III. SA PRl'ISENTATION AU ROI ET SON ADMISSION
« Si partirent lesdits compagnons , et passèrent par Auxerre et plusieurs autres villes, villages et passages de pays des ennemis, et aussi par les pays obéissants au roy, où régnoient toutes pilleries et roberies, sans ce qu'ils eussent ou trouvassent aucuns empeschements , et vindrent jusques en icelle ville de Chinon. Eux mcsmes disoient qu'ils avoient passé aucunes rivières h gué bien profondes, et des passages renommés pour leurs périls et dangers, sans quelconque inconvénient; dont ils estoient esmerveillés. Eux donc estants arrivés en ladite ville de Chinon, le roy manda ces gentils-hommes qui estoient venus en sa compagnée , et les fit interroger en sa présence ; lesauels ne sceurent que dire , sinon ce qui est récité ci-dessus. Si eut le roy, et ceux de son conseil , grand double si ladite
DES DOCITMENTS SUR LA PICF.LLE. 199
Jchanno parlcroil an roy on non, ol s'il la foroit venir dovers lui ; sur qnoy il y enl diverses opinions et imaginations, et fut conclu qu'elle venoil le roy. Ladile Jehanne fut donc amenée en sa présence. Kt dit qu'on ne la déceust point, et qu'on lui montrast celui auquel elle debvoit parler. Le roy estoit bien accompagné ; et combien que plusieurs feignissent qu'ils fussent le roy, toutesfois elle s'addressa à lui assez pleinement , et lui dit : que Dieu l'envoyoit là pour lui ayder et le secourir, et qu'il lui baillast gens, et elle léveroit le siège d'Orléans, et si le mèneroit sacrer à Reims; et que c'estoit le plaisir de Dieu que ses ennemis les Anglois s'en allassent en leurs pays; que le royaume lui debvoit demeurer; et que s'ils ne s'en alloieni, il leur mescherroit. Après ces choses ainsi faites et dites, on la fit ramener en son logis, et le roy assembla son conseil pour sçavoir ce qu'il avoit à faire. Auquel conseil estoicntl'archevesque de Reims, son chancelier, et plusieurs prélats, gens d'église et laïcs. Si fut advisé que cerlains docteurs en théologie parleroient à elle et l'examineroient, et aussi des canonistes el légistes ; et ainsi fut fait. Elle fut donc examinée et interrogée par diverses fois et par diverses personnes. C'estoit chose merveilleuse comme elle se comportoit et conduisoit en son fait, avec ce qu'elle disoit et rapportoit lui estre enchargé de la part de Dieu, et comme elle parloit grandement et notablement, \ eu que en autres choses elle estoit la plus simple bergère que on vit oncques. Entre autres choses, on s'esbahissoit comme elle dit à messire Robert de Baudricourt, le jour de la bataille de Rouvray, autrement dite des Harencs, ce qui estoit advenu, et aussi de la manière de sa venue , et comme elle estoit arrivée sans empeschement jusques à Chinon.
(' Un jour elle voulut parler au roy en particulier, et lui dit : << Gentil daui)hin , ponrquoy ne me croyez-vous? Je » vous dis que Dieu a pitié de vous, de vostre royaume, » et de vostre peuple ; car saint Loiiys et Charlemagne » sont à genoux devant lui , en faisant prières pour vous;
200 ANALYSE RAlSONMil'
» et je vous diray, s'il voiisplaist, telle chose, qu'elle vous » donnera à cognoislre que me debvez croire. » Toutesfois elle fut contente que quelque peu de ses gens y fussent; et, en la présence du duc d'Alençon, du seigneur de Trêves, de Christofle de Harcourt et de maistre Gérard Machet, son confesseur, lesquels il fit jurer, à la requeste de ladite Jehaune, qu'ils n'en révèleroient ni diroient rien, elle dit au roy une chose de grand, qu'il avoit faite bien secrète ; dont il fut fort esbahy ; car il n'y avoit personne qui le peust savoir, que Dieu et lui. Et dès lors il fut comme conclu que le roy essayeroit à exécuter ce qu'elle disoit. Toutesfois il advisa qu'il estoit expédient qu'on l'amenast à Poitiers, où estoit la cour de parlement et plusieurs notables clercs de théologie, tant séculiers comme réguliers, et que lui-mesme iroit jusquesen ladite ville. Et de fait le roi y alla ; et faisoit amener et conduire ladite Jehanne ; laquelle, quand elle fut comme au milieu du chemin, demanda où on la menoit. Il lui fust respondu que c'estoit h Poitiers. Alors elle dit : « En nom Dieu , je sçay que je » auray bien affaire , mais messire m'aydera : or allons de » par Dieu. » Elle fut donc amenée en la cité de Poitiers, et logée en l'hostel d'un nommé maistre Jehan Rabateau, lequel avoit espousé une bonne femme , à laquelle on la bailla en garde. Elle estoit toujours en habit d'homme, ne n'en vouloit autre vestir. Si fit-on assembler plusieurs notables docteurs en théologie, et des bacheliers, lesquels entrèrent en la salle où elle estoit ; et quand elle les vit , elle s'alla seoir au bout du banc, et leur demanda ce qu'ils vouloient. Lors il lui fut dit par la bouche de l'un d'eux : qu'ils venoient devers elle, pource qu'on disoit qu'elle avoit dit au roy que Dieu l'envoyoit vers lui ; et monstrèrent par belles et douces raisons qu'on ne la debvoit pas croire. Ils y furent plus de deux heures , où chacun d'eux parla sa fois ; et elle leur fit des responses dont ils furent grandement esbahis; sçavoir comme une si simple bergère, jeune fille, pouvoit ainsi prudemment respondre. Entre les
