‹ Jeanne d'ArcChapitre 68 sur 95 · II. SES PREMIÈRES INSPIRATIONS AVANT SON DÉPART DE GREUX · texte numérisé non relu

II. SES PREMIÈRES INSPIRATIONS AVANT SON DÉPART DE GREUX

» A l'âge de douze ans, elle eut la première apparition de la manière suivante : comme elle était avec les jeunes filles de sa société et qu'elle gardait les moutons de ses parents, elle s'avança dans la prairie. Ses compagnes lui demandèrent si elle voulait courir pour un bouquet de fleurs ou quelque chose de semblable. Elle y consentit , et après avoir pris cet engagement , elle se mil à courir, à plusieurs reprises, avec une telle agilité que ses camarades ne croyaient pas qu'elle touchât la terre , au point que l'une d'elles lui cria : « Jeanne (c'était le nom de notre jeune fille), je crois » te voir voler au-dessus de la terre à travers l'air. » Ayant fini sa course et étant au bout de la prairie , comme ravie en extase et toute hors d'elle-même , elle reprenait ses sens et se reposait de sa fatigue. Il y avait auprès d'elle un jeune homme qui lui dit : « Jeanne , courez à la maison ; ') car voire mère a dit qu'elle avait besoin de votre aide. » Joanne , croyant que l'avertissement lui était donné par son frère ou un des pelils garçons du voisinage , retourna

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bien vite à la maison. Sa mère l'ayant rencontrée Ini demanda la cause de son retour et pourquoi elle avait laissé le troupeau. Jeanne, à cette question, Ini répondit ingénument : « Ne m'avez-vous pas demandée? — Non, lui dit sa mère. » La jeune fille crut s'être trompée et voulut aller rejoindre ses camarades ; mais tout à coup une nuée claire et brillante s'offrit à ses yeux, et du milieu de la nuée une voix lui cria : « Jeanne , tu es née pour suivre une autre » carrière , et pour faire des choses merveilleuses ; car tu » es celle que le roi du ciel a choisie pour le rétablisse- » ment du roi de France , et pour être l'aide et l'appui du » roi Charles, dépouillé de son empire. Habillée en homme, » tu prendras les armes ; tu seras un chef de guerre , et » tout se fera par ton conseil. » La voix cessa de se faire entendre ; le nuage disparut et la jeune fille resta épouvantée de ce prodige. Elle n'ajoutait elle-même aucune foi à ce qu'on venait de lui dire ; mais, demeurant toute troublée, elle ne savait si elle devait croire ou non ; et quoique jour et nuit des apparitions semblables à celle qu'on vient de rapporter se présentassent aux regards de Jeanne et se renouvelassent d'ailleurs avec de? signes frappants, elle gardait le silence et n'ouvrait son âme à personne , si ce n'est seulement à son confesseur. Elle demeura cinq ans entiers dans un pareil trouble.

» A l'époque où le comte de Salisbury fut appelé d'Angleterre en France , les visions et les apparitions dont on vient de parler recommencèrent et se répétèrent à plusieurs reprises pour Jeanne. Son esprit fut bouleversé, son imagination s'enflamma. Un jour qu'à la campagne elle était à contempler l'apparition ordinaire , elle la vit plus grande et plus brillante qu'elle ne l'avait aperçue , et une voix lui fit entendre ces mots : « Jusques à quand tarde- » ras-tu ? Que ne te hâtes-tu ? Pourquoi ne pars-tu point » d'un pas agile et précipité, puisque le roi du ciel t'a en- » voyée? En ton absence, la France est déchirée, les villes )) sont renversées, les gens de bien périssent, les nobles

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)' sont massacrés, le sang piécieux est versé. » Pressée en quelque sorte par ces exhortations, elle dit à son confesseur: « Que feral-je? et quand bien même je voudrais » partir, comment pourrai-je le faire; je ne sais pas le » chemin , je ne connais ni le peuple ni le roi ; ils ne me » croiront pas ; tout le monde rira de moi et avec raison ; » car qu'y a-t-il de plus insensé que de dire aux grands : » Une jeune fille délivrera la France; elle dirigera ses ex- » péditions militaires; par son habileté elle ramènera la » victoire. Quoi de plus inconvenant qu'une jeune fille » avec des habits d'homme ! » Comme elle rappelait souvent ces paroles et d'autres semblables , elle reçut cette réponse : « Le roi du ciel l'ordonne et le veut; à l'avenir » ne demande plus comment cela se fera, car si telle est )) la volonté de Dieu au ciel , telle elle sera sur la terre. » Va donc au lieu voisin , appelé Vaucouleuis , qui, seul » dans les contrées de la Champagne , a conservé sa fidé- » lité au roi ; celui qui commande en ce lieu te conduira » sans difficulté comme tu le désires. » La jeune fille fit ce qui lui était ordonné , et lorsqu'elle eut prouvé tout le merveilleux dont elle était l'objet, le commandant de Vaucouleurs la fit conduire au roi , accompagnée de quelques personnes nobles ^

