‹ Jeanne Bijou, pièce en trois actes [par] Max Waller. Représentée pour la premiere fois a Bruxelles sur le Théatre de "L'Alcazar Royal", le 6 fevrier 1886Chapitre 14 sur 21 · SCÈNE I Jeanne Bijou, le Major, Friedmann · texte numérisé non relu

SCÈNE I Jeanne Bijou, le Major, Friedmann

JEANNE

Eh bien! major, j'apprends qu'il s'est passé des éve'nements tragiques depuis quelques heures. On parle soufflets, duel, adultère, mort!

LE MAJOR

Pas tant que cela. Un valet de chambre de la comtesse de Morteroche assure qu'Albert a fait une scène bruyante à Gaston de Cléry. Jusqu'ici, il n'y a pas de soufflets en cause. De l'office au Boulevard, il n'y a pas loin, et le bruit court avec une rapidité vertigineuse. Au reste, les deux adversaires ne peuvent manquer de venir au bal de l'Opéra, et nous saurons bientôt...

FRIEDMANN

Je crains bien que nous ne sachions rien du tout.

JEANNE Que si !

FRIEDMANN Rien du tout.

JEANNE

Dussé-je me réconcilier avec M. de Cléry pour connaître l'histoire.

FRIEDMANN Comment, vous êtes brouille's?

Un peu; je crois l'avoir mis à la porte il y a deux mois, dans un moment de... vivacité.

FRIEDMANN

Il vous avait donc blessée! Je ne permettrai pas...

JEANNE Laissez donc, c'est insupportable d'avoir sans cesse des défenseurs d'office.

LE BARON D'office est bien dur, Jeanne !

JEANNE

Eh oui ! laissez-nous donc nous défendre nous-mêmes; les hommes gâtent vraiment nos vengeances. L'un tue l'autre pour nous servir, et c'est presque toujours... l'autre que nous regrettons. N'ouvrez pas de grands yeux, baron, et surtout laissez-moi faire. Major, tâchez donc de me trouver Gaston de Cléry.

LE MAJOR

J'y vais, madame (Exit.)

FRIEDMANN (à Jeanne) C'est un défi, vraiment !...

JEANNE

. Là, là, encore de grands mots ! Mais au bal de l'Opéra il n'y a que les petits qui comptent, mon ami. On ne se fâche pas ici; je désire parler à Gaston, ce n'est pas un péché; cela vous déplaît-il ?

FRIEDMANN

Cela m'inquiète. Depuis que vous croyez que la comtesse Christine a Cléry pour amant, il me semble que vous voulez le lui prendre.

JEANNE

Tiens, tiens, tiens, en quelques heures vous avez vu cela; mais, savezvous bien que vous êtes très fort !

FRIEDMANN

Pendant le dîner vous parliez avec un tel dédain et une telle colère de la jeune comtesse...

JEANNE (à part)

Oh ! oui ! (Haut ) N'ayez pas peur, cher ami, il n'y a aucun danger... pour aujourd'hui.

FRIEDMANN

Mais pour demain ?

JEANNE

Oh! demain! ce mot là, dit à une femme, est presque inconvenant d'indiscrétion.

FRIEDMANN (impatienté) Vous me ferez perdre la tête.

JEANNE Ne vous gênez pas. Voici Gaston.

FRIEDMANN Je vous laisse.

JEANNE

C'est très beau de votre part. Je note, à l'actif.

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