SCÈNE III
LE COMTE DE DUNOIS, TALBOT
LE COMTE DE DDNOIS
Magnanime étranger dont la France révère Et la haute vaillance et l’équité sévère ,
Que m’avez-vous appris !.... Ainsi tant de guerriers Que la gloire aux combats ceignit de ses lauriers ,
Poursuivent sans pudeur l’innocence opprimée !
Et Talbot soutient seul l’honneur de son armée !
Ah! seigneur, au moment où, choisi par mon roi ,
Je viens défendre ici la valeur et la foi ,
Que je dois m’applaudir du plus noble suffrage !
Qu’il honore l’objet que l’injustice outrage !
L’estime n’est pour vous qu’un trop faible retour
Par quel destin jaloux avons-nous vu le jour.
Vous , près de la Tamise , et moi , près de la Seine !
Et , d’un devoir sacré lorsque la loi m’entraîne,
Me faut-il , malgré moi , combattre en ennemi Le héros que Dunois eût cherché pour ami ?
TALBOT
Dès long-temps mon estime a prévenu la vôtre ,
Seigneur; soyons amis mais dignes l’un de l’autre.
Quels que soient des combats les succès incertains , Laissons faire le ciel et suivons nos destins.
Si l’antique Albion , sous vos coups terrassée ,
Devait pleurer un jour sa splendeur éclipsée ,
Avant ce jour fatal , prince , j’aurais vécu.
Dans ce débat illustre ou vainqueur ou vaincu ,
Je me flatte du moins que l’équitable histoire ,
De l’oubli du tombeau préservant ma mémoire,
En ses nobles récits unira quelquefois
L’heureux nom de Talbot au grand nom de Dunois....
Ah! lorsque , détestant une affreuse vengeance,
Mon cœur de l’infortune embrasse la défense ,
Honorez moins , seigneur , un si vulgaire effort :