» Un jour , sans congé de père et de mère ( non mie qu'elle ne les eust en grand honneur et révérence et qu'elle ne les craignoit et redoubtoit , mais elle ne s'osoit descouvrir à eux, pour double qu'ils ne lui elnpeschassent son entreprise), s'en vint à Vaucouleurs devers messire Robert de Baudricourt , un vaillant chevalier tenant le parti du roy. El avoit dans sa place quantité de gens de guerre vaillants, faisants guerre tant aux Bourguignons qu'autres tenants le parti des ennemis du roy. Et lui dit Jehanne tout simplement les paroles qui s'en suivent : « Capitaine, messire, sça- » chez que Dieu , despuis aucun temps en ça, m'a plusieurs

1 Vol. du Panthéon. Lettre du sieur Perceval de P,oulourmack , 521 et 522.

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» fois fjiil à sçavoir et commandé que j'allasse devers le geii- » lil dauphin qui doibt estre et est vray roy de France , et » qu'il me haillast des gens d'armes, et que je leverois le siège » d'Orléans el le menerois sacrer à Reims. » Lesquelles choses niessire Robert réputa une moquerie et desrision, s'imaginant que c'estoit un songe ou fantaisie ; et lui sembla qu'elle seroit bonne pour ses gens à se divertir et esbattre en péché ; mesme il y eut aucuns qui avoient volonté d'y essayer ; mais, aussitost qu'ils la véoient, ils estoient refroidis et ne leur en prenoit volonté. Elle pressoit toujours instamment ledit capitaine à ce qu'il Tenvoyast vers le roy et lui fist avoir un habillement d'homme, avec un cheval et des compagnons pour la conduire , et entre autres choses lui dit ; » En nom Dieu, vous mettez trop à m'cnvoyer, car aujour- » d'hui le gentil dauphin a eu assez près d'Orléans un bien » grand dommage, et sera-t-il encore taillé de l'avoir plus » grand, si ne m'envoyez bientost vers lui. » Lequel capitaine mit les dites paroles en sa mémoire et imagination, et sceut despuis que le dit jour fut quand le connestable d'Escosse et le seigneur de Dorval furent desfaits par les Anglois. Et estoit le dit capitaine en grande pensée de ce qu'il en feroit. Si deslibera et conclut qu'il l'envoyeroit. Et lui fit faire robe et chaperon à homme, jupon, chausses à attacher housseaux, et espérons, et lui bailla un cheval; puis ordonna à deux gentilshommes du pays de Champagne et un valet qu'ils la voulussent conduire , l'un des gentilshommes nommé Jehan de Metz* et l'autre Bertrand de Pelonge ^ ; lesquels en firent grande difficulté , et non sans cause, car il falloit qu'ils passassent par les dangers et périls des ennemis. La dite Jehanne reconnut bien la crainte et le double qu'ils faisoient, si leur dit : « En nom Dieu, » menez-moi devers le gentil dauphin, et ne faites aucun » doubte que vous ne moi n'aurons aucun empeschement. »

* Jean de Nouvelompont , dit Jean de Metz. - Bertrand de Poulaniiv.

