‹ Jeanne d'Arc à RouenChapitre 60 sur 62 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

Les mêmes , LE SÉNÉCHAL.

LE DUC, au Sénéchal.

Digne organe des lois , approchez... Mais pourquoi Ce front où règne encor la douleur et l’effroi ?

LA DUCHESSE

De vos yeux malgré vous je vois couler des larmes.

LE COMTE DE DUNOIS

Parlez , et dissipez ou comblez mes alarmes.

LE SÉNÉCHAL

Jamais plus triste jour n’éclaira nos remparts.

Au fracas de l’airain tonnant de toutes parts, L’échafaud s’élevait -, et la torche enflammée Déjà remplissait l’air de feux et de fumée.

J’accours 5 et , sur mes pas , je lis dans tous les yeux Un morne abattement, un deuil silencieux.

D’injurieux liens tristement enchaînée ,

L’innocente victime , à la mort destinée,

S’avançait , telle encor que naguère aux combats On la vit défier un plus noble trépas.

JEANNE D’ARC

Au pied de l'échafaud , saus trouble elle s'arrête ; S’agenouille en prière; et, relevant sa tète,

Sur le bûcher , de feux et d’armes entouré ,

Monte , d’un maintien ferme et d’un cœur assuré ,

Comme si , le front ceint des palmes de la gloire. Tranquille , elle montait sur un char de victoire ;

Là , sur les flots du peuple abaissant ses regards ,

A l’aspect des Français , émus de toutes parts ,

Un noble mouvement anime son visage ,

Et d' une voix qu’inspire un sublime courage :

« Français . qui m’écoutez , dans ce dernier instant ,

» J’en atteste le Dieu qui m’appelle et m’entend ,

» Celle que vous pleurez meurt exempte de crime....

« Et vous , fiers ennemis dont la haine m’opprime ,

» Vos sinistres destins dans les cieux sont tracés,

» Lorsqu’enfin , de la France à jamais repoussés,

» Vos vaisseaux atteindront les bords de l’Angleterre >

» A la guerre échappés , là vous attend la guerre.

» Quels nuages au loin dans les airs étendus » Ont déchaîné sur vous les foudres suspendus !

» Déjà le noir démon des tempêtes civiles,

» La torche en main , parcourt vos murs jadis tranquilles. » L’orageux Océan qui vient battre vos ports » Avec moins de fureur gronde autour de vos bords.

» O des cieux irrités inflexible sentence!

» Voyez-vous , enivrés de haine et de vengeance ,

» Les neveux d’Edouard , dans leur délire affreux » L’un contre l’autre armés et s’égorgeant entre eux ;

» Dans les flots de son sang l’Angleterre noyée ;

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