LE COMTE DE BEAUVAIS , LE COMTE DE WARWICK
LE COMTE DE BEAUVAIS
Ah! retenez, seigneur, une aveugle colère !
Dans ce palais , du moins , sachez feindre et vous taire. Où portiez-vous vos pas ? quel est votre dessein ? Modérez-vous,
LE COMTE DE WARWICK
Comment renfermer dans mon sein La fureur dont en vain je voudrais mo défendre ! Lui-même il veut la voir! Lui-même il veut l’entendre ! Des pleurs de la duchesse à toute heure obsédé ,
Aux offres de Dunois son cœur avait cédé ;
Et lorsque , repoussant une insigne clémence , L’orgueilleuse captive insulte à sa puissance,
* Cette première scène se supprime au théâtre.
38 JEANNE D’ARC
D’un entretien secret il daigne l’honorer !
Par ses yeux , à l’en croire, il prétend pénétrer Les ressorts que nous voile un profond artifice !
11 le doit à sa gloire , et même à sa justice !..
Quoi! ne voyez- vous pas qu’il cherche à se cacher La pitié , dont son cœur déjà se sent toucher !
Eh ! que fera-t-il donc , s’il flotte , s’il hésite ? Lorsqu’enfin devant lui , sous un masque hypocrite , De l’art le plus affreux déguisant la noirceur.
Il la verra , s’armant d’une feinte douceur ,
De la simple innocence emprunter tous les charmes ?..
LE COMTE DE BEAUVAIS
Moi-même, je ne puis vous taire mes alarmes.
Envoyé par le duc , et chargé de la voir,
Je l’avoûrai , j’ai peine encore à concevoir D’un prestige inouï l’ascendant invincible.
D’où vient que la pitié m’a pu trouver sensible ?
D’où vient que tout mon cœur en secret a frémi?.. Fixe dans mes desseins et contre elle affermi , J’arrive... et tout à coup , ( comme si le ciel même Eût enchaîné mes sens par un pouvoir suprême , ) Aux éclairs de ses yeux plein d’un muet effroi ,
Au son de sa parole attendri malgré moi.
J’ai senti dans mon àme étonnée, incertaine ,
S’affaiblir les transports du zèle qui m’entraîne. Troublé , demi-vaincu , la fuite m’a sauvé 5 Et seul enfin , l’esprit vers les cieux élevé ,
De ma faible raison j’ai retrouvé le reste.