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Et est à savoir qu'elle n'appela le roi que dauphin jusqu'à ce qu'il fust sacré. Et lors les dits compagnons conclurent qu'ils la meneroient vers le roy, lequel estoit alors à Chinou. (Chronique de (a PiicelteK )

» A la dite Jehanne, ainsi qu'elle disoit, avoit esté révélé que Dieu vouloit qu'elle allast devers le roy Charles septiesme pour lui ayder et conseiller à recouvrer son royaume et les villes et places que les Anglois avoient conquises en ces pays. Laquelle révélation elle n'osa dire à ses père et mère , pour ce qu'elle sçavoit bien que jamais n'eussent consenly qu'elle y fust allée ; et pour ce s'alla adresser à un sien oncle ^, auquel elle déclara ses dites révélations , et le persuada tant qu'il la mena devers un gentilhomme nommé Robert de Baudricourt, qui pour lors estoit capitaine de la ville ou chasteau de Vaucouleurs, qui est assez prochain de là , auquel elle pria très instamment qu'il la fist mener devers le roy de France, en lui disant qu'il estoit très nécessaire qu'elle parlast à lui pour le bien de son royaume , et que elle lui feroit grand secours et ayde à recouvrer son dit royaume, et que Dieu le vouloit ainsi, et que il lui avoit esté révélé par plusieurs fois. Desquelles paroles il ne faisoit que rire et se moquer, et la réputo"t insensée. Toutesfois , elle persévéra tant et si longuement qu'il lui bailla un gentilhomme nommé Ville-Robert, et quelque nombre de gens , lesquels la menèrent devers le roy qui pour lors estoit à Chinon. ( Chronique et procès de ia Puceiie^. )

» Si dit : que, dès l'âge de treize ans, eut révélation de Nostre Seigneur par une voix qui l'enseigna à soy gouverner; et pour la première fois qu'elle avoit eu grand paour. Et dit : que la dite voix vint ainsi que à midy, en temps d'esté, elle estant au jardin de son père, en un jour de jeusne. Et si dit : que la dite voix vint au costé dextre vers

1 Vol. du Panthéon. Page 429.

2 Nommé Durand Laxard.

l'église. Et dit : que la dite voix n'est pjuùres sans clarté , laquelle est toujours du costé de la dite voix. Dit outre : que la dite voix , après qu'elle l'eust ouye par trois fois , elle congneut que c'estoit la voix d'un ange. Dit aussi : que ceste voix l'a toujours bien gardée.

» Interrogée quel enseignement ceste voix lui disoit pour le salut de son ame, respondit : qu'elle lui apprint à se bien gouverner , et lui disoit qu'elle debvoit fréquenter l'église ; et après lui dit qu'il estoil nécessaire qu'elle vinst en France et que son père ne sceust rien de son partement ; avec ce lui dit qu'il falloit qu'elle se hastast de venir et qu'(;lle leveroit le siège devant Orléans ; et qu'elle allast à Robert de Baudricourt , capitaine de Vaucouleurs , et qu'il lui bailleroit des gens pour la conduire. A quoy elle respondit : qu'elle estoit une pauvre femme qui ne sçauroit ne chevaucher , ne faire ne démener la guerre. Et après ces paroles , elle s'en alla en la maison d'un sien oncle où elle demeura huit jours; et que après, son oncle la mena au dit Robert de Baudricourt , lequel elle cognent bien , et si ne l'avoit jamais veu. Et dit : qu'elle le cognent par la voix qui lui avoit dit que c'estoit il. Dit outre : que le dit de Beaudricourt la refusa par deux fois; à la tierce, la récent et lui bailla gens pour la mener en France. (Interrog. du 22 février, p. ^71. )

Dit : qu'elle a ouy dire à son père que on disoit au pays qu'elle avoit prins ses révélations à l'Arbre des Fées; mais non avoit ; et lui disoit bien le contraire. Et dit outre : quand elle vint devers le roy , que aucuns demandoient se en son pays avoit point de bois que on appelast le Bois- Chesnu ; car il y avoit prophéties qui disoient que de devers le Bois-Chesnu debvoit venir une pucelle qui venroit faire merveilles ; mais en ce n'a point adjousié de foy. (Interrog. du 2k février, p. Iil5. )

» Dit : qu'il y a sept ans que la première fois sainte Catherine et sainte iMarguerite lui ont apprins à se gouverner.

» Interrogée qui estoit la première voix qui vint à elle

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on l'ago de treize ans, rcspond : que ce fut saint Mirliel qu'elle vit devant ses yeux ; et n'estoit pas seul, mais esloit bien accompagné des anges du ciel. Et dit outre : qu'elle ne vint en France sinon du commandement de Dieu.

» Interrogée si elle vit saint Michel et les angels corporellement et fermement , respond : Je les vis de mes yeux corporels aussi bien que je vous vois ; et quand ils se partirent de elle , elle pleuroit , et eut bien voulu que ils l'eussent emportée.