DES DOCl'MEATS SIR LA PlCKLLE. 201
antres, il y eut un carme, docteur en théologie, bien aigre homme, cjuilui dit que la Saiute-Escrilure deiïendoil d'adjousler foy à telles paroles , si on ne monstroit signe ; et elle respondit pleinement : « qu'elle ne vouloit pas tenter » Dieu ; et que le signe que Dieu lui avoit ordonné, c'es- » toit lever le siège de devant Orléans, et de mener le roy » sacrer à Reims; qu'ils y vinssent, et ils le verroient »; qui sembloit lors chose fort difficile à croire, et comme impossible, veue la puissance des Anglois, et que , d'Orléans ne de Blois jusques à Reims il n'y avoit aucmie place françoise. Il y eut un autre docteur en théologie, de l'ordre des frères prescheurs, qui lui va dire : « Jehanne, » vous demandez des gens d'armes , et si, vous dites que » c'est le plaisir de Dieu que les Anglois laissent le » royaume de France, et s'en aillent en leur pays; si cela » est, il ne faut point de gens d'armes : car le seul plaisir » de Dieu les peut destruire, et faire aller en leur pays. » A quoy elle respondit : qu'elle demandoit des gens, non raie en grand nombre, lesquels combattroient, et Dieu donneroit la victoire. Après laquelle response faite par icelle Jehanne , les mesmes théologiens s'assemblèrent pour voir ce qu'ils conseilleroient au roy. Et conclurent, sans aucune contradiction, combien que les choses dites par ladite Jehanne leur scmbloient bien es! ranges, que le roy s'y debvoit fier, et essayer à exécuter ce qu'elle disoit. Le lendemain y allèrent de nouveau plusieurs notables personnes, tant de présidents et de conseillers de parlement que autres de divers estats. Et avant qu'ils y allassent, ce qu'elle leur disoit leur sembloit impossible à faire, disants que ce n'estoientque resverieset fantaisies; mais il n'y eut celui, quand il en retournoit et l'avoit ouye , qui ne dist après que c'estoit une créature de Dieu; aucuns mesme, en retournants, pleuroient à chaudes larmes. Semblablemcnt y furent dames, damoiseiles et bourgeoises, qui lui parlèrent; et elle leur respondit si doucement et gracieusement qu'elle les faisoit pleurer. Entre autres choses, ils lui de-
202 AIVALYSE RAISONNÉE
mandèrent ponrquoy elle ne prenoit pas un habil de femme, el elle leur respondit : « Je crois bien qu'il vous » semble estrange, et non sans cause ; mais il faut, pource » que je me dois armer et servir le gentil dauphin en ar- » mes, que je prenne les habillements propices et néces- » saires à cela ; et aussi, quand je seray entre les hommes, » estant en habit d'homme, ils n'auront pas concupiscence » de moi ; et me semble qu'en cest estât je conserveray » mieux ma virginité de pensée et de fait. » Pour le temps de lors , on faisoit grande diligence d'assembler vivres , et espécialement bleds, chairs salées et non salées, pour essayer à les conduire et jetter dedans la ville d'Orléans. Si fut deslibéré et conclu qu'on esprouveroit ladite Jehanne sur le fait desdils vivres. Et lui furent ordonnés harnois, cheval , et gens ; et lui fut espécialement baillé pour la conduire et estre avec elle un bien vaillant et notable escuyer, nommé Jehan Dolon, prudent et sage, et pour page, un bien gentil-homme, nommé Louys de Comtes, dit Imerguet , avec des autres valets et serviteurs. Durant ces choses, elle dit qu'elle vouloit avoir une espée qui estoit à Sainte-Catherine-de-Fierbois * , où il y avoit en la lame, assez près du manche , cinq croix. On lui demanda si elle Tavoit oncques veue ; et elle dit que non; mais qu'elle sçavoit bien qu'elle y estoit. Elle y envoya donc. Et n'y avoit personne qui sceust où elle estoit , ne ce que c'esloil. Toutesfois, il y en avoit plusieurs qu'on avoit autrefois données à l'église, lesquelles on fit toutes regarder. Et on en trouva une toute enrouillée , qui avoit lesdites cinq croix ; on la lui porta, et elle dit que c'estoit celle qu'elle demandoit. Si fut-elle fourbie et bien nettoyée, et lui fit-on faire un beau fourreau tout parsemé de fleurs de lys. Tant que ladite Jehanne fut à Poitiers, plusieurs gens de bien alloient tous les jours la visiter, et tousjours disoit de bonnes paroles : entre les autres , il y eut un bien no-
