ACTE III, SCÈNE V
» Le Dieu qui , des bergers empruntant l’entretnise ,
» Jadis arma David et dirigea Moïse ,
» Dans les murs de Fierbois , au pied des saints autels , » Cacha , depuis long-temps , aux regards des mortels , » Le glaive qui , remis aux mains d’une bergère ,
» Doit briser les efforts d’une armée étrangère.
» En secret , éclairé par un avis des cieux ,
» Déjà Valois attend le bras victorieux » Que suscite pour lui leur faveur imprévue.
» Pleine d’un feu divin va t’offrir à sa vue;
» Marche ; Orléans t’appelle au pied de ses remparts ; » Marche ; à ta voix l’Anglais fuira de toutes parts ;
» Et le temple de Reims verra , dans son enceinte ,
» Sur le front de ton roi s’épancher l’huile sainte.... » L’immortelle, à ces mots, remonte dans les airs.
Et moi , le cœur ému de sentimens divers ,
Je m’éveille incertaine , et n’osant croire encore Au choix trop éclatant dont l’Eternel m’honore.
Mais trois fois , quand la nuit ramène le repos ,
Je vois les mêmes traits , j’entends les mêmes mots :
« Humhle fille des champs , lève- toi ! Dieu t’appelle.
» Au ciel, à ton pays , tremble d’être infidèle !.... »
Je cède enfin : Je pars , respirant les combats....
Le frère de ma mère accompagnait mes pas.
J’avais atteint le front des collines prochaines....
Là , muette et pensive , à nos bois , à nos plaiues ,
Par un dernier regard j’adressai mes adieux ;
Et le toit paternel disparut à mes yeux....
( Jeanne d’Arc , un moment attendrie , s’arrête et se tait. )
JEANNE D’ARC
LE DUC avec émotion.
Poursuivez.
JEANNE D’ABC
Au travers du trouble et du ravage , Vers la cour de Valois le ciel m’ouvre un passage : J’arrive. On m’interroge; on doute de ma foi;
Mais les pontifes saints ont rassuré mon roi :
Je parais à ses yeux. Sans crainte , sans audace ,
J’entre ; un de ses guerriers est assis à sa place ; Lui-même , au milieu d’eux , il siège confondu :
Mais un esprit céleste, à mes yeux descendu ,
Me le montrait du doigt et planait sur sa tête.
J’approche ; et , devant lui je m’incline et m’arrête ;
Des cieux, à haute voix, j’annonce les décrets....
« Oui, me dit-il , commande; et mes guerriers sont prêts » A suivre sur tes pas l’ardeur qui les transporte. »
Il dit ; et de FierBois à son ordre on m’apporte Le glaive , qui bientôt doit venger les Français.
Nous partons.... Mais pourquoi retracer nos succès ? Jeune et faible instrument de la faveur céleste,
Je marchais, je parlais.... Dieu seul a fait le reste....
LE DUC «vec trouble , et « levant.
Quel charme irrésistible, à ces nobles accens,
D’une pitié secrète a saisi tous mes sens ! '
Est-ce un prestige vain qui séduit dans sa bouche ? Est-ce la vérité qui me parle et me touche ?
Dans le trouble où je suis , interdit , éperdu , *
Je crois voir du ciel même un ange descendq,