» Interrogée en quelle figure estoit saint Michel : Je ne vous ay pas encore à respondre, et je n'ay pas encore congé de le dire.

» Interrogée , à celle première fois que saint Michel lui dit, respond : Vous n'en aurez ennuit (maintenant) response.

» Interrogée si il estoit nud : Pensez-vous, responditelle , que Nostre-Seigneur n'ayt de quoy le vestir.

» Interrogée si ledit saint Michel avoit sa lance , respond : Je n'en sçay rien. (Int. du 27 fév. p. /i76.)

» Interrogée sur ce qu'elle avoit dit que saint Michel avoit apparu à elle, et avec ce de saintes Catherine et Marguerite, qu'elle ne avoit point parlé de corps ou membres, respond : Je vous en ay dit tout ce que je sçay et ne vous en respondray autre chose.

» Dit : qu'elle les a si bien vus qu'elle sçait bien qu'ils sont saints et saintes en paradis.

» Interrogée si elle a vu autre chose que le visage , respond : Je vous en ay dit ce que je sçay, j'aimerois mieux que vous me fissiez trancher le col.

» Interrogée si saint Michel et saint Gabriel ont testes naturellement , respond : Oui , à mes yeux ; et crois que ce soient ils aussi fermement comme Dieu est.

» Interrogée si elli^ croit que Dieu les ayl formés en ces testes èsquelles elle les a veus , respond : Je les ay vous de mes yeux , je ne vous en diray autre chose.

» Interrogée si elle croit que Dieu les ayt formés en ces lestes èsquelles elle les a veus , respond : que oui.

DES DOCUMEIMTS SLU LV PLCELLE. 191

» Interrogée si elle croit que en celle forme et manière Dieu les ayt créés du commencement, respond : Vous ne aurez autre chose pour le présent, fors ce que j'ay respondu. (Int. du S mars, p. kll.)

«Interrogée si, quand elle promit à Nostre-Seigneur de garder sa virginité, elle parloità lui, respond : Il dei)\oit bien suffire de promettre à ceux qui estoient envoyés de par lui , c'est à sçavoir à sainte Catherine et à sainte Marguerite.

» Interrogée qui la meut de faire citer un homme à ïoul en cause de mariage, respond : Je ne le fis pas citer, mais ce fut lui qui me fit citer ; et là jura devant le juge de dire la vérité ; et enfin qu'elle ne lui avoit pas fait promesse.

» Dit que la première fois qu'elle ouyt sa voix , elle voua sa virginité tant qu'il plairoit à Dieu , et estoil en âge de treize ans ou environ.

» Interrogée si de ses visions elle n'a point parlé à son curé ou autre homme d'église , respond : que non , mais seulement à Robert de Baudricourt et à son oncle. El dit outre : qu'elle ne fut point contrainte de sa voix à le celer; mais doubta moult le révéler, pour doubte des Bourguignons, que ils ne l'empeschassent de son voyage; et par espécial doubtoit moult son père que il ne l'empeschast de faire son voyage.

» Interrogée si elle cuidoit bien faire de partir sans le congé de père ou mère , comme il soit ainsi que on doit honorer père et mère , respond : que , en toutes autres choses , elle a bien obéi*à eux , excepté de ce parlement ; mais despuis leur a escript, et lui ont pardonné.

» Interrogée si , quand elle partit de ses père et mère , elle cuidoit point pécher; respond : Puisque Dieu le commandoit, si elle eust eu cent pères et cent mères, et si elle eust esté fille du roy, elle fust partie.

>) Interrogée si elle demanda à ses voix (ju'elle dict à son père cl à sa mère son parlement , respond : que , quant

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est de père ou de mère , ils estoient assez contents qu'elle leur dist , si n'eust esté la peine qu'ils lui eussent fait si elle leur eust dist ; et quant est à elle , elle ne leur eust dit pour chose quelconque.

» Dit : que ses voix se rapportèrent à elle de dire à père ou à mère , ou de s'en taire.

» Interrogée si, quand elle vit saint Michel et les anges, elle leur faisoit révérence , respond : que oui ; et baisoit la terre , après leur partement , où ils avoient reposé, en leur faisant révérence.

