christine, je l'aime, entends-tu? je veux l'avoir à moi, à moi seul, je l'ai payée de mes angoisses, de mes doutes, de cette attente de deux mois dont j'ai le cœur broyé. Réponds-moi, réponds-moi.

Je n'ai rien à dire.

Réponds-moi.

Je n'ai rien à dire.

GASTON

ALBERT (brutalement)

GASTON

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