LA DUCHESSE DE BEDFORT, TALBOT, LE COMTE DE DUNOIS
TA.LBOT, en entrant.
Ah! madame !
Vous me voyez encore indigné devant vous ,
Et retenant à peine un trop juste courroux...
Seule, à travers les rangs d’une barbare escorte ,
A peine du palais elle a franchi la porte 5 Tout s’émeut à sa vue , et le peuple à grands flots Se presse sur ses pas , éclate en longs sanglots ; Tranquille cependant, de la foule éplorée Devant le tribunal elle arrive entourée :
Elle entre, elle parait 5 et des juges surpris Un long enchantement retient tous les esprits.
W incestre , en qui l’éclat de la pourpre romaine Voile une âme perfide , inflexible , inhumaine ,
Ose élever la voix au nom sacré des deux.
En butte aux vils détours de cet art captieux Qui de pièges sans nombre entoure l’innocence ,
Elle parle, et d’un mot ramène le silence....
( Le ciel prêtait sans doute à ses accens vainqueurs Un pouvoir inconnu, maître de tous les cœurs ! )
Elle parle , et déjà tout a senti l’empire De l'esprit qui l’enflamme , et du Dieu qui l’inspire.
« La vérité , dit-elle, anime ici ma voix :
Vous 1 entendez encor pour la dernière fois.