» Interrogée se ils estoient longuement avec elle, respond : Ils viennent beaucoup de fois entre les chrestiens qu'on ne les voit point. Et les a beaucoup de fois vus entre les chrestiens. (Int. du 12 mars, p. Zi83-/|8Z|. )

» Interrogée des songes de son père , respond : que , quand elle estoit avec son père et sa mère , lui fut dit plusieurs fois par sa mère, que son père disoit qu'il avoit songé que avec les gens d'armes s'en iroit la dite Jehanne , sa fille ; et en avoient grande cure ses père et mère de la bien garder , et la tenoient en grande subjection ; et elle obéissoit à tout, sinon au procès de Toul , au cas de mariage.

» Dit qu'elle a ouy dire à sa mère que son père disoit à ses frères : Si je cuidois que la chose advinst que j'ay songé de elle , je voudrois que la noyissiez , et , si vous ne le faisiez, je la noyerois moi-mesme. Et à bien peu perdirent le sens quand ils sceurent qu'elle fut partie pour aller à Vaucouleurs.

» Interrogée si ces pensées ou songes venoicnl à son père despuis qu'eut ses visions , respond : Oui , plus de deux ans despuis qu'elle ouyi les premières voix. ( Int. du 12 mars, p. USU. )

» Interrogée comment elle cognut que c'estoit saint Michel , respond : Par le parler et le langage des anges.

« Interrogée comment elle cognut que c'estoit langage d'anges, respond : qu'elle le crut assez lost et eut volonté de le croire et d'écouter ; que saint Michel, quand il vint

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à elle, lui dit que sainles Catherine et iMarguerilc vieiidroient à elle, et qu'elle fit par leur conseil, et esloient ordonnées de la conduire et conseiller en ce qu'elle auroit à faire , et qu'elle les crust de ce qu'elles lui diroient , et que c'estoit par le commandement de Nostre-Seigneur.

» Interrogée, si l'ennemy (le diable) se mettoiten signe ou forme d'ange, comme elle cognoistroit que ce fust bon ange ou mauvais ange, respond : que elle cognoistroit bien si ce seroit saint Michel ou une chose contrefaite comme lui.

)) Respond : que à la première fois elle fit grand double si c'estoit saint Michel; et à la première fois eut grand peur; et le vit maintes fois avant c|u'elle sceust que ce fust saint Michel.

» Interrogée pourquoi elle cognut plus tosl que c'est saint Michel que à la fois première elle ne crut que c'estoit il , respond : La première fois elle estoit jeune enfant et eut peur de lui ; despuis lui enseigna et monstra tant qu'elle crut fermement que c'estoit il.

» Interrogée quelle doctrine lui enseignoit , respond : Sur toutes choses il lui disoit qu'elle fust bonne enfant et que Dieu lui ayderoit; et, entre les autres choses, qu'elle vinst au service du roy de France; et lui racontoii l'ange la pitié qui estoit au royaume de France. (Int. du 16 mars, p. 490.)

» Interrogée de donner response en quelle forme et espèce, grandeur et habit, vint saint Michel, respond : Il estoit en la forme de très-vray grand homme, et de l'habit et de autres choses ; et ne en dira autre chose ; quant aux anges , elle les a vus de ses yeux , et n'en aura-1-cn plus autre chose d'elle.

» Dit : qu'elle croit aussi fermement les dits et faits de saint Michel qui s'est apparu à elle , comme elle croit que Nostre-Seigneur- Jésus-Christ souffrit mort et passion pour nous ; et ce qui la meut à le croire , c'est le bon conseil , confort et bonne doctrine que il lui a faits et donnés. (Int. du 17 mars , p. 491.) i

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» Interrogée, pour ce que es saintes de paradis on fait volontiers oblation de chandelles , si es saints et saintes qui viennent à elle die n'a point fait oblation de chandelles ardentes ou d'autres choses , à l'église ou ailleurs , ou fait dire des messes, respond : que non, si ce n'est en offrant à la messe, en la main du prestre, et en l'honneur de sainte (Catherine; et croit que c'est l'une de celles qui se apparut à elle ; et n'en a point tant allumé comme elle feroit volontiers à saintes Catherine et Marguerite qui sont en paradis; et elle croit fermement que ce sont elles qui viennent à elle.

» Interrogée si , quand elle mit ses chandelles devant l'image de sainte Catherine , elle les mit en l'honneur de celle qui se apparut à elle, respond : Je le fais en l'honneur de Dieu, de Noslre-Dame et de sainte Catherine qui est en ciel. Et ne fais point de différence de sainte Catherine qui est en ciel et de celle qui se appert à moy.

