SCÈNE VIII
Les mêmes , LE SÉNÉCHAL.
LE DUC, au Sénéchal.
Digne organe des lois , approchez... Mais pourquoi Ce front où règne encor la douleur et l’effroi ?
LA DUCHESSE
De vos yeux malgré vous je vois couler des larmes.
LE COMTE DE DUNOIS
Parlez , et dissipez ou comblez mes alarmes.
LE SÉNÉCHAL
Jamais plus triste jour n’éclaira nos remparts.
Au fracas de l’airain tonnant de toutes parts, L’échafaud s’élevait -, et la torche enflammée Déjà remplissait l’air de feux et de fumée.
J’accours 5 et , sur mes pas , je lis dans tous les yeux Un morne abattement, un deuil silencieux.
D’injurieux liens tristement enchaînée ,
L’innocente victime , à la mort destinée,
S’avançait , telle encor que naguère aux combats On la vit défier un plus noble trépas.
JEANNE D’ARC
Au pied de l'échafaud , saus trouble elle s'arrête ; S’agenouille en prière; et, relevant sa tète,
Sur le bûcher , de feux et d’armes entouré ,
Monte , d’un maintien ferme et d’un cœur assuré ,
Comme si , le front ceint des palmes de la gloire. Tranquille , elle montait sur un char de victoire ;
Là , sur les flots du peuple abaissant ses regards ,
A l’aspect des Français , émus de toutes parts ,
Un noble mouvement anime son visage ,
Et d' une voix qu’inspire un sublime courage :
« Français . qui m’écoutez , dans ce dernier instant ,
» J’en atteste le Dieu qui m’appelle et m’entend ,
» Celle que vous pleurez meurt exempte de crime....
« Et vous , fiers ennemis dont la haine m’opprime ,
» Vos sinistres destins dans les cieux sont tracés,
» Lorsqu’enfin , de la France à jamais repoussés,
» Vos vaisseaux atteindront les bords de l’Angleterre >
» A la guerre échappés , là vous attend la guerre.
» Quels nuages au loin dans les airs étendus » Ont déchaîné sur vous les foudres suspendus !
» Déjà le noir démon des tempêtes civiles,
» La torche en main , parcourt vos murs jadis tranquilles. » L’orageux Océan qui vient battre vos ports » Avec moins de fureur gronde autour de vos bords.
» O des cieux irrités inflexible sentence!
» Voyez-vous , enivrés de haine et de vengeance ,
» Les neveux d’Edouard , dans leur délire affreux » L’un contre l’autre armés et s’égorgeant entre eux ;
» Dans les flots de son sang l’Angleterre noyée ;