‹ Jeanne d'Arc à RouenChapitre 46 sur 62 · ACTE IV, SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE VIII

Voilà, priuce, voilà les hauts laits, les exploits Dignes du fils , du frère et du tuteur des rois.

Ah! croyez-moi, seigneur, la bonté qui pardonne Peut seule rehausser l’éclat de la couroiiue 5 Et, si je dois ici m’expliquer librement ,

Elle est du trône encor le plus sur fondement !

Le sort vous a livré les jours d’une heroïne Qui , par sa noble audace arrêta la ruine D’un état , sous vos coups déjà prêt ae crouler :

Un mot de votre bouche , un mot peut immoler Celle que malgré vous honore votre estime...

Triste pouvoir qu’abjure un héros magnanime !

Le dernier des soldats tient la mort dans ses mains ; Les deux n’ont départi qu’aux maîtres des humains Le pouvoir, si flatteur et si digne d’envie ,

D’enchaîner la mort même et d’accorder la vie. Choisissez... Mais je vois qu’une secrète horreur Fait rougir votre front, fait frémir votre cœur...

Oui , l’honneur sût votre âme a repris son empire. Fils d’Edouard, suivez sa voix qui vous inspire $

Et d’un héros par vous en vaillance imité ,

Prince, égalez encor la générosité.

LE DUC avec noblesse.

Eh bien ! que voulez-vous ?

TALBOT

Qu’une illustre guerrière

Dans nos remparts, seigneur, ne soit plus prisonnière

7 o JEANNE D’ARC.

Que les fers de ses mains tombent à votre voix !

Qu elle puisse , à son gré , dans le camp de Valois Porter encor l’appui de ce bras si terrible.

Long-temps victorieux, mais non pas invincible.... Le prestige est détruit , et les yeux sont ouverts.

LE DUC

Je puis sauver ses jours... mais non briser ses fers : Qu aux remparts de Harfleur dès ce soir la captive Conduite par vos soins....

TALBOT

Vous voulez qu’elle vive !

Mais, où l’envoyez-vous ? le dirai-je ? à la mort. L’implacable vengeance a les yeux sur son sort. Quel asile assez sûr déroberait sa vie Au poignard de la haine , aux poisons de l’envie?

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