1 En Tonrane, dans l'ariondissement de Cliinon.
DES DOCLMEMS SUU LA PUCELLE. ?03
table homme, maislre des requestes du roy, qui lui dit : « Jehanne, on veut que vous essayez à mettre les vivres » dedans Orléans; mais il semble que ce sera forte chose, » veu les bastilles qui sont devant, et que les Anglois sont » forts et puissants. — En nom Dieu , dit-elle , nou s les » mettrons dedans Orléans à nostre aise; et si, il n'y aura » Angloisqui saille, ne qui fasse semblant de l'empesclier. » Elle fut donc armée et montée à Poitiers; puis elle en parlit ; et en chevauchant, elle portoit aussi gentiment son harnois, que si elle n'eust fait autre chose tout le temps de sa vie ; dont plusieurs s'esmerveilloient; mais bien davantage les docteurs, capitaines de guerre et autres, des responses qu'elle faisoit, tant des choses divines que de la guerre. Leroy avoit mandé plusieurs capitaines pour conduire et estre en la compagnée de ladite Jehanne, et entre autres, le mareschal de Rays , messire Ambroisc de Loré, et plusieurs autres, lesquels conduisirent icelle Jehanne jusques en la ville de Blois. Les nouvelles de ceste Pucelle vindrent à Orléans, sçavoir : comme c'estoit une fille de sainte et religieuse vie, qui fut fille d'un pauvre laboureur de la contrée de l'élection de Langres près de Barrois , et d'une pauvre femme du mesme pays , qui vivoient de leur labeur; qu'elle estoit âgée environ de dixhuit à dix-neuf ans , et avoit esté pastourelle au temps de son enfance ; qu'elle sçavoit peu de choses mondaines, parloit peu , et le plus de son parler estoit seulement de Dieu, de sa benoisle mère, des anges, des saints et saintes de paradis; disoit que par plusieuis fois lui avoient esté dites aucunes révélations, touchant la salvation du roy et préservation de toute sa seigneurie , laquelle Dieu ne vouloit lui esire tollue ni usurpée , mais que ses ennemis en seroient déboutés, et estoit chargée de dire et signifier ces choses au roy dedans le terme de la. Saint- Jehan mil quatre cents vingt-neuf; que ladite Pucelle avoit esté ouye par le roy et son conseil , où elle ouvrit les choses à elles chargées, et traita merveilleusement des manières de faire
204 x\ÎV4LYSE RAISOrVi\ÉE
vuidcr les Anglois hors du royaume ; el ne fut là chef de guerre qui sceust tant proprement qu'elle remonslrer les manières de guerroyer ses ennemis, dont le roy et tout son conseil fut esmerveillé ; car elle fut autant simple en toutes autres manières comme une pastourelle ; que pour ceste merveille, le roy alla à Poitiers, et mena là la Pucelle qu'il fit interroger par notables clercs de parlement, et par docteurs bien renommés en théologie ; et elle ouye, affermèrent qu'ils la réputoient inspirée de Dieu , et approuvèrent tout son fait et ses paroles , pourquoy le roy la tint en plus grande révérence ; et manda dès lors gens de toutes parts, et fit mener à Blois grande quantité de vivres et d'artillerie pour secourir la cité d'Orléans ; que la Pucelle requit , pour conduire le secours , qu'il pleust au roy lui bailler telles gens et tel nombre qu'elle requcrroit, qui ne seroit pas grand nombre ni grande puissance, et pour son corps se fit administrer un harnois entier ; alors le roy ordonna que tout ce qu'elle requerroit lui fust baillé; puis la Pucelle print congé du roy pour aller en la cité d'Orléans : et elle venue à Blois à peu de gens, séjournoit illec par aucuns jours, attendant plus grande compagnée. Pendant son séjour , elle ht faire un cslandart blanc, auquel elle fit portraire la présentation du saint Sauveur et de deux anges, et le fit bénistre en l'église Saint-Sauveur de Blois. Auquel lieu vindrent tantost après le mareschal de Sainte-Sevère, les sires de Rays et de Gaucourt, à grande compagnée de nobles et de commun , qui chargèrent une partie des vivres pour les mener à Orléans. Ladite Pucelle se mit en leur compagnée; et cuidoit bien qu'ils deussent passer par-devant les bastides du siège, devers la Beauce; mais ils prindrent leur chemin par la Soulongne ; et ainsi fut menée à Orléans le pénultiesme jour d'avril, au mesme an. {Chronique de ta Pucelle, p. ^29 et suiv.)
