‹ Jeanne d'Arc à RouenChapitre 22 sur 62 · LE COMTE DE BEAUVAIS , LE COMTE DE WARWICK · texte numérisé non relu

LE COMTE DE BEAUVAIS , LE COMTE DE WARWICK

LE COMTE DE BEAUVAIS

Ah! retenez, seigneur, une aveugle colère !

Dans ce palais , du moins , sachez feindre et vous taire. Où portiez-vous vos pas ? quel est votre dessein ? Modérez-vous,

LE COMTE DE WARWICK

Comment renfermer dans mon sein La fureur dont en vain je voudrais mo défendre ! Lui-même il veut la voir! Lui-même il veut l’entendre ! Des pleurs de la duchesse à toute heure obsédé ,

Aux offres de Dunois son cœur avait cédé ;

Et lorsque , repoussant une insigne clémence , L’orgueilleuse captive insulte à sa puissance,

* Cette première scène se supprime au théâtre.

38 JEANNE D’ARC

D’un entretien secret il daigne l’honorer !

Par ses yeux , à l’en croire, il prétend pénétrer Les ressorts que nous voile un profond artifice !

11 le doit à sa gloire , et même à sa justice !..

Quoi! ne voyez- vous pas qu’il cherche à se cacher La pitié , dont son cœur déjà se sent toucher !

Eh ! que fera-t-il donc , s’il flotte , s’il hésite ? Lorsqu’enfin devant lui , sous un masque hypocrite , De l’art le plus affreux déguisant la noirceur.

Il la verra , s’armant d’une feinte douceur ,

De la simple innocence emprunter tous les charmes ?..

LE COMTE DE BEAUVAIS

Moi-même, je ne puis vous taire mes alarmes.

Envoyé par le duc , et chargé de la voir,

Je l’avoûrai , j’ai peine encore à concevoir D’un prestige inouï l’ascendant invincible.

D’où vient que la pitié m’a pu trouver sensible ?

D’où vient que tout mon cœur en secret a frémi?.. Fixe dans mes desseins et contre elle affermi , J’arrive... et tout à coup , ( comme si le ciel même Eût enchaîné mes sens par un pouvoir suprême , ) Aux éclairs de ses yeux plein d’un muet effroi ,

Au son de sa parole attendri malgré moi.

J’ai senti dans mon àme étonnée, incertaine ,

S’affaiblir les transports du zèle qui m’entraîne. Troublé , demi-vaincu , la fuite m’a sauvé 5 Et seul enfin , l’esprit vers les cieux élevé ,

De ma faible raison j’ai retrouvé le reste.

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