‹ Jeanne d'Arc à RouenChapitre 5 sur 62 · LA DUCHESSE DE BEDFORD , LE DUC DE BEDFORD · texte numérisé non relu

LA DUCHESSE DE BEDFORD , LE DUC DE BEDFORD

LE DUC

J’ai visité, princesse , et l’armée et la ville.

Dans le camp , dans les murs , tout est encor tranquille j Et de tant de rumeurs l’objet infortuné,

En ce palais bientôt par mon ordre amené.

Cessera de nourrir la secrète espérance

Des traîtres qui voudraient tenter sa délivrance.

Qu’un tribunal sacré, dont l’orgueilleuse voix Trop souvent sur le trône interrogea les rois ,

De ses arrêts déjà menace une guerrière Que le sort des combats rendit ma prisonnière ,

Je ne prends point pour règle une aveugle fureur 5 Le ciel punit la fourbe et fait grâce à l’erreur. J’approfondirai tout.

LA DUCHESSE

Hé bien ! daignez l’entendre.

D’un guerrier , d’un héros , que ne doit pas attendre Une vertu si pure , un courage si grand !

Eh ! qui pourrait la voir d’un œil indifférent !

D’un doute injurieux comme vous prévenue ,

Sous le nom emprunté d’une femme inconnue,

Seule , de sa prison j’ai pénétré les murs...

IO

JEANNE D’ARC

J’entre , incertaine encor, sous ces cachots obscurs; Et , tout près de la voir, mon âme irrésolue Désirait à la fois et redoutait sa vue :

Je la vis : de son front la modeste pudeur,

Son courage sans faste, et sa noble candeur,

Tout en elle , à mes yeux charmés de sa présence , Tout respirait sans art la paix de l’innocence :

J en crois de ses regards la tranquille douceur ,

L imposture jamais n’approcha de son cœur...

Ah! cette image, encore offerte à ma mémoire,

Le péril de ses jours , le soin de votre gloire ,

La pitié, qui partout me trouble de ses cris,

Jusque dans mon sommeil poursuivent mes esprits.

LE DUC

Avant de prononcer, princesse, je vais prendre Les avis du conseil qui doit ici se rendre.

Possesseur d un pouvoir brillant , mais passager, Que d’intérêts divers je dois envisager!

Des pontifes romains la politique altière.

Cherchant à ressaisir leur puissance première !

Les ministres d’un Dieu, qui prescrit le pardon,

Des bûchers en cent lieux allumant le brandon ! Deux peuples , à regret unis sous un seul maître , L’un l’autre s’estimant , mais sans s’aimer peut-être , Et des combats toujours disputant les succès ;

L’un , de sa liberté jaloux avec excès ;

L’autre , au joug étranger rebelle avec courage !

Une armée , où j’ai vu gronder plus d’un orage , Assemblage confus de partis opposés ,

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