ACTE V, SCÈNE IX
Chargé de prévenir un projet odieux ,
J’accourais ; et de loin se montrait à mes yeux ,
Au milieu des bourreaux , l’héroïne immobile ,
Du haut de son bûcher levant un front tranquille :
Un cri tumultueux éclate en même temps.
Pleins d’espoir, nous pressons nos coursiers haletans. Mais la flamme soudain luit et frappe ma vue;
Et l’infame Warwick , d’une course imprévue ,
Suivi de ses soldats , ose , le fer en main ,
Du fatal échafaud me fermer le chemin.
Quelque temps il résiste à ma juste furie ;
Frappé d’un coup plus sûr , il tombe enfin sans vie... Je m’élance... 6 spectacle et d’horreur et d’effroi!
Le bûcher tout en feu s’écroule devant moi ,
Et mes yeux , attachés sur ces débris funestes ,
De la victime en vain cherchent les tristes restes....
A peine elle expirait , que du ciel irrité Une nuit nébuleuse éclipsant la clarté ,
Étonne tous les coeurs remplis de noirs présages : Trois fois un trait de flamme a percé les nuages,
Et la foudre trois fois gronde du haut des airs :
Le peuple a vu , dit-il , au milieu des éclairs ,
La victime , de fleurs la tête couronnée ,
Des messagers divins monter environnée ,
Et , planant en triomphe, au son de leurs concerts ,
Se perdre dans les cieux devant elle entr’ouverts.
LE COMTE DE DUNOlSàpart.
Vengeance , arme mon bras !
JEANNE D’ARC
LA DUCHESSE > part.
France , pleure sur elle !
TALBOT i part.
O mon pays ! pour toi quelle honte éternelle !
LE COMTE DE D UN OIS, au Duc , après un moment de silence.
Eh bien ! le crime enfin triomphe/.... et c’est par vous. Seigneur, que l’innocence expire sous ses coups!....
Mais tout reproche ici convient mal au courage;
La douleur d’un soldat veut un autre langage ,
Prince ; l’ordre sanglant que vous avez dicté Pour jamais entre nous a rompu tout traité.
Loin de nous le dessein d’alier sur vos rivages ,
Superbes conquérans , transporter les ravages !
Mais , tant que vos drapeaux offenseront nos yeux ,
Guerre au peuple couvert d’un sang si précieux !
La vengeance, l’honneur, le devoir le commandent;
Ce ne sont pas des pleurs , c’est du sang qu’ils demandent. Du haut des cieux encore , éclairant tous nos pas ,
La vierge d’Orléans guidera nos soldats !
Et sur nos étendards son image vivante
Dans vos rangs confondus portera l’épouvante....
O patrie! ô vertu! recevez mes sermens!....
Mais eu stériles vœux je perds trop de momens.
Adieu , prince!.... la trêve avec le jour expire,
Et je vole aux combats que tout mon cœur respire.
( Il sort accompagne de sa suite. )