‹ Jeanne d'Arc à RouenChapitre 62 sur 62 · ACTE V, SCÈNE IX · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE IX

Chargé de prévenir un projet odieux ,

J’accourais ; et de loin se montrait à mes yeux ,

Au milieu des bourreaux , l’héroïne immobile ,

Du haut de son bûcher levant un front tranquille :

Un cri tumultueux éclate en même temps.

Pleins d’espoir, nous pressons nos coursiers haletans. Mais la flamme soudain luit et frappe ma vue;

Et l’infame Warwick , d’une course imprévue ,

Suivi de ses soldats , ose , le fer en main ,

Du fatal échafaud me fermer le chemin.

Quelque temps il résiste à ma juste furie ;

Frappé d’un coup plus sûr , il tombe enfin sans vie... Je m’élance... 6 spectacle et d’horreur et d’effroi!

Le bûcher tout en feu s’écroule devant moi ,

Et mes yeux , attachés sur ces débris funestes ,

De la victime en vain cherchent les tristes restes....

A peine elle expirait , que du ciel irrité Une nuit nébuleuse éclipsant la clarté ,

Étonne tous les coeurs remplis de noirs présages : Trois fois un trait de flamme a percé les nuages,

Et la foudre trois fois gronde du haut des airs :

Le peuple a vu , dit-il , au milieu des éclairs ,

La victime , de fleurs la tête couronnée ,

Des messagers divins monter environnée ,

Et , planant en triomphe, au son de leurs concerts ,

Se perdre dans les cieux devant elle entr’ouverts.

LE COMTE DE DUNOlSàpart.

Vengeance , arme mon bras !

JEANNE D’ARC

LA DUCHESSE > part.

France , pleure sur elle !

TALBOT i part.

O mon pays ! pour toi quelle honte éternelle !

LE COMTE DE D UN OIS, au Duc , après un moment de silence.

Eh bien ! le crime enfin triomphe/.... et c’est par vous. Seigneur, que l’innocence expire sous ses coups!....

Mais tout reproche ici convient mal au courage;

La douleur d’un soldat veut un autre langage ,

Prince ; l’ordre sanglant que vous avez dicté Pour jamais entre nous a rompu tout traité.

Loin de nous le dessein d’alier sur vos rivages ,

Superbes conquérans , transporter les ravages !

Mais , tant que vos drapeaux offenseront nos yeux ,

Guerre au peuple couvert d’un sang si précieux !

La vengeance, l’honneur, le devoir le commandent;

Ce ne sont pas des pleurs , c’est du sang qu’ils demandent. Du haut des cieux encore , éclairant tous nos pas ,

La vierge d’Orléans guidera nos soldats !

Et sur nos étendards son image vivante

Dans vos rangs confondus portera l’épouvante....

O patrie! ô vertu! recevez mes sermens!....

Mais eu stériles vœux je perds trop de momens.

Adieu , prince!.... la trêve avec le jour expire,

Et je vole aux combats que tout mon cœur respire.

( Il sort accompagne de sa suite. )

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