‹ Jeanne d'Arc à RouenChapitre 13 sur 62 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

LE COMTE DE DUNOIS, TALBOT

LE COMTE DE DDNOIS

Magnanime étranger dont la France révère Et la haute vaillance et l’équité sévère ,

Que m’avez-vous appris !.... Ainsi tant de guerriers Que la gloire aux combats ceignit de ses lauriers ,

Poursuivent sans pudeur l’innocence opprimée !

Et Talbot soutient seul l’honneur de son armée !

Ah! seigneur, au moment où, choisi par mon roi ,

Je viens défendre ici la valeur et la foi ,

Que je dois m’applaudir du plus noble suffrage !

Qu’il honore l’objet que l’injustice outrage !

L’estime n’est pour vous qu’un trop faible retour

Par quel destin jaloux avons-nous vu le jour.

Vous , près de la Tamise , et moi , près de la Seine !

Et , d’un devoir sacré lorsque la loi m’entraîne,

Me faut-il , malgré moi , combattre en ennemi Le héros que Dunois eût cherché pour ami ?

TALBOT

Dès long-temps mon estime a prévenu la vôtre ,

Seigneur; soyons amis mais dignes l’un de l’autre.

Quels que soient des combats les succès incertains , Laissons faire le ciel et suivons nos destins.

Si l’antique Albion , sous vos coups terrassée ,

Devait pleurer un jour sa splendeur éclipsée ,

Avant ce jour fatal , prince , j’aurais vécu.

Dans ce débat illustre ou vainqueur ou vaincu ,

Je me flatte du moins que l’équitable histoire ,

De l’oubli du tombeau préservant ma mémoire,

En ses nobles récits unira quelquefois

L’heureux nom de Talbot au grand nom de Dunois....

Ah! lorsque , détestant une affreuse vengeance,

Mon cœur de l’infortune embrasse la défense ,

Honorez moins , seigneur , un si vulgaire effort :

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