Auquel lieu de Chinon elle fut présentée audit seigneur roy. Et sitost qu'elle fut entrée en la chambre où il estoit,
elle lit les iiiclinalions et révérences accouslumées à faire aux roys, comme si toule sa vie eusl esté nourrie en cour. Après lesquelles inclinations et révérences, elle adressa sa parole au roy, lecjuel elle n'avoit jamais veu , et lui dit : « Dieu vous donne bonne vie, très noble roy! » Et pour ce que en la compagnée y avoit plusieurs seigneurs vestus aussi richement ou plus que lui , dit : « Se ne sçay-je pas » que suis roy, Jehanne. » Et en lui monstrantquelciu'un des seigneurs qui estoient là présents, lui dit : « Voilà qui » est roy ! » Elle respondit : « C'est vous qui estes roy, et » non autre , je vous cognois bien. » Après lesquelles paroles, le roy lui fit demander qui la mouvoit de venir devers lui. A quoy elle respondit : qu'elle venoit pour lever le sicge d'Orléans et pour lui ayder à recouvrer son royaume, et que Dieu le vouloit ainsi. Et si lui dit : que après qu'elle auroit levé ledit siège, qu'elle le mèneroit oindre et sacrer à Reims, et qu'il ne se souciast des Anglois; et qu'elle les combattroit en quelque lieu qu'elle les trouveroit; et qu'il lui baillast telle puissance de gens d'armes qu'il pourroit fmer, et qu'elle ne faisoit doubte de faire toutes les choses dessusdites , ne mcsme de chasser lesdits Anglois hors du pays du roy. Après lesquelles paroles, le roy la fit intorioger de la foy, et lui fit demander plusieurs questions tant des choses divines et de la guerre, que autres questions curieuses. A toutes lesquelles elle respondit si sagement que le roy, les prélats et autres gens clercs qui estoient présents, en furent esmerveillés ; et non sans cause, attendu la simplicité et la qualité de la personne , qui n'avoit jamais fait autre chose que garder les bestes aux champs.
» Après lesquelles interrogations et responses dessusdites, le roy assembla son conseil , auquel fut advisé que on lui demanderoit qu'elle vouloit faire. A quoy elle respondit qu'elle vouloit lever le siège qui estoit devant Orléans et combattre les Anglois; et supplia au roy qu'il envoyast un de ses armuriers ou autres à Sainte-Catherine de Fierbois, et qu'il lui apportast une espée qu'il trouveroit en l'église,
206 ANALYSE RAISOiMNEE
au lieu qu'elle lui diroit, en laquelle espce , eu chacun des coslés, y a cinq fleurs de lys empreintes. Et sur ce lui fut demandé si autrefois elle avoit esté audit lieu de Sainte- Catherine. Dit que non , mais qu'elle sçavoit par révélation divine , que ceste cspée estoit en ladite église , entre aucunes vieilles ferrailles estants en icelle. Et si dit au roy que, avec ladite espée et l'ayde de Dieu et de ses bons capitaines et gens d'armes, elle lèveroit le siège d'Orléans, et le mèneroit sacrer et couronner à Reims, ainsi que ses prédécesseurs roys de France ont esté par ci-devant. Après lesquelles paroles, il lui fut conseillé envoyer audit lieu de Sainte-Catherine un de ses armuriers; lequel véritablement trouva ladite espée, et l'apporta audit seigneur, laquelle il donna à ladite Jehanne la Pucellc ; laquelle très humblement lui en rendit grâces , et lui pria lui donner un cheval, un harnois, une lance, et autres choses nécessaires pour la guerre. Toutes lesquelles choses incontinent lui furent baillées et deslivrées. Et sitost qu'elles les eut receues , elle se fit armer et monta à cheval , et courut la lance, et fit tous actes de gens d'armes, connue un homme qui auroit esté toute sa vie nourry en la guerre. Et avec ce, quand elle fut appelée au conseil pour adviser et deslibérer de ce qui estoit à faire, tant pour relever ledit siège d'Orléans, ou recouvrer villes et places, et faire entreprinses contre les ennemis , elle en parloit et deslibéroit si sa gcment, et fondoit son opinion en si bonnes raisons, que très souvent , contre l'opinion de tous les capitaines , on usoit de son conseil es choses qu'on vouloit faire; et qui est plus grande merveille, quand le roy et ses capitaines tenoient quelque conseil en son absence , elle sçavoit tout ce qui avoit esté dit et conclu comme si elle y eusl esté présente ; dont ledit seigneur et ceux de sa compagnée estoient moult esbahis, et non sans cause.