» Interrogée si elle le mit en l'honneur de celle qui se apparut à elle, respond : Je le fais en l'honneur de Dieu, de Noslre-Dame, et de sainte Catherine qui est au ciel et de celle qui se appert à moy.

» Interrogée si elle le mit en l'honneur de celle qui se apparut à elle, respond : oui, car elle ne mit point de différence entre celle qui se apparut à elle et celle qui est au ciel.

» Interrogée si elle fait et accomplit toujours ce que ses voix lui commandent , respond : que de tout son pouvoir elle accomplit le commandement de Nostre-Seigneur à elle fait par ses voix, de ce que elle en sçait entendre; et ne lui commandent rien sans le bon plaisir de Nostre-Seigneur. (Int. du 15 mars, p. A90.)

Interrogée de l'un de ces anneaux , où il estoit escript Jésus Marie, pourquoy c'estoit qu'elle le regardoit volontiers quand elle alloit en fait de guerre, respond : qu<^par plaisance, et pour l'honneur de son père et de sa mère, et que , elle ayant son annel en sa main et en son doy, a touché à sainte Catherine qui lui apparoissoit.

DES DOCUME^TS SIR LA PlCELLE. 195

Interrogée en qu'elle partie de ladite sainte Catherine , respond : Vous n'en aurez autre chose.

» Interrogée si elle baisa ou accola oncques sainte Catherine ou Marguerite, respond : Elle les a accolées toutes deux.

» Interrogée si elles flairoient bon , respond : Il est bon à savoir qu'elles sentoienl bon.

» Interrogée si, en les accolant, elle y sentoit point de la chaleur ou autre chose, respond : qu'elle ne les pouvoit accoler sans les sentir et toucher.

» Interrogée par quelle partie elle lesaccoloit, ou par haut ou par bas , respond : Je y affiers mieux à les accoler par le haut que par le bas.

» Interrogée si elle leur a point donné de chapeaux, respond : que en l'honneur d'elles, en leurs images es églises en a plusieurs fois donné ; et quant à celles qui s'appèrent à elle, n'en a point baillé dont elle ayt mémoire.

» Interrogée, quand elle mettoit chapeaux en l'arbre, si elle les mettoit en l'honneur de celles qui lui apparoient , respond : que non.

» Interrogée si , quand les saintes venoient à elle , elle leur faisoit point révérence, comme de se agenouiller et incliner, respond : que oui , et le plus qu'elle pouvoit leur faire de révérences elle leur faisoit ; et elle sçait que ce sont celles qui sont en royaume de paradis. ( Interrog. du 17 mars, p. /i93.)

» Interrogée si toutes fois que saintes Catherine et Marguerite vieiment , elle se signe, respond : qu'aucunes fois elle fait le signe de la croix et autres fois non. (Int. du même jour, p. A^S.)

» Interrogée si sa marraine , qui a vu les fées , est réputée sage femme, respond : qu'elle est réputée bonne prude fenmie , non pas devine ou sorcière.

» Interrogée de l'âge et des vestemeiHs de saintes Catherine et Marguerite, respond : Vous estes i-espondus de ce que vous aurez de moy , et n'en aurez autre chose; et vous en ay respondu tout au plus certain que je sçay.

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» Inlerrogée si elle savoit point au devant d'à njourcrhui que les fées fussent mauvais esprits , respond : qu'elle n'en sçavoit rien.

» Interrogée si elle ne sçait point que saintes Catherine et Marguerite hayent les Anglois, respond : Elles aiment ce que Noslre-Seigneur aime , et hayent ce que Dieu hayt.

» Interrogée se Dieu hayt les Anglois , respond : que de l'amour ou haync que Dieu a aux Anglois, et que Dieu leur fait à leurs âmes, ne sçait rien; mais sçait bien qu'ils seront mis hors de France, excepté ceux qui y mourront; et que Dieu envoyera victoire aux François contre les Anglois.

» Interrogée se Dieu estoit pour les Anglois quand ils estoient en prospérité en France, respond : qu'elle ne sçait se Dieu hayoil les François, mais croit qu'il vouloit permettre de les laisser battre, pour leurs peschés, se ils y estoient. ') (Intcrrog. du 17 mars, p. 492.)

