SCENE II
Les mêmes, Mariette, Gaston
GASTON (arrêtant Albert qui va pour sortir) Halte ! (à Jeanne) Madame, vous allez bien ?
JEANNE • Très mal, monsieur, et vous?
GASTON (distrait — vite)
Moi de même, merci.
JEANNE (à part)
Ça y est! (Haut) Eh bien, que se passe-t-il dans votre monde, dans ' l'a-ris-to-cra-tie?
GASTON
Oh ! ne m'en parlez pas, c'est à rougir de sa particule. Des blasons à dix gueules de singe sur champ de course à trois étoiles de café-concert. C'est tout le nobiliaire actuel. N'était l'odeur, je me ferais démocrate.
Dites donc, Gaston . Vous savez, M. le comte ici présent, est marié.
GASTON
Parbleu, j'étais de la cérémonie. J'ai beaucoup ri. (Bas à Albert.) J'ai à te parler.
ALBERT Tu ris des choses les plus sacrées,
GASTON
Pardon, des plus sacrées choses ! Toi, te marier, à trente ans, beau, solide, riche, Hbre? Mais savais-tu ce que c'est que le mariage?
ALBERT De la morphine. Une piqûre — avec une seringue d'argent.
GASTON (découragé) Oh ! alors !
ALBERT (à Jeanne) N'est-ce pas, madame?
JEANNE Des fois. C'est quitte ou...
GASTON Ou quitte, cela ne varie pas !
JEANNE Tiens, auriez- vous de l'esprit?
GASTON
Merci, c'est trop facile. J'en fais parfois pour me distraire ; c'est mon loto à moi, — sans la famille.
JEANNE (à Albert)
Quel bon mari vous devez faire, mon pauvre comte. Franchement, je ne vous vois pas dans une église, en habit noir, les yeux baissés, à côté d'une petite jeune fille tremblante. J'ai pensé à vous ce jour-là.
ALBERT A quelle heure?
JEANNE Indiscret! A l'heure du crime.
GASTON
Je ne comprends plus, je m'en vais! (Bas à Albert.) En entrant ici, j'ai vu une voiture arrêtée en face; il y avait dedans une dame qui semblait surveiller cette maison. Quoiqu'elle fut voilée, je jurerais que c'est ta femme Pars vite.
ALBERT (troublé)
Merci, (à Jeanne) Au revoir, madame. {Exit.)
JEANNE (à Gaston) Qu'a-t-il?
GASTON Rien. Je lui annonçais une première à sensation
JEANNE L'auteur?
GASTON
Molière, celui du Dépit amoureux.
JEANNE Mauvais plaisant!