ACTE IV, SCÈNE VIII
Voilà, priuce, voilà les hauts laits, les exploits Dignes du fils , du frère et du tuteur des rois.
Ah! croyez-moi, seigneur, la bonté qui pardonne Peut seule rehausser l’éclat de la couroiiue 5 Et, si je dois ici m’expliquer librement ,
Elle est du trône encor le plus sur fondement !
Le sort vous a livré les jours d’une heroïne Qui , par sa noble audace arrêta la ruine D’un état , sous vos coups déjà prêt ae crouler :
Un mot de votre bouche , un mot peut immoler Celle que malgré vous honore votre estime...
Triste pouvoir qu’abjure un héros magnanime !
Le dernier des soldats tient la mort dans ses mains ; Les deux n’ont départi qu’aux maîtres des humains Le pouvoir, si flatteur et si digne d’envie ,
D’enchaîner la mort même et d’accorder la vie. Choisissez... Mais je vois qu’une secrète horreur Fait rougir votre front, fait frémir votre cœur...
Oui , l’honneur sût votre âme a repris son empire. Fils d’Edouard, suivez sa voix qui vous inspire $
Et d’un héros par vous en vaillance imité ,
Prince, égalez encor la générosité.
LE DUC avec noblesse.
Eh bien ! que voulez-vous ?
TALBOT
Qu’une illustre guerrière
Dans nos remparts, seigneur, ne soit plus prisonnière
7 o JEANNE D’ARC.
Que les fers de ses mains tombent à votre voix !
Qu elle puisse , à son gré , dans le camp de Valois Porter encor l’appui de ce bras si terrible.
Long-temps victorieux, mais non pas invincible.... Le prestige est détruit , et les yeux sont ouverts.
LE DUC
Je puis sauver ses jours... mais non briser ses fers : Qu aux remparts de Harfleur dès ce soir la captive Conduite par vos soins....
TALBOT
Vous voulez qu’elle vive !
Mais, où l’envoyez-vous ? le dirai-je ? à la mort. L’implacable vengeance a les yeux sur son sort. Quel asile assez sûr déroberait sa vie Au poignard de la haine , aux poisons de l’envie?