‹ Jeanne d'ArcChapitre 90 sur 95 · ANALYSE UA!S0AM':E · texte numérisé non relu

ANALYSE UA!S0AM':E

Interrogt'e, pour ce qu'elle a dit qu'elle pieudioit liahil de femme, mais que ' ou la iaissast aller, se ce plaiioit à Dieu, re>pond : se on lui donnoil congé en habit de femme, elle se metlroit tauiost en Iiahit d'Iionmie, et fer. il ce qui lui est con)mandé pa." INosire-Seigneui- ; et elle a auircsl'ois ainsi respondu ; et ue feroit pour rien le serment qu'elle ne se arujast et mist eu habit d'iiomnic pour faire le plaisir de ^ostre- SeijjMieur.

Interrogée de l'âge et des vestemcnts de saintes Catherine et Marguerite, respoiid : « Vous estes respondus de ce que vous eu aurez de » moy, et n'eu aurez autre chose; et vous eu ay respondu tout au plus » certain que je sçay. »

Interrofjce se elle savoit point au-devant d'aujourd'ni que les fées fussent mauvais esprits, respond : qix'elle n'en sçavoit rien.

Interrogée se elle ne sçait point que saintes Catherine et Marguerite bayent les Angtois, respond : a Elles aiment ce que Nostre-Seigneur Il aime, et bayent ce que Dieu hayt. »

Interrogée se Dieu hayt les .\nglois, respond : que de l'amour ou hayue que Dieu a aux Anglois, ou que Dieu leur fait à leurs âmes ne sçait rien , mais sçait bien que ils seront mis hors de France, excepté ceux qui y mourront; et que Dieu euvoyera victoire aux François et contre les Anglois.

Interrogée se Dieu estoit pour les Anglois quand ils estoient en prospcriié en France, respond : qu'elle ne sçait se Dieu hayoit les François, mais croit qu'il vouloit permettre de les laisser battre pour leurs pcschés, se ils y estoient.

Interrogée quel garant et quel secours elle se attend avoir de Nostre- Seignein-, de ce qu'elle porte habit d'homme, respond : que tant de l'habit que d'autres choses qu'elle a fait, elle n'en a voulu autre loyer, si non 1 1 salvaiion de son ame.

Interrogée quelles armes elle offiità saint Denys, respond : que un blanc harnois eutiei- à un homme d'armes, avec une espée ; et la gagna devant Paris.

Interrogée à quelle fin elle les offrit, respond : que ce fut par dévotion, ainsi quM est accoustumé par les gens d'ames, quand ils sont blessés ; et, pource que elle avoit este blessée devant Paris, les offrit à saint Denys, pour ce que c'est le cry de France 2.

1 Pourvu que.

2 Celait au pairoiia^'e des moines lie Saint-Denis qu'était conflée l'oriflamme sur lit qiulle Tlioinasbin dunnu des renseiyneuieuis cnrieux ; « Du ciel fut envoyée une baiiiiièreappeli'e^/«/7y/(///z/>t?, faicle demalière très-espéciale; et est de couleur de san- (ia\,!]\)pti\ees////iit, que l'on garde 1res cbéremenl et curieusement , et ne se déployé point, ^e non que le roy en si personne aille en quelque ifiande cl périlleuse tie- ^oiijiie. Adonc est lalite baimiôre rie.-pioyée, Lit est de telle vertu que Itnrs eimemys perdent leurs forées et connue esbays s'enfuyenl Le propre auntl unbe ne s.' porie point, mais demeure lousjours en ^jar^ie' espéciale Kt quand force est «l'emporter ladite buimèie. l'on prend ledit auriflambe en très grande dévotion; et y a Ciriaine solemiiiié a ce faire ; et l'estend l'on très bonnesleiiient, et piend Ion du saiidal le plus lin et le pus dislié que l'on peut trouver et au plus près de la C'iuleur dudit nunllaiiibe, el Ion l'isteiid sur ledit aniiflambe et le taille Ton (lu lon^f et du lart^e, et le fait l'on du tout à la façon (Unlit aur, flambe ; et puis on le p oy.' en la riÇfin tt maiiièic que ledit atiridiiiibe est ployé, et put- on le met en uiijj beau cofire qui est fermée la clif. que le roy iiaroe. Et quand le roy part poui aller contre les eniiemys, on mf| lidil coffre au col du plus vaillant preud , liomme chevalier qui soit en la compagiiée, qui le porte à sa poitrine, lît est tousjours ledit rlievalier devant le roy. Kl unand vient au besoin, