‹ Jeanne d'Arc à RouenChapitre 14 sur 62 · ACTE II, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE III

Je le dois à moi-même, et surtout à Bedford.

Je sais trop qu’une injuste et fausse politique Balance dans son cœur cette franchise antique ,

Ces nobles sentimens de générosité.

Qu’inspirent la vertu , le malheur, la beauté ;

Mais je ne croirai pas qu’indignement barbare Il souscrive à l’arrêt que la haine prépare :

Et déjà l’héroïne a vu finir le cours

Des rigueurs qui long-temps ont accablé ses jours ;

Déjà dans ce palais on vient de la conduire

LE COMTE DE DUNOIS

Ciel propice ! à mes yeux quel espoir tu fais luire ! Quoi ! je la reverrais! j’entendrais ses accens!....

La joie et la douleur ont troublé tous mes sens.

TALBOT

Près de quitter ces lieux, j’étais sur son passage : Immobile, étonné , j’observais son visage....

Calme au sein du malheur, une noble fierté De ses traits si touchans relevait la beauté ;

On eût dit qu’un rayon de la gloire céleste D’un pur et doux éclat ornait son front modeste $

Et ses yeux (ses yeux seuls !) avec sérénité

S’élevaient au séjour de la Divinité

Oui , j’en rougis J’ai vu tristement enchaînée

' La main , qui des combats fixait la destinée.

Mais le duc va bientôt entendre votre voix

Des guerriers , des humains revendiquer les droits,

*4 JEANNE D’ARC

Tandis que d’un conseil où la vengeance siège J’irai suivre des yeux la trame sacrilège.

Si le crime conspire, il est temps qu’aujourd’hui

La justice et l’honneur conspirent contre lui

Voici le duc ; je cours seconder votre zèle ,

Et laisse entre vos mains une cause si belle.

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