SCÈNE V
FRIEDMANN, LE MAJOR
FRIEDMANN
Qu'il aille au diable! Il n'y a même pas moyen de se fâcher II vous dit tout cela si drôlement.
LE MAJOR Nous sommes roulés.
FRIEDMANN
Je suis de votre avis, mais il me le paiera cher, le Gaston !
LE MAJOR
Et l'affaire de ce matin?
FRIEDMANN
J'espérais obtenir un mot de ce gaillard, mais il nous a à peine laissé le temps de respirer; l'affaire est... enfin elle est mystérieuse. Si Jeanne était ici, elle nous expliquerait.
JEANNE (entrant)
Me voici, messieurs, comme sortie d'une boîte à surprise.
LE MAJOR A surprise agréable, belle dame.
Et l'on parlait de moi?
LE MAJOR
De qui parlerait-on, sinon
JEANNE Oui, je connais la suite. Et vous disiez?
FRIEDMANN
Nous disions que vous alliez prendre place dans ce canapé, que vous alliez faire votre plus joli sourire, et nous conter les incidents qui ne peuvent manquer d'être tombés dans votre oreille mignonne.
JEANNE Ah! des indiscrétions ; un petit récit bien corsé avec les noms en blanc.
FRIEDMANN Oh ! en blanc ! ce n'est pas nécessaire.
JEANNE Avez-vous vu Gaston de Cléry?
Il sort d'ici.
Il ne vous a rien raconté?
Si : la Tour de Nés les.
Ah! pour vous distraire?
Non, pour ne rien dire.
LE MAJOR
JEANNE
FRIEDMANN
FRIEDMANN
JEANNE Il est discret; c'est une leçon; j'en profite.
FRIEDMANN Ah! c'est trop fort! (suppliant) Mais c'est le secret de Polichinelle.
JEANNE (ironiquement) Et vous ne le savez pas!
FRIEDMANN Par hasard, mais demain les journaux en seront pleins!
JEANNE (riant) Eh bien, lisez-les !
LE MAJOR Nous nous jetons à vos pieds.
JEANNE
Restez à mes pieds, cher major, mais comme je n'ai pas envie de les laisser là, demandez au baron de vous prêter les siens! (Elle fuit en riant).
FRIEDMANN (riant) Et de deux; décidément nous n'avons pas de chance ce soir.