‹ Jeanne d'Arc à RouenChapitre 31 sur 62 · ACTE III, SCÈNE V. / t · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE V. / t

Et, quoique dès l’enfance , endurci sous les armes,

A peine dans mes yeux j’ai retenu mes larmes....

( A Jeanne d'Arc. )

Si j’en crois vos discours , les célestes arrêts Ont seuls , de mes guerriers , arrêté les progrès :

Mais, dans les murs de Reims , cette humble modestie Au pied des autels même enfin s’est démentie j Et dans vos mains , flottante à côté de Valois ,

Votre bannière au peuple attestait vos exploits.

JEANNE D’ARC avec noblesse , mais sans fierté.

Cet honneur fut pour moi le prix de la victoire.... Qui prit part aux dangers , dut partager la gloire.

LE DUC

Si la faveur du ciel a dirigé vos pas ,

Comment a-t-il permis que le sort des combats ,

Enfin devant les murs de Compiègne étonnée ,

Au pouvoir des Anglais vous livrât enchaînée ?

JEANNE D’ARC vivement.

Le ciel n’a point failli. Prompt à me seconder, Jusqu’aux portes de Reims il devait me guider.

Là s’arrêtait aussi l’heureux cours des miracles Qu’aux mains d’une bergère assuraient ses oracles : Soumise , dès ce temps , aux fers comme à la mort , Du dernier des soldats je partageais le sort.

LE DUC

Libre de vos sermens et quitte envers la France, Jeanne d’Arc à Rouen. ( 3 e . édit. ) 4

5o JEANNE D’ARC.

Quelle soif des honneurs , quelle vaine espérance Dans le camp de Valois a pu vous arrêter?

JE ANHE D’ARC.

Dieu lit au fond des coeurs ; j’ose ici l’attester !

Je voulais , dans mes vœux plus heureuse et moins fière , De mes simples aïeux revoir l’humble chaumière.

Et là , fuyant la pompe et le luxe des cours ,

D’un père , d’une mère embellir les vieux jours :

Mais l’ordre de mon roi , mais la voix de 1 armee ,

Au bruit de mon départ en secret alarmée ,

Éloigna le bonheur que j osais entrevoir;

Et mou cœur malgré moi dut céder au devoir.

LE DUC à p»rt, a»e* «motion.

Chaque mot de sa bouche et m’étonne et me charme.

Sa grâce m’attendrit , sa candeur me désarme ;

Et , lorsque mes regards pénètrent dans son cœur ,

Je cherche l’imposture , et ne vois que l’erreur.

(A Jeanne il’ Arc.)

Je plains votre malheur, je plains votre jeunesse ; J’excuse de vos sens la crédule faiblesse ;

Et votre sort ici dépend de votre choix :

Je prends sur moi le soin de désarmer les lois.

Un vain songe a souvent abusé l’innocence :

L’aveu de votre erreur suffit a ma clémence.

Cet aveu de la haine étouffera les cris :

J’ai le droit de l’atteindre , et vous offre à ce prix Aux bords de la Tamise un noble et sur asile

Page 1