» Et combien que es chroniques que j'ai veues ne soit fait mention d'une chose que, long temps a, j'ouys dire et révéler, non pas en une fois seulement mais plusieurs, à
DES DOCLME\TS SLR LA PLCELLE. 207
grands personnages de France, qui disoient l'avoir veu en chronique bien authentique, laquelle chose rédigée par escript dès lors, tant pour l'autorité et réputation de celui qui la disoit que pource qu'il me sembla que ceste chose estoit digne de mémoire , je l'ai bien voulu ici mettre par escript. C'est que, après que le roy eust ouy ladite Pucelle , il fut conseillé par son confesseur, ou autres . de parler en secret et lui demander en secret s'il pourroit croire certainement que Dieu l'avoit envoyée devers lui , afin qu'il se pust mieux fier à elle, et adjouster foy en ses paroles ; ce que ledit seigneur fit. A quoy elle respondit : « Sire, se je vous dis des choses si secrètes qu'il n'y a que » Dieu et vous qui les sachez , croirez-vous bien que je » suis envoyée de par Dieu? » Le roy respond que la Pucelle lui demande : « Sire, n'avez-vous pas bien mémoire » que, le jour de la Toussaint dernière , vous estant en la .) chapelle du chasteau de Loches, en vostre oratoire, tout » seul , vous fistes trois requestes à Dieu ? » Le roy respondit qu'il estoit bien mémoratif de lui avoir fait aucunes requestes. Et alors la Pucelle lui demanda se jamais il avoit dit et révélé lesdites requestes à son confesseur ne à autres. Le roy dit que non. « Et se je vous dis les trois re- » questes que lui fistes, croirez-vous bien en mes paroles? » Le roy respondit que oui. Adonc la Pucelle lui dit : « Sire, » la première requeste que vous fistes à Dieu, fut, que » vous priastes que, se vous n'estiez vray héritier du » royaume de France, que ce fust son plaisir vous osier le » courage de le poursuivre , afin que vous ne fussiez plus » cause do faire et soustenir la guerre , dont procède tant » de maux pour recouvrer ledit royaume. La seconde fut, » que vous lui priastes que, se les grandes adversités et tri- » bulalions que le pauvre peuple de France soulîroit et >» avoit souffert si longtemps, procédoient de vostre pesché » et que vous en fussiez cause , que ce fust son plaisir en » relever le peuple, et que vous seul en fussiez puny et » portassiez la pénitence, soit par mort ou autre peine qu'il
208 ANALYSE RAISOÎVWÉE
» lui pkiiroit. La tierce fut, que se le pesclié du peuple es- » toit cause desdites adversités, que ce fust son plaisir » pardonner audit peuple et appaiser son ire el mettre le » royaume hors des tribulations es quelles il estoitjà avoit » douze ans et plus. » Le roy cognoissant qu'elle disoit vérité, adjousta foy en ses paroles, et crut qu'elle estoit venue de par Dieu , et eut grande espérance qu'elle lui ayderoit à recouvrer son royaume ; et se desiibéra soy ayder d'elle et croire son conseil en toutes ses affaires.
» Or faut retourner à mon propos. Le roy voyant qu'il * estoit nécessaire de promptement secourir iceux qui estoient assiégés dans la ville d'Orléans, il assembla son conseil, à quoy il fit appeler ladite Jehanne, pour adviser comment on pourroit sçavoir advitailler les assiégés ; laquelle chose elle entreprit, se on lui vouloit bailler des gens d'armes. Le roy considérant la grande nécessité en quoy csloient les assiégés , la grande prospérité des Anglois , qui tousjoursestoient venus à chef de toutes leurs entreprinses, et l'extrémité en laquelle estoient venues les affaires du roy et du royaume, ils furent d'opinion que le roy debvoit faire par le conseil de ladite Pucelle; el fut conclud ainsi faire. Et pour la conduire et accompagner, lui furent baillés les sires de Rays et de Loré, lesquels la menèrent h Blois où estoient messire Regnault de Chartres, archevesque de Reims, chancelier de France, le bastard d'Orléans, le sire Poton et autres capitaines, par lesquels ladite Jehanne et sa compagnée furent receues honorablement , et ce fait, adviser de pourvoir à toute diligence de ce qui estoit nécessaire pour advitailler ladite ville d'Orléans ; c'est à sçavoir de vivres, de charriots, charrettes, chevaux et autres choses requises en tel cas. » (Autre Chronique de îa Pucelle, p. /i5Zi. )
« Les voyageurs eurent à traverser un pays ennemi ; cependant ils n'éprouvèrent aucun obstacle , aucun accident. Lorsqu'ils furent arrivés à(^hinon, auprès de Tours, où le roi résidait, il fut résolu danslo conseil du roi : que la
DI'S l)OC:i)^IE\TS SIR I.\ ÏH criXE. 209
jeune fille no devait point voiile prince ni lui être présentée avant trois jours ; mais il se fit une révolution subite dans tous les cœurs : la Pucelle fut admise. Lorsqu'elle fut descendue de cheval , et après avoir été examinée avec empressement dans sa foi et dans ses mœurs par des archevêques , des évéques , des abbés , des docteurs , le roi l'emmena avec lui dans son conseil , qui était rassemblé, afin de l'interroger avec plus de soin encore et de sévérité. Elle fut reconnue en tout comme une bonne catholique , pensant bien sur la foi, sur les sacrements et sur les lois de l'Église. Elle fut encore examinée avec un zèle tout particulier par des matrones expertes, par de jeunes filles instruites et par des veuves et des femmes mariées. Cet examen n'apprit rien autre chose sur le compte de Jehanne, sinon que c'était une jeune fille pleine d'honneur. Après cela, elle fut pendant six semaines gardée à vue et observée. On voulait s'assurer si elle ne tomberait pas dans quelque faute, ou s'il s'opérerait quelque changement dans sa conduite; mais cela n'arriva pas. Au contraire, invariable dans sa conduite , servant Dieu , entendant la messe, recevant le saint sacrement , elle persistait dans sa première résolution, et elle suppliait tous les jours le roi par ses larmes et ses soupirs de lui donner la permission d'attaquer les ennemis ou de retourner à la maison paternelle. Après avoir obtenu avec peine la permission de porter du secours, elle s'introduisit dans Orléans. » (Lettre de Perceval, sieur de Boulourmack , au duc de Milan.)
Le sieur de Boulourmack, qui avait été témoin des premiers succès militaires de la Pucelle , la décrit ainsi dans cette même lettre :
« La Pucelle est d'une physionomie agréable ; elle supporte les fatigues à l'égal des hommes; elle parle peu, montre une prudence admirable. En parlant et dans la conversation, elle a une voix pleine de charmes , à la manière d'une femme. Elle mange peu, boit du vin modérément. Quant au luxe des chevaux et des armes , elle est
210 AIXVIASE RAISOIVNEE
fort recherchée. Elle aime beaucoup les nobles et les hommes armés. Si on parle trop , on la fâche , et tout mot superflu ne fait aucune impression sur elle. Elle endure le travail à un point incroyable , et sa constance sous les armes est telle qu'elle reste six jours de suite complètement armée, et sans interruption , jour et nuit. Elle dit que les Anglais n'ont aucun droit sur la France , et se croil envoyée de Dieu exprès pour les vaincre et les chasser, toutefois après des avertissements préalables. Elle promet des honneurs éclatants au roi ; elle le nomme bien-aimé de Dieu, conservé miraculeusement jusqu'alors, et qui le sera jusqu'à la fin. Elle a prédit au duc d'Orléans, votre neveu, sa délivrance miraculeuse ; mais elle a fait parvenir auparavant un avertissement aux Anglais qui le retiennent prisonnier. Prince, pour mettre fin à mes paroles, j'ajouterai qu'il est arrivé plus de choses merveilleuses que je ne peux vous en écrire. » (P. 523.)
Matthieu Thomassin , qui fut conseiller du dauphin de Vienne , depuis Charles VJI , et secrétaire de son fils Louis XI, a écrit en 1456, sous le titre de Registre Delfhinai , par le commandement de Charles VII , son seigneur, un recueil de faits historiques. Le manuscrit en est conservé à Grenoble. Le récit de ce qui concerne la Pucelle a été rédigé au moment même , et il a écrit à Paris plusieurs fragments de ce manuscrit. La relation de l'apparition de la Pucelle commence au folio 91. Je rapporterai ici en entier ce fragment intéressant.
« Le royS dit-il, estant es mains des Anglois, mourut l'an mil quatre cent vingt et deux. Et adonc s'appela roy mondit seigneur le daulphin ^ Et pour ce que les ennemys tenoient toutes les places jusques à Reims , et aussi Reims, il ne fut point couronné jusques à l'advènement de la Pucelle. Et s'appeloit roy de France, daulphin de Vien-
1 Charles VI.
* Il était devenu dauphin le 17 juin 1 4 1 5, et régent en 14 1 8, apn^'S son dépait de Paris.
nois, ('S leltros qui so adrossoioiil pnr doça , jii?^qiJos au temps qu'il bailla l'aduiluislraliou du l)aulj)iiiiK' à uionseigueur *. Et les ennemys se irulîoient et moquoient de lui, et l'appelloient Roy de Bourges , pource qu'il se y estoit retraict et y faisoit le plus sa demeurance.
» L'au mil quatre cent viugt et quatre, le dix-sej)liesmc d'aoust fut la bataille de Verneil ; et là mourut environ trois cents chevaliers et escuyers du Daulphiné, et toute la fleur ; dont fut grand dommage. Les gens des trois estais du Daulphiné , en mémoire perpétuelle de la vaillance et loyauté des Daulphiniens ont faict fonder une messe tous les jours au couvent des Jacobins de Grenoble , qui se dit au grand autel ; et au-dessous des chaires là où se séent le preslre , diacres et soub-diacres , ont faict peindre une grande image de Nostre-Dame , ayant ung grand mantel dedans lequel sont peints lesdits nobles qui furent morts à ladite bataille, tous armés avec leur cotte d'armes. Et pareille messe et pareille peinture a esté faicte à Saint- A nihoine de Viennoys , au monastère.
» Les autres batailles et rencontres qui ont esté faites auparavant et despuis je n'en dis rien. Et est vray que, tant par batailles, par rencontres, par sièges, par assauts, que autrement , le royaume fut mené a tant qu'il eust esté du tout mené et mis à l'obéissance des Anglois et de leurs alliés , si Dieu n'en eust eu pitié , et envoyé secours , par le moyen d'une pauvre bergerette appelée Jehanne.
» L'an 11x29, vint ladite Pucelle , et par son moyen fut levé le siège ainsi comme inexpugnable que les Anglois lenoient devant la cité d'Orléans.
» L'an dessusdit elle mena le roy à Reims ; et là fut couronné le dix-septième jour de juillet, comme par miracle; mais après fut-il toujours daulphinjusques au temps cy déclaré.
» La dessusdite Pucelle estoit de Lorraine , du lieu de
' Depuis, Louis XI.
512 WALYSE RAISONM^E
Vaucoul(^urs, et fut amenée à mondit seigneur le claulphin par le chastelain dudit lieu, habituée comme un homme ; avoit courts les cheveux et ung chapperon de layne sur la teste, et portoit petits draps* comme les hommes, de bien simple manière. Et parloit peu, sinon qu'on parloit à elle. Son serment estoit : « Au nom de Dieu. » Elle appeloit mondit seigneur le daulphin : « le gentil daulphin. » Et ainsi l'appela jusques à ce qu'il fust couronné. Aucunes fois l'appeloit : « l'auriflambe. » Et si disoit qu'elle estoit envoyée de par Dieu pour deschasser les Anglois , et que pour ce faire il la falloit armer. Dont chacun fut esbahy de celles nouvelles. Et de prime face , chacun disoit que c'estoit une trufferie; et à nulle chose que elle dist l'on ne adjoustoit point de foy.
» Clercs et autres gens d'entendement pensèrent sur cette matière. Et entre les autres escriptures , fut trouvée une prophétie de Merlin parlant en ceste manière : descendet virgo deorsàm sagittarii et flores virgineos obscuvabit.
» Sur lesdits vers furent faits autres vers dont la teneur s'en suit ci dessous.
» Virgo puellaris artus indiila viiili Veste, Dei monitii, properat relevare jacentein Liliferum regemque suos delere nefandos Hostes, preecipuè qui nunc sunt Aurelianis Urbe sub hâc, illam déterrent obsidione; Et si tanta viris mens est se jungere bello , Arma sequique sua, quae nunc parai aima puella, Crédit et fallaces Anglos succumbere morti , Marte puellari Gallis sternentibus illos ; Et lune finis erit pugnae, tune fœdera prisca, Tune amor et pietas et cœtera jura redibunt; Certabunt de pace viri, cunctique favebunt Sponte sua régi , qui rex librabit et ipsis
1 Culottes. J. du Clercq dit dans sa Clnonique: « Et les petits » draps, qu'on appelle communément des brayes. »
Ciinetis jnstitiam qnos pnlclira pace fovel)it ; Dummodo nulliis erit Anglonim pardig»M' lioslis Qui se FraiKorum pra^suinat diccre legem*. »
)) Avant que mondit seigneur le daulphin voulsist mettre ne ajouter foy à ladite Pucelle, comme prince sage, mit en conseil ceste besongne ; et furent les clercs mis ensemble, lesquels , après plusieurs disputations , furent de l'opinion qui s'en suit :
« Premièrement que mondit seigneur daulphin, attendu » la nécessité de lui et du royaume, et considéré les conii- » nuelles prières du pauvre peuple envers Dieu et tous au- » très aimant paix et justice, ne debvoit point débouter ni » mettre arrière ladite pucelle qui se dit estre envoyée de » par Dieu pour la réconforter et lui donner secours, no- » nobstant que les promesses et les paroles de ladite Pu- » celle soient pardessus œuvres humaines; aussi mondit » seigneur ne doibt pas ajouter foy et légèrement croire à » elle ; mais, en suivant la sainte escripture, la doibt faire » esprouver par deux manières ; c'est à sçavoir : par pru- » dence humaine, en enquérant de sa vie , de ses mœurs, 1) de son instruction, comme dit Paul l'aposlre ; Probate
