ACTE IV, SCÈNE II
De tout ce que j’ai fait quoi que la haine pense ,
L’Eternel dans les cieux plaça ma récompense.
Quel appui dois-je- encore attendre dans ces lieux?
De quelque part ici que je tourne les yeux ,
Je vois mes ennemis , je ne vois pas mes juges ;
Dieu, la France et mon cœur , voilà mes seuls refuges.... » A sa voix , à l’aspect de ce front redouté ,
De ces traits , où la grâce adoucit la fierté ,
L’un attendri , touché , vaincu de tant de charmes ,
De ses yeux, malgré lui , sent échapper des larmes ; L’autre , éperdu , tremblant , croit des cieux irrités Voir briller dans les airs les sinistres clartés $
Et Wincestre , indigné de perdre sa victime ,
La honte sur le front , désespère du crime :
Elle allait triompher... mais, ô comble d’horreur!
J’ai vu tous ces guerriers qui , pâles de terreur ,
Fuyaient au seul aspect d’une illustre ennemie , Outrageant son malheur et poursuivant sa vie,
Se mêler au milieu des juges confondus ,
Et raffermir des yeux leurs esprits éperdus.
Pour moi , déjà cédant aux transports de mon âme,
Et près d’ensanglanter un tribunal infâme ,
J’ai détourné mes pas de ces horribles lieux ,
Tandis que, l’œil baissé, des prêtres odieux Semblaient offrir au ciel un tribut légitime...
Mais leur fureur en vain compte sur la victime.
LA DUCHESSE
Quoi ! le décret fatal ?...
JEANNE D’ARC
TA LBOT.
Est sans doute rendu.
LA DUCHESSE
Tout mon sang s’est glacé. >
LE COMTE DE DUNOIS
L’ai-je bien entendu !
Des guerriers, juste ciel! opprimer l'innocence $
Eux, qu’un noble serment arma pour sa défense ,
Eux , qui devraient pour elle affronter le trépas !
LA DUCHESSE
On marche vers ces lieux;.... j’aperçois des soldats... Quel objet!... Dieu! c’est elle!...