Lacune d'une demi-ligne <lun.'" le manuscrit
de retrairc moiulit seigneur le daulpliin en cesluy paysdn Daulphiné, et là le garder en attendant la grâce de Dieu. Les autres dirent que plus convenable estoit d'attendre ladite grâce au royaume ; et qui autrement le feroit , l'on douneroit trop grand courage aux ennemys, et seroit pour tout perdre sans aucun rescours, et que meilleur estoit que tenir autre voye, car l'autre party estoit ainsi comme voye de désespération, qui moult déplaist à Dieu. Mon seigneur le daulphin estoit en cesluy estât quand arriva ladite Pucelle, l'an que dit est ; et par son moyen , et moiennant la grâce de Dieu, par miracle évident, furent assaillies moult vaillamment et prinses les très fortes et inexpugnables batailles que les Angiois avoient faictes, et tout le siège levé, au très grand dommage et très grande confusion des Angiois. Adonc furent faicts, par la Pucelle et par les gens de mondit seigneur le daulphin , faicts de guerre merveilleux et ainsi comme impossible.
)) De là en après ladite Pucelle fit une très grande poursuite encontre les Angiois, en recouvrant villes et chasteaux; et si fit plusieurs faits merveilleux ; car despuis ladite prinse d'Orléans , les Angiois ne leurs alliés n'eurent force no vertu. Par ainsi le restaurement de France et recouvrement a esté moult merveilleux. Et sache ung chascun que Dieu a monstre et monstre ung chascun jour qu'il a aimé et aime le royaume de France , et l'a espécialement esleu pour son propre héritage, et pour, par le moyen de lui, entretenir la sainte foi catholique et la remettre du tout sus. Et par ce. Dieu ne le veut pas laisser perdre. Mais sur tous les signes d'amour que Dieu a envoyés au royaume de France, il n'y a point eu de si grand ne de si merveilleux comme de ceste Pucelle. Et pour ce grandes chroniques en sont faites. Et entre les autres une notable femme appelée Christine*, qui a fait plusieurs livres en françois (je l'ai souvent veue à Paris), fit de Tadvènement de ladite
' Chiislino fl<». Pisan.
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Pucelle et de ses gestes ung traicté^ dont je mettrai ci seulement le plusespécial touchant ladite Pucelle ; et ay laissé le demeurant, car ce seroit trop long à mettre icy. Et j'ay plus tost désiré de mettre icy le traicté de ladite Christine que des autres, afin de tousjours honnorer le sexe féminin par le moyen duquel toute chrestienté a eu tant de biens : par la pucelle Vierge Marie , la réparation et restauration de tout le humain lignage; et par ladite pucelle Jehanne la réparation et restauration du royaume de France qui estoit du tout en bas, jusques à prendre fin, se ne fust sa venue. Pour ce , bien doibt de chacun estre louée , combien que les Anglois et les alliés en ont dit tous les maux qu'ils ont peu dire ; mais 1rs faicts de ladite Pucelle les ont rendus et rendent tous mensongers et confus.
VERS DE CHRISTINE DE PISAN SUR JEHANNE d'aRC *.
Je, Christino, qui ay plouré Onze ans en l'abbaye (îlose Où j'ay tousjours puis demeuré Que Cliarles , c'est estrange chose !
Le fils du roy, si dire l'ose.
S'est fouy de l^aris, de tire,
* Ce Traité en vers sur la Pucelle n'existe pas parmi les manuciits de Christine de la Bibliothèque royale de l*rtris. Le n» 205 de la Bibliothcque de Bi-rne est le seul qui en contienne une copie. Sinner, dans son Catalogue, t. in, p. 412, le décrit ainsi ; « Poème en vers de huit syllabes, t'ait par Christine, à l'honneur de la Pucillc d'Orléans et du rétablissement de la b^rauce. » J'ai le premier i>ublié dans le volume du Panthéon sur Jeanne d'Arc les tienle-dcux strophes de ce poème de Christine données par le chroniqueur Mathieu Thomassin. Depuis, M. Raymond Jhomassy en a piddié quelques autr s strophes dans sa jNolice sin- Christine, et iM. Achille Jubinal a, plus tar.l , publié le poème en entier à la su te de son Rapport au ministre de l'instruction publique sur la Bibliothèque de Berne.
-Aux trente-cinq strophes données par moi, d'après Mathieu Thomassin et Sinner (Catalogue de Berne), j'ajouterai ici, d'après le
Par la traison là enclose :
Ore à prime me prens à rire.
A rire bouement de joie
Me prens pour le temps, por vernage
Qui se départ, où je souloie
Me tenir tristement en cage;
Mais or changeray mon langage
De pleur en chant, quant recouvré.
Ay bon temps...
Bien me part avoir enduré.
L'an rail quatre cents vingt et neuf,
Reprint à luire le soleil.
Il ramène le bon temps neuf
Que on avoit véu du droit œil.
* Puis longtemps, dont plusieurs en deuil
Orent vesqui; j'en suis de ceux.
Mais plus de rien je ne me deuil
Quant ores voy ce que je veux .
Si est bien le vers retourné De grant duel en joie nouvelle, Depuis le temps qu'ay séjourné ' Là où je suis, et la très belle Saison que printemps on appelle La Dieu merci qu'ay désirée, Où toute rien se renouvelle Et est du sec au vert temps née.
manuscrit de Berne cité par M. Achille Jubinal, les strophes qui complètent le poème.
J'indiquerai par un astérisque celles des strophes ou des demistrophes qui n'étaient pas données par Mathieu Thomassin.
Le même manuscrit contient quelques autres chants héroïques, tel que :
'< Ditié de la paix nouvellement faite entre le roy Charles et le duc de Bourgongne, en i4j5. u
<' Vers latins et françois sur la Pucelle. ^>