‹ Jeanne d'Arc à RouenChapitre 8 sur 62 · ACTE I, SCÈNE V. i · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE V. i

Nous fuyons!.... Une femme a renversé l’ouvrage Qu’avait durant quinze ans élevé le courage !

Mais, captive aujourd’hui , les juges de la foi De mensonge et d’erreur l'accusent près de moi.

Dans le choix d’un parti , que faut-il que je fasse?

Qu'un prestige imposteur ait servi son audace,

Ou qu elle ait d’un vain zèle écouté le transport ,

Parlez , et sans détours prononcez sur son sort.

La vérité qu’aux rois déguise un faux langage ,

Des fidèles sujets est le plus bel hommage.

LE COMTE DE BEAUVAIS

Vous nous imposez, prince, un devoir rigoureux.

D’un noble chevalier, d’un guerrier généreux Le cœur jugera-t-il avec indifférence ,

Un sexe dont l’honneur lui remet la défense?

Mais les cieux offensés font entendre leur voix ,

Mais le trône en danger réclame ici ses droits.

Qui d’entre nous plaindrait une altière ennemie.

Dans sa coupable erreur toujours plus affermie?

Quand son audace outrage et l’état et la foi ,

Quand tout l’accuse enfin , qui la défendrait ?

TALBOT

Moi.

Moi, seigneur!.... Mais parlez.

LE COMTE DE BEAUVAIS

C’est au nom du ciel même Que des ministres saints le tribunal suprême ,

4 JEANNE D’ARC

Assemblé dans ces murs, demande qu’aujourd’hui Jj’objct d’un juste effroi paraisse devant lui.

Eh ! comment des enfers , qui secondaient sa rage,

A des revers si grands méconnaître l’ouvrage?

Le ciel avait, quinze ans, protégé nos succès. '

Du toit le plus obscur, dans les rangs des Français,

Une femme sans nom tout à coup s’est montrée ,

De charmes imposteurs à tous les yeux parée ;

« Un Dieu même , dit-elle, a suscité son bras ;

» Un Dieu parle à son cœur, un Dieu guide ses pas; » Elle marche ; et l’effroi que sèment ses prestiges

Fait céder la valeur devant ses faux prodiges !

Mais le courroux des cieux , confondant les enfers , Rompt enfin ses complots et la met dans nos fers. Est-ce à nous aujourd’hui d’épargner l’imposture?

Des autels profanés oublîrons-nous l’injure ,

Et , laissant impuni le plus noir attentat , Mettrons-nous en péril le salut de l’état?

Déjà , plus d’une fois osant briser sa chaîne ,

Dans le camp de Valois clic eût porté sa haine,

Si le ciel n’eût trompé ce funeste dessein.

Vous le savez , ces murs enferment dans leur sein Un peuple de tout temps aux Anglais peu docile ;

La guerre nous entoure , et non loin de la ville Le fier Dunois, suivi de quelques bataillons,

Cette nuit est venu porter ses pavillons :

Eh ! quel da'nger pour nous , si , dès demain peut-être , Dans les rangs ennemis elle allait reparaître !

Qui sait , si quelque jour nous ne la verrions pas

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