‹ Jeanne d'Arc à RouenChapitre 1 sur 62 · LE COMTE DE BEAUVAIS, LE SÉNÉCHAL · texte numérisé non relu

LE COMTE DE BEAUVAIS, LE SÉNÉCHAL

LE SÉNÉCHAL

Quoi ! lorsque des Anglais la haine meurtrière Poursuit, dans les fers même , une jeune guerrière Qui , naguère enchaînant le destin des combats , Dispersait d'un coup d’œil leurs plus braves soldats , Verrai-je , des cruels qui menacent sa vie ,

Le comte de Beauvais partager la furie ?

LE COMTE DE BEAUVAIS

Qu’elle soit digne ou non d’un soin si généreux, Jeanne d’ Arc à Rouen. ( 3 e . édit. ) i

JEANNE D’ARC

Au moment où le ciel rend un frère à mes vœux ,

Ne veux-tu qu’outrager l’ami de ton enfance ?

LE SÉNÉCHAL

Loin de moi le dessein d’une si lâche offense !

Hélas î qui des Français, durant ces jours d’horreur , '

N’eut jamais un moment de faiblesse ou d’erreur! Quinze ans déjà passés , des factions contraires Le torrent , l’un de l’autre , a séparé deux frères.

Jours sanglans , où l’état n’offrait de tous côtés Qu’ennemis triomphans, que sujets révoltés !

Les partis tour à tour opprimant la patrie !

Le vainqueur d’Azincourt dévastant la Neustrie!

L affreux duc de Bourgogne, issu du sang des rois, Désertant leurs drapeaux et trahissant leurs droits. Jusque dans lepr palais poursuivant ses victimes ,

Et de son sang bientôt expiant tous ses crimes !

Après lui , l’héritier de ses vastes états ,

Philippe , impatient de venger son trépas ,

Livrant à l’étranger le sceptre de la France !

Un fantôme de roi, vieilli dans la démence ,

Déplorable instrument de tous ses ennemis ,

Du trône paternel déshéritant son fils !

Une reine implacable, en sa coupable rage,

Divisant les Français , échauffant le carnage !

Ceux-ci , de la discorde agitant les flambeaux ,

Et de la France en deuil disputant les lambeaux; Ceux-là , tristes jouets d’un ennemi perfide

Ouvrant partout nos murs à sa vengeance avide!

Et tel est le parti , grand Dieu ! dont tu fis choix !

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