^ Voici la Iraduction faite alors de ces vers :
« Une vierge vestiie de vestements d'homme , et qui a les membres appartenants à piicoUe, par la monicion de Dieu, s'appareille de relever le roy portant les fleiirs-de-lys, qui est couché, et de chasser ses ennemis maudits; et mesmement ceux qui maintenant sont devant la cité d'Orléans , laquelle ils espavantent par siège. Et se les hommes ont grand courage d'eux joindre à la bataille, les faux Anglois seront succombés par mort , par le Dieu de la bataille de la Pucelle; et les François les Iresbucheront ; et adonc sera la fin de la gurrre; et retourneront les anciennes alliances et amour; pitié et autres droits retourneront; et traiteront de la paix ; et t*)us les hommes s'ontroyeront an roi de leur bon gré, ^lequel roy leur pèsera et leur administrera ju.-tice à tous, et les nourrira de belle paix. El dorénavant nul Anglois cnneiny portant le liépart ne sera, qui présumera soy dire roy de i-rance, et d'eusnir les armes; l.'S- (jii lies armes II sainte pucelle a;ipar.i!le. •>
214 ANALYSE RAISONNÉe
» opéra priùs si ex Deo su?it; et la seconde manière, » par dévote oroison requérir à Dieu signe d'aucune œu- » vre ou espérance divine, par quoy on peut juger que la- ') dite Pucelle est venue de la volonté de Dieu. Ainsi dit » Dieu à z\char : qu'il deniandast signe quand il plairoit à » Dieu qu'il eust victoire, en lui disant : Pete signum à « Domino Deo tua ; aussi seinblablement Gédéon de- » manda signe, et plusieurs autres.
» Mondit seigneur le daulphin en ensuivant ladite déli- » bération fit esprouvcr ladite Pucelle de sa naissance , de » sa vie , de ses mœurs et de son intention , et n'y trouva » que tout bien. Puis la fit garder bien et honnestement » par l'espace de six sepmaines, en la tousjours examinant; » et fut monstrée à clercs, à gens d'église, à gens de grande » prudence et dévotion, à gens d'armes, à femmes honnes- » tes, vefves et autres, publiquement et secrètement. La- » dite Pucelle a conversé avec toute manière de gens ; mais » en elle on n'a trouvé que tout bien , comme humilité, » virginité, dévotion , honnesteté en toutes choses et sini- » plesse. De sa naissance, de sa vie plusieurs choses mer- » veilleuses ont été dites comme vrayes.
» Quant à la seconde manière de la probation , mondit » seigneur le daulphin luy demanda et pria qu'elle fist au- » cun signe parquoy on dust ajouter foy à elle qu'elle fust » envoyée de par Dieu. Elle respondit : que devant la ville » d'Orléans elle le monstieroit, et non pas avant ny en au- » cun autre lieu ; car ainsi lui avoit esté ordonné de par » Dieu.
» Ces choses dessus dites faictes, fut conclu, attendu ladite probation faite par mondit seigneur le roy, en tant » que lui a esté possible, et que nul mal n'a trouvé en la* » dite Pucelle, et considérée sa response, qui est de mons- » Irer signe divin devant Orléans, veue sa constance et sa » persévérance en son propos , et ses instantes requestes » de soy armer et aller devant Orléans pour y monstrer » signe de divin secours, que mondit seigneur le daulphin
DES DOClMt.NTS SI K L\ l'LCCLLE. 215
» ne la debvoil point cmpescher d'aller à Orléans avec ses ') gens d'armes, et la debvoit faire conduire honnestenient, » ayant bonne espérance en Dieu ; car la rebouter et des- » laisser, sans apparence de mal , ce seroit répugner au » Saint-Esprit et soy rendre indigne de la grâce et aydede » Dieu, comme dit Samaliel au conseil des juifs contre les » apostres. »
» Veue et considérée la conclusion , mondit seigneur le daulphin fit armer et monter ladite Pucelle. Et si ay ouy dire à ceux qui l'ont veue armée qu'il la faisoit très bon voir, et se y contenoit aussi bien comme eust fait un bon homme d'armes. Et quand elle estoit sur faict d'armes, elle esloit hardye et courageuse et parloit hautement du faict des guerres. Et quand elle esloit sans harnoys elle estoit moult simple et peu parlant.
» Avant qu'elle voulsist aller contre les Anglois, elle dit qu'il falloit qu'elle les sonnnast et requist, de par Dieu, qu'ils vuydassent le royaume de France. Et fit escrire des lettres qu'elle mesme dicta, en gros et lourd langage et mal ordonné *; j'en ay leu les copies dont la teneur s'en suit. Et audessus desdiles leltres avoit escript : « Entendez les merveilles de Dieu et de la Pucelle. »