‹ Jeanne d'Arc à RouenChapitre 9 sur 62 · ACTE I, SCÈNE V. i · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE V. i

, Jusqu’aux rives des mers transporter les combats ,

F,t , rejetant sur nous tous les maux de la guerre ,

Dans ses ports menacés poursuivre l’Angleterre !

Tout l’état par ma voix vous parle ; et sur vos pas Vous avez entendu le cri de vos soldats.

Etouffez des Valois la dernière espérance ;

Du trône et de l’autel assurez la défense,

Que, par le ciel instruits , les juges de la foi Dévoilent aux mortels , frappés d’un saint effroi ,

Les noirs enchantemens , les affreux sortilèges ,

De nos revers passés iustrumens sacrilèges,

Et, démasquant le crime à leurs pieds confondu ,

Rendent à nos drapeaux l’éclat qu’ils ont perdu !

LE COMTE DE WARWICL

Oui 5 la pitié sans doute a des droits sur notre âme :

Mais faut-il s’avouer vaincus par une femme ?

Je le dis à regret ; c’est au saint tribunal De détruire un mensonge à nos armes fatal.

L’honneur à ce parti lui-même nous engage ...

TALBOT

Qu’entends-je! de l’houneur voilà donc le langage!

Une femme est l’objet d’un si noble courroux!...

Ce triomphe barbare est-il digne de nous? ;

Eh ! que diraient un jour l’Angleterre et la France ! Entendez-vous déjà cette affreuse sentence?....

« La gloire leur montrait la palme des héros :

» La fureur dans leurs mains mit le fer dès bourreaux.... » Mais des juges sacrés l’austère voix accuse

i6 JEANNE D’ARC.

Celle qu’absout la gloire, ou que le zèle excuse ? J’honore les mortels dont les pieuses mains Offrent au Dieu de paix l’hommage des humains : Mais , peu soumis aux lois des envoyés de Rome, Du ministre de Dieu je sais distinguer l’homme , Et je laisse au vulgaire , en sa stupide erreur, Adorer leurs décrets, et bénir leur fureur.

Oublîrons-nous ici, qu’insolemment rebelle Le même tribunal , dont on vante le zèle ,

Na guère , au nom des cieux , osa plus d’une fois Des trônes ébranlés précipiter les rois?

Et voulons-nous encor , trembla ns de leur menace A d’autres attentats enhardir leur audace?....

Eh ! quels sont les forfaits qui , si je vous en crois, De la jeune guerrière ont terni les exploits?

Une femme sans nom brava notre puissance?

Qu’importe le hasard d’une obscure naissance? Par des faits immortels, gloire à qui s’ennoblit !

Dans un lâche repos honte à qui s’avilit/

On dit que , sur ses pas renversant les obstacles Les enfers conjurés prodiguaient les miracles? Ainsi donc tour à tour, un art insidieux Fait agira son gré les enfers et les cieux !

J’ose juger aussi de l’esprit qui l’anime :

Un noble dévouement, uu transport magnanime , Le zèle pour son roi , l’amour de sou pays ,

La gloire , qui brillait à ses yeux éblouis ,

La gloire , dont la voix enfante les prodiges y Voilà tous ses forfaits ! voilà tous ses prestiges I

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