ACTE II, SCÈNE III
Je le dois à moi-même, et surtout à Bedford.
Je sais trop qu’une injuste et fausse politique Balance dans son cœur cette franchise antique ,
Ces nobles sentimens de générosité.
Qu’inspirent la vertu , le malheur, la beauté ;
Mais je ne croirai pas qu’indignement barbare Il souscrive à l’arrêt que la haine prépare :
Et déjà l’héroïne a vu finir le cours
Des rigueurs qui long-temps ont accablé ses jours ;
Déjà dans ce palais on vient de la conduire
LE COMTE DE DUNOIS
Ciel propice ! à mes yeux quel espoir tu fais luire ! Quoi ! je la reverrais! j’entendrais ses accens!....
La joie et la douleur ont troublé tous mes sens.
TALBOT
Près de quitter ces lieux, j’étais sur son passage : Immobile, étonné , j’observais son visage....
Calme au sein du malheur, une noble fierté De ses traits si touchans relevait la beauté ;
On eût dit qu’un rayon de la gloire céleste D’un pur et doux éclat ornait son front modeste $
Et ses yeux (ses yeux seuls !) avec sérénité
S’élevaient au séjour de la Divinité
Oui , j’en rougis J’ai vu tristement enchaînée
' La main , qui des combats fixait la destinée.
Mais le duc va bientôt entendre votre voix
Des guerriers , des humains revendiquer les droits,
*4 JEANNE D’ARC
Tandis que d’un conseil où la vengeance siège J’irai suivre des yeux la trame sacrilège.
Si le crime conspire, il est temps qu’aujourd’hui
La justice et l’honneur conspirent contre lui
Voici le duc ; je cours seconder votre zèle ,
Et laisse entre vos mains une cause si belle.