‹ Jeanne d'ArcChapitre 73 sur 95 · IV. Vautre lettre au duc de Bethfort · texte numérisé non relu

IV. Vautre lettre au duc de Bethfort

» Duc de Bethfort, qui vous dites régent de France par le roy d'Angleterre, la Pucelle vous prie et requiert que vous

DtS DOCLMEATS StU LV PLCELLE. 217

ne vous faciez deslruire. Se vous ne faicles raison , aux yeux pourrez veoir qu'en sa compaguée les François firent le plus beau fait qui oncques fut faict en chrestienté *.

» Lesdites lettres feurent portées el baillées ; desquelles on ne tint pas grand compte ; et pour ce elle délibéra do tirer outre à ce pourquoy elle estoit venue. Elle mit sus

1 Les mémoiies du temps rapportent deux autres lettres de la Pucnlleque nous donnerons ici; l'une au duc de Bourgogne, l'autre au comte d'Armagnac Celles rapportées par ïhomassin me paraissent les seules authentiqr.es ; elle en fait mention elle-même dans son interrogatoire; quant aux deux lettres données ci- dessous, elles ont Hussi (u cours en France. Les autres chroniqueurs du temps rapportent ime lettre aux Anglais qui n'e>t qu'une copie déflgurée des quatre lettres du texte réunies en une.

Lettre au duc de Bourgotigne.

« JÉSUS, MVRIA.

» Hault et redoubté prince de Bourgoiigne, Jehanne la Pucelle vous lequiert de par le roy du ciel , mon droiturier et souverain seigneur, que le roy de France et vous faciez bonne paix ferme , qui dure longuement. Pardonnez l'un à l'autre de bon cœur entièrement, ainsi que doivent faire loyaux Chiestiens, et, s'il vous plaist à guerroyer, se allez sur les Sairasins. Prince de Bourgongne, je vous prie , supplie et requiers tant humblement que requérir vous puis, que ne guerroyez plus au saint royaume de France, et faictes retraire incontinent et briefvement vos gens qui sont en aucunes places et forteresses dudit saint royaume; et de la part du gentil roy de France, il est prest de faire paix à vous, sauve son honneur, s'il ne tient en vous, tt vous fait à sçavoir de par le roy du ciel, mon droiturier et souverain seigneur, pour vostrebien et vostre honneur et sur vos vies, que vous n'y gagnerez point bataille à l'encontie des lojaux François, et que tous <eux qui guerroient au saint royaume de France, gueiroient contre le roy Jhésus, roy du ciel et de tout le monde, mon droit et souverain seigneur. Et vous prie et requiers à jointes mains que ne facitz nulles batailles ne ne guerroyez contre nous, vous, vos gens ou subjets; et croyez seurementque quelque nombre de gens que amenez contre nous, qu'ils n'y gagneront mie ; et sera grand pitié de la grande bataille et du sang qui y sera répandu de ceux qui y viendront contre nous. Lt a trois

218 A^ALYSE RAISOiMNEE

un estendart dedans lequel estoit... * et monta sur un grand cheval , bien armée et habillée ; et avec les gens d'armes que mon seigneur le daulphin lui bailla , alla à Orléans où les Anglois avoient mis le siège très fort et, selon cours de nature , inexpugnable. Et n'y avoit espérance quelconque d'avoir secours ne ayde humaine , car mon seigneur le daulphin avoit très peu de gens pour faire un tel exploit, et estoit quasi du tout au bas, et tellement que, quand ladite Pucelle vint , on avoit mis en délibération que l'on debvroit faire se Orléans estoit prins. Et fut advisé par la plus grande part , s'il estoit prins , qu'il ne falloit tenir compte du demeurant du royaume , veu Testât en quoy il estoit , et qu'il n'y avoit remède , fors tant seulement que

sëpmaines que je vous avois escript et envoyé bonnes lettres par tin hét-ault, que fussiez au sacre du roy, qui, aujourd'hui dimanche dix-septiesme jour de ce présent mois de juillet , se fait en la cité de Reims; dont je n'ay point eu de response, ne ouys oncques puis nouvelles dudit hérault. A Dieu vous command et soit garde de vous, s'il luiplait; et prie Dieu qu'il y mette bonne paix. Escrij)! audit lieu de Reims, le dix-septiesme jour de juillet. »

Lettre au comte cV Armagnac.

« JÉSUS , Maria.

» Comte d'Armagnac, mon très-cher et bon ami, Jehanne la Pucelle vous fait savoir que votre message est venu par-devers moy, lequel m'a dit que l'avez envoyé par deçà , pour sçavoir de moy auquel des trois papes que mandez par mémoire vous deviez croire; de laquelle chose ne vous puis bonnement faire sçavoir au vray pour le présent, jusques à ce que je sois à Paris, ou ailleurs à requoy; car je suis pour le présent trop empeschée aux faicts de la guerre; mais quand vous saurez que je seray à Paris, envoyezmoy un message par-devers moy, et je vous feray sçavoir tout au vray auquel vous devez croire , et que en aurez sceu par le conseil de mon souverain seigneur le roy de tout le monde, et que en aurez affaire à tout mon pouvoir. A Dieu vous command; Dieu soit garde de vous. Escript à Compiègne, le vingt-deuxiesme jour d'aoust ti29. »

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