‹ Jeanne d'Arc à RouenChapitre 29 sur 62 · ACTE III, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE V

Quel ressort inouï , quel art prodigieux ,

Egarant les esprits et fascinant les yeux ,

Dans le camp de Valois rappelant le courage,

Ont, pour quelques instans retardé son naufrage,

Et des tours d’Orléans pressé de toutes parts Jusqu’aux autels de Reims conduit ses étendards ? Parlez.

, (Il s’assied. )

JEANNE D’ARC, avec une noble fier le.

Si dans ce jour une aveugle furie ,

Prince, par ses clameurs n’attaquait que ma vie,

Celle qu’à la vengeance on veut sacrifier Dédaignerait le soin de se justifier.

Mais au Dieu dont je tiens ma force et mon courage , Guerrière , je dois rendre un noble témoignage ,

Je le dois,' je le veux , et ma voix, sans détours ,

De ma vie à vos yeux va présenter le cours. .

Mon nom vous est connu... Depuis que je suis née, L’hiver n’a pas vingt fois vu s’achever l’année.

Sous un rustique toit Dieu cacha mon berceau :

Non loin de Vaucouleurs , quelques prés , un troupeau , Des auteurs de mes jours composaient la richesse ;

Le travail de leurs mains nourrissait leur vieillesse. Docile à leurs leçons , heureuse à leur côté.

Mon enfance croissait dans la simplicité ;

Et bergère, comme eux j’errais sur les montagnes , Chantant le nom du Dieu qui bénit les campagnes. Chaque jour cependant jusqu’à nous apportés,

Des bruits affreux troublaient nos hameaux attristés : Oi disait qu’inondant et nos champs et nos villes, L’Anglais , à la faveur de nos haines civiles ,

Allait bientôt , brisant nos remparts asservis,

Saper les fondemens du trône de Clovis ,

Et, de la Loire enfin franchissant la barrière ,

Sur les murs d’Orléans arborer sa bannière...

Des maux de mon pays en secret tourmenté,

Tout mon cœur s'indignait jour et nuit agité j Et du bruit des combats au milieu des prairies , Seule, j’entretenais mes longues rêveries.

Uu soir ( il m’en souvient ) , de la cime des monts L'orage , en s’étendant , menaçait nos vallons ;

Tout fuyait.... Près de là l’ombre d’un chêne antique Protégeait du hameau la chapelle rustique :

J’y cours ; et sur la pierre , où j’implorais les deux, Le sommeil , malgré moi , vint me fermer les yeux. Tout à coup , de splendeur et de gloire éclatante ,

Du céleste séjour une jeune habitante ,

La houlette à la main , se montre devant moi :

« Humble fille des champs , dit-elle, lève-toi!

» Du souverain des deux l’ordre vers toi m’amène ,

» Geneviève est mon nom. Les rives de la Seine j* Me virent , comme toi , conduire les troupeaux.

» Quand du fier Attila les funestes drapeaux » Envoyaient la terreur aux deux bouts de la France , » Ma voix , au nom du ciel , promit sa délivrance.

» Le ciel veut par ton bras l’accomplir aujourd’hui.

» Du trône des Français , va , sois l’heureux appui.

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