VIT
N brûle Jeanne d'Arc à peu près aussi souvent quon la célèbre ; et ce sont les
mêmes. « Le vice fomente la guerre, disait Vauvenargues, la vertu combat ». Ambition, intrigue, vanité font les jeux. Mais l'énergie n'est pas en ces roitelets. L'énergie est dans la masse pacifique, avec l'illusion. On peut bien dire qu'en
DE
Août de l'an Quatorze l'esprit du peuple entendit des voix. Tout ce qui avait montré le poing, tout ce qui avait insulté, tout ce qui avait prophetise s'enfuit alors; et, la peur se changeant en colère, la déclamation alla jusqu'au délire. Spectacle hideux, la peur, la haine, et le plaisir ensemble. Mais le peuple rassembla sa force, et trouva une raison de combattre, et qui méritait qu'on mourût pour elle. On fera légende de ce beau moment, où les hommes de cœur visèrent haut, et à parler exactement cherchèrent l'ordre de Dieu ; car aucun évêque n'osera soutenir que Dieu n'est point
Fraternité universelle et Paix sur la terre. Et cette grande idée se forma spontanément, que le temps était venu de délivrer tous les peuples et de tuer la Guerre. « Adieu, disaient-ils à leurs femmes ; nos enfants connaitront la paix. » L'idée était invincible ; elle couvrit toute Ja nation. Les politiques ne dirent point le contraire; ils suivaient le miracle. On ne sut que bien plus tard ce qu'ilsen pensaient.
Ce qu'ils en pensaient ? À peu près ceci. Que c'est une sorte de scandale lorsque le respect dû aux puissances n'explique pas assez l'obeissance. Que l'esprit révolu-
tionnaire, loin d'être brisé par ce ‘coup du sort, prenait force au contraire, et réclamerait ses droits.
après la victoire. Qu'un monde nouveau allait naître, où les intrigants n'auraient plus place. Que dans le moment où leur fauteuil prenait forme de trône, justement tous les trônes allaient être brûlés au feu des batailles. Que l'Humanité entendrait partout le cri de l'Homme. Que l'Amour armé vaincrait la Haine, comme l'archange tue le monstre ; et quenfin ce rude peuple serait indomptable au retour, et dicterait la nouvelle Charte humaine. La chose pou-
vait être; il n'y fallait qu'une Foi inébranlable, et cette Simplicité inspirée qui passe sur les obstacles sans seulement les voir. Mais que pouvaient-ils faire, ces politiques ?
L'âme propheétique marchait devant; ils suivaient.
On sait quelle frénétique prédication, et qui partait de haut, s'appliqua à rendre toute paix impossible. Les arguments ne manquaient pas; depuis des siècles la Guerre nourrit la Guerre. Aussi les esprits faibles revinrent dans les chemins de la fatalité historique.
Pour les esprits forts, et qui voulaient servir l'Humanité, il en fut
- fait un massacre, par cette effrayante loi de la Guerre selon laquelle les meilleurs périssent par leur vertu même, par leur foi même. L'âme prophétique usait sa puissance pendant que l'âme diabolique renforçait la sienne. Mais j'admirai surtout les Maximes du Commandement, méthodique, inflexible et retiré, qui réorganisait tout selon une froide discipline. Il y eut des mots profonds.
« Les hommes savent leur métier et font leur métier », disait un chef.
I] n'en revint guère, de ces héros qui se promettaient une paix selon leur espérance. Ils ne furent pas écoutés. La grande voix américaine,
jeune et forte, et qui avait des droits pourtant, après cette Croisade unique au monde, ne fut pas écoutée non plus. À peine la victoire était-elle assurée que l'ancienne Politique revint, avec une incroyable assurance. J'ai souvenir du jour funeste où le Pouvoir, jetant l'Utopie par terre, mit le pied dessus. « Î] faut abandonner, dit-il froidement, l'idée que cette guerre pourrait être la dernière des guerres ». Une politique suivit, pleine de cohérence et de logique, comme tout ce qui retombe à la nécessite. L'appât du mark-or resta seul en vue, dont chacun attendait sa part; tout fut
réduit [à. Un art profond et sûr de lui, qui suit la force des choses et sen glorifie, nous a attachés là, et nous tirons sur la laisse. C'est ce que j appelle brûler Jeanne d'Arc, avec attendus et considérants.
1° Mai 1921.