LE COMTE DE BEAUVAIS, LE SÉNÉCHAL
LE SÉNÉCHAL
Quoi ! lorsque des Anglais la haine meurtrière Poursuit, dans les fers même , une jeune guerrière Qui , naguère enchaînant le destin des combats , Dispersait d'un coup d’œil leurs plus braves soldats , Verrai-je , des cruels qui menacent sa vie ,
Le comte de Beauvais partager la furie ?
LE COMTE DE BEAUVAIS
Qu’elle soit digne ou non d’un soin si généreux, Jeanne d’ Arc à Rouen. ( 3 e . édit. ) i
JEANNE D’ARC
Au moment où le ciel rend un frère à mes vœux ,
Ne veux-tu qu’outrager l’ami de ton enfance ?
LE SÉNÉCHAL
Loin de moi le dessein d’une si lâche offense !
Hélas î qui des Français, durant ces jours d’horreur , '
N’eut jamais un moment de faiblesse ou d’erreur! Quinze ans déjà passés , des factions contraires Le torrent , l’un de l’autre , a séparé deux frères.
Jours sanglans , où l’état n’offrait de tous côtés Qu’ennemis triomphans, que sujets révoltés !
Les partis tour à tour opprimant la patrie !
Le vainqueur d’Azincourt dévastant la Neustrie!
L affreux duc de Bourgogne, issu du sang des rois, Désertant leurs drapeaux et trahissant leurs droits. Jusque dans lepr palais poursuivant ses victimes ,
Et de son sang bientôt expiant tous ses crimes !
Après lui , l’héritier de ses vastes états ,
Philippe , impatient de venger son trépas ,
Livrant à l’étranger le sceptre de la France !
Un fantôme de roi, vieilli dans la démence ,
Déplorable instrument de tous ses ennemis ,
Du trône paternel déshéritant son fils !
Une reine implacable, en sa coupable rage,
Divisant les Français , échauffant le carnage !
Ceux-ci , de la discorde agitant les flambeaux ,
Et de la France en deuil disputant les lambeaux; Ceux-là , tristes jouets d’un ennemi perfide
Ouvrant partout nos murs à sa vengeance avide!
Et tel est le parti , grand Dieu ! dont tu fis choix !