Dans ces déclarations si simples, si ingénues, si uniformes, Jeanne d'Arc se montre toujours supérieure à ses juges, et déjoue noblement leur perfidie par sa franchise, leur lâcheté par son courage, leur niaiserie par sa ferme intelligence, leur dévotion étroite par sa haute pieté. Sa vie, telle que cet interrogatoire la fait apparaître, est une vie d'innocence et de poésie. On voit la jeune Jeannette , aimée de sa famille et de ses compagnes, s'instruire dans sa famille de sa foi religieuse en même temps qu'elle a appris à exceller dans les délicats travaux des femmes. Aux jours de fête, elle tresse des guirlandes et chante tandis que ses jeunes compagnes dansent autour de l'Arbre des Fées. Vienne la crainte des désordres des gens de guerre, et Jeannette, déjà courageuse, escorte dans des lieux peu sûrs celles de ses compagnes qui redoutaient d'y mener leurs troupeaux. L'âge de treize ans arrive, et c'est à ce jeune âge que, dans cette nature vigoureuse, devait se manifester le plein développement de toutes ses facultés physiques, car déjà les facultés morales et intellectuelles avaient eu un développement prématuré. Jeannette était dans le jardin de

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son père, un jour do jeûno, à midi, pendant l'été. A re moment, tous les habitants des campagnes vivaient dans la terreur continuelle des Bourguignons alliés aux Anglais ; et les petits enfants des villages se divisaient pour combattre sous les noms de Français et de Bourguignons , comme se combattaient leurs pères. Les affaires du dauphin étaient dans la plus triste situation, tandis que les Anglais marchaient de succès en succès. Un profond découragement abattait tous les courages. La jeune imagination de Jeannette avait été enflammée par le spectacle des maux de son pays , de son hameau , de sa famille. L'adolescence , qui demandait chez elle à succéder en ce moment à l'enfance, imprimait à son sang et à son cerveau une agitation extraordinaire. Dans cette espèce de crise , elle tourna les yeux vers les vitraux de l'église, sur lesquels venaient se réfléchir les rayons ardents du soleil. Elle en fut éblouie et resta plongée dans une espèce d'extase. Une voix inconnue retentit à ses oreilles. Saint iMichel, l'ange guerrier, lui apparaissait plein d'éclat, de douceur et de beauté, accompagné d'un chœur d'anges; lui racontait la pitié qui était au royaume de France ; l'appelait à venir, elle simple bergère comme Geneviève, au secours du roi de France ; l'engageait à être bonne enfant et que Dieu lui aiderait , et la laissait sans méfiance sur la réalité de sa vision, par Ja suavité des paroles et la pureté des pensées qui se révélaient à son oreille et à son cœur.

Ce grand moment d'hallucination passé, Jeannette rentra en elle-même et douta de ce qu'elle avait vu. Pendant plusieurs semaines, son sang plus calme ne porta à son cerveau ni ces ardeurs belliqueuses, ni ces visions merveilleuses, ni ces inspirations d'avenir; mais chaque fois qu'au bout d'un certain nombre de semaines se manifestaient en elle des symptômes d'une grande révolution constitutive qui ne semble pas s'être jamais réalisée, les mêmes hallucinations se reproduisaient devant ses yeux éblouis. Saint Michel lui apparaissait , et elle retombait dans ses rêveries

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extatiques, dans ses entretiens mystiques avec Ini , avec l'ange Gabriel, avec sainte Calhcnneet sainte LMarguerite, dont les figures étaient couronnées de dettes couronnes moult richement et moult jyrêciensement. In vain sa raison voulait-elle résister, le retour des mêmes phénomènes leur donnait chaque fois plus d'autorité; et comme les voix qui se faisaient entendre à son cœur noble et pur ne murmuraient que des pensées d'honneur et de dévouement , elle s'habituait à ne s'en plus méfier et à les appeler avec autant d'empressement qu'elle les avait redoutées. Déjà, depuis près de sept ans, elle avait vécu dans ce commerce intime avec les plus hautes pensées, qui trouvaient un écho en elle. Dix- neuf ans arrivèrent. Elle était dans toute la force de sa belle organisation. Elle demande à accomplir son sacrifice. Elle se présente au gouverneur de Yaucouleurs, et, après une longue hésitation, celui-ci, touché enfin de tant de courage et de persévérance, dont l'exemple pouvait réchauffer les cœurs les plus découragés , cède à ses prières, l'arme et l'envoie à Chinon.

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