CHAPITRE III
Arrivée h la porte, elle prit congé de son oncle, qu'elle embrassa alîectiieiisemcnt , le priant de l'excuser près de ses parents, et de leur dire qu'elle partirait avec une joie entière si elle partait avec leur bénédiction , mais qu'elle espérait qu'il viendrait un temps où ils la loueraient d'avoir obéi au Seigneur.
Un superbe cbeval noir acheté par raessire Robert attendait Jehanne ; elle voulut aussitôt le monter, mais le cheval se démena si fort que la chose fut impossible. Alors Jehanne dit : — Menez-le près de la croix qui est devant l'église auprès du chemin. Le serviteur qui tenait la bride obéit , et à peine le beau coursier fut-il devant la croix , qu'il devint doux comme un agneau, et que Jehanne monta dessus sans difficulté aucune , au milieu de toute la population , qui , émerveillée de la confiance et de l'adresse de la jeune fille, criait de tous côtés : Noël! Noël !...
Alors Robert de Bcaudricourt reçut le serment de Jehan de Novelompont et de Bertrand de Poulangy de conduire Jehanne au roi ; et , ce serment fait , il se tourna vers la jeune fille, et la saluant une dernière fois de la main :
— Va, lui dit-il, et advienne que pourra.
Aussitôt Jehanne se tournant vers les prêtres et les gens d'église qui la regardaient du haut des degrés du portail :
— Et vous, les prêtres et les gens d'église, dit-elle, faites procession et prière à Dieu,
Puis, piquant son cheval des deux comme aurait pu faire le plus hardi et le plus habile cavalier :
— - Tirez avant! dit-elle, tirez avant !
Et elle partit au trot, accompagnée des deux chevaliers, et suivie de leurs serviteurs , d'un archer et d'un messager du roi.
40 JEHAKNE-LA-PLT-ELLE.