‹ Jeanne d'Arc à RouenChapitre 32 sur 62 · ACTE III, SCÈNE V. 5i · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE V. 5i

Où la paix des autels vous ouvre un port tranquille. Prononcez.

JEANNE D’ARC avec noblesse.

Voilà donc l’espoir qui m’est permis?

Un exil , au milieu de tous mes ennemis !

Irai-je , errante , hélas! le long de la Tamise,

Comme l’Hébreu , banni de la terre promise Et de ses pleurs baignant un rivage étranger,

Flatter mes longs ennuis d’un rêve mensonger,

L’œil sans cesse tourné vers les bords de la France ? Eh! qui peitt oublier les lieux de sa naissance!

O champs de Vaucouleurs ! 6 berceau de mes jours! Puissent mes tristes yeux se fermer pour toujours , Avant que de mon cœur votre image effacée Cesse, pour un moment, d’occuper ma pensée!... Mais à quel prix , seigneur , serait-il acheté Cet exil , qui par vous m’est ici présenté !

Moi ! je désavoùrais le Dieu qui m’a choisie !

Et mon cœur , démentant la gloire de ma vie , Céderait lâchement à la peur de la mort !...

Je reste dans les fers et j’attendrai mon sort,

LE DUC réprimant une colère qui s’augmente par degrés.

Ainsi donc , dédaignant ma facile indulgence ,

Des ministres sacrés vous bravez la vengeance? Songez-y bien, un mot ou vous sauve, ou vous perd.

JEANNE D’ARC, avec une noble fermeté.

Je le sais.... Mais , seigneur , parlons à cœur ouvert. Votre maiu, dès long-temps, aurait brisé ma chaîne,

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(J’ose le croire au moins, ) si d’une indigne haine Les conseils insensés n’entraînaient votre cœur.

On veut ma mort ! On croit que , désormais vainqueur, Vous allez de la France embrasser la conquête :

Quoi! mon bras est-il donc le seul qui vous arrête! Ouvrez les yeux ; en vain le superbe étranger Se flatte d’affermir son règne passager :

Des revers d’un moment la France trop punie,

La France autour du trône aujourd’hui réunie ,

Déjà de ses enfans voit l’innombrable essaim A la voix de l’honneur se presser sur son sein :

Déjà de vos succès le terme se prépare !....

Mais de mes sens émus quel feu divin s’empare?

Le ciel parle; le ciel , pour la dernière fois,

Par ma bouche aujourd’hui vous révèle ses lois. Ecoutez!...

LE DUC avac un emportement plus marqué.

Osez-vous d’une voix téméraire,

Affronter ma puissance et tenter ma colère? ,

JEANNE D’ARC 3c même.

Écoutez !... le soleil n’aura pas dans son cours De l’automne cinq fois renouvelé les jours ,

Lorsqu’aux pieds de ce Dieu , notre juge suprême,

Sans pompe , sans pouvoir, vous paraîtrez vous-même. C’est ici, qu’arrêtant l’essor d’un vain orgueil La main du Tout-Puissant marqua votre cercueil :

Vous ne reverrez plus le palais de vos pères ;

Vos cendres dormiront aux rives étrangères....

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