ACTE II SCÈNE Y. 5i
L’éternel jusque là n’a point abandonné Un peuple par l’honneur en tout temps gouverné, Un peuple généreux, dont le noble courage Tant de fois a brisé le joug de l’esclavage.
Les Français , sur vos pas toujours victorieux,
, Ne démentiront pas le nom de leurs ayeux.
C’est et» nos champs , dit-on , qtt’un héroïque zèle Arrêta le torrent de l’Arabe infidèle;
C’est de nos bords, qu’armé d’un fer religieux S’élança de Sion le conquérant pieux....
O vous , à qui je dois et mes vœux et ma vie ,
Je vous atteste ici , Dieu , monarque , patrie ,
Liberté , liberté ! quels ennemis jaloux
Retarderaient les jours qui vont briller pour nous ! Est-ce au brave Dunois , est-ce à mon frère d’armes D’abandonner son cœur à de vaines alarmes ?
Du destin de l’état suis-je le seul appui ?
Hé ! qu’importe à l’état , si je meurs aujourd’hui î Le Dieu vivant , le Dieu qui vous prit sous sa garde , Au milieu des combats vous guide et vous regarde. Invisibles aux yeux des profanes humains Les esprits immortels vous ouvrent les chemins.
Oui , c’est vous dont la main , par le ciel affermie , Chassera de nos bords une race ennemie !
Le trône , relevé par vos nobles succès ,
Va bientôt sous son ombre unir tous les Français :
Et que puisse , à l’abri des haines intestines ,
La France , libre enfin , sortir de ses ruines !....
(Les Gardes paraissent au fond du tbe'âtre.)
36 JEANNE D’ARC
B ecevez mes adieux , et portez à mon roi Les plus purs sentimens de ma constante foi.
Si je meurs, après moi je laisse dans les larmes Une mère , livrée aux plus tristes alarmes ,
Un père , que mou sort accable de douleur !....
Sous l’appui de mon roi je remets le malheur ,
Et son cœur à ma voix ne peut être insensible....
Mais l’heure fuit -, j’abrège un adieu trop pénible.... Combattez, triomphez !.... le ciel peut aujourd’hui , Puisqu’il remplit mes vœux , me rappeler vers lui.
, ( Elle sort , conduite par les Gardes. )
SCÈHE VI.
LE COMTE DE DUNOIS seul.
11 ne permettra pas un si noir sacrifice ;
Oui , j’en crois sa clémence*, oui, j’en crois sa justice. Voyons le duc.... Blessé d’un noble dévouement,
Si son cœur n’écoutait qu’un fier ressentiment ,
De mes braves guerriers n’enchaînons plus le zèle. Français, vous me suivrez ! .... la gloire vous appelle; Dieu le veut ; soyez prêts, et sauvez avec moi La beauté qui sauva m patrie et son roi.