SCENE IV
JEANNE, FRIEDMANN
JEANNE Ah! c'est vous, monsieur?
FRIEDMANN (allures « comme chez lui ») Il paraît.
JEANNE (à part)
Lauzun tout pur. Brummcl passe à la bière.
FRIEDMANN (brusquement)
Encore ce M. Gaston de Cléry ! M'est avis, madame, qu'il multiplie un peu ses visites.
JEANNE
Vraiment? Et vous craignez, baron, d'avoir l'air ridicule?
FRIEDMANN
Oui, madame, je crains d'avoir l'air ridicule, et de cuire les marrons que d'autres tirent du feu,
Je reconnais là votre tact habituel, mon maître; vous payez pour avoir le droit d'être jaloux, c'est juste Seulement, comme il ne me plaît pas de rien changer à mes habitudes en votre honneur, je vous saurai gré de faire taire vos farouches soupçons, et de me donner la paix.
FRIEDMANN Madame!
JEANNE
C'est cela ! fàchez-vous! cassez quelque chose. Cela vous va si bien !
FRIEDMANN Je ne souffrirai pas plus longtemps...
JEANNE Moi non plus, nous sommes d'accord.
FRIEDMANN (violemment)
Eh bien! finissons-en.
JEANNE J'allais vous le proposer. Ce sera vite fait. Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée. Ouvrez, baron, — je fermerai après.
FRIEDMANN (menaçant) Songez-y bien, madame.
JEANNE (insouciante) Oh ! le songe n'a rien de bien désolant !
FRIEDMANN, (humblement)
Voyons, Jeanne, j'ai eu tort, je vous demande pardon, ce n'est pas sérieux, n'est-ce pas?
JEANNE (montrant la glace) Regardez- vous. C'est très sérieux.
P^RIEDMANN (se regardant) Mais... il me semble que je ne suis pas encore si...
JEANNE
C'est une opinion... respectable comme vous, mais tellement tirée par les cheveux, qu'il n'en reste plus, mon pauvre baron.
FRIEDMANN (suppliant) Pardonnez-moi.
JEANNE Cela devient une habitude. Au fait, comme vous voudrez! Avez- vous fait ce que Je vous ai demandé?
FRIEDMANN Voici. (Il lui remet un écrin).
JEANNE Parfait. (A part) Décidément, ce qu'il y a encore de meilleur dans l'homme, ce sont les bijoux.