ACTE I, SCÈNE IV. n
Rapprochés un moment, et bientôt divisés!
Et, pour dire encore plus , une cour factieuse,
Où s’agite en tous sens l’intrigue ambitieuse ;
L’ardente soif du sang , l’orgueil humilié ,
Le faux zèle , avec eux en secret allié !..
A travers quels périls , trop souvent incertaines ,
Mes mains de cet empire -ont retenu les rênes !
Si de l’honnèur je suis les nobles mouvemens ,
Si la captive échappe à leurs ressentimens ,
Que diront tous ces grands , altérés de vengeance , Impatiens du joug , jaloux de la puissance ,
Eux , dont le bras souvent fit et défit les rois !
Que diront, offensés du mépris de leurs droits, ,
Ces apôtres de paix , armés de l’anathème ,
Et d’un pied dédaigneux foulant le diadème !
Que répondre aux clameurs du soldat mutiné,
Qui croit poursuivre encor , dans son zèle effréné , L’infernal instrument des trames les plus noires !...
LA DUCHESSE
Eh bien ! vous répondrez , prince , par des victoires ,
Et vous les verrez tous fléchir sous votre loi.
LE DUC
Mes vœux sont d’un guerrier , mes devoirs sont d’un roi ; Et la raison d’état , dans scs sombres maximes ,
N’a bien souvent aux rois ordonné que des crimes.
Mais je sais toutefois que des peuples aigris Les supplices jamais n’ont changé les esprits ;
Et ma puissance , encor précaire et contestée ,
JEANNE D’ARC
Ne fut par la rigueur que trop mal cimentée :
Je sens que la clémence est mon premier devoir....
Mais on vient....
LA. DUCHESSE
Ah ! seigneur , j’embrasse cet espoir.
Le vainqueur deCrécy , trop plein de sa vengeance ,
A la voix d’une épouse écouta la clémence ;
Lorsqu’une épouse en pleurs vous invoque aujourd’hui , Le vainqueur de Verneuil fera-t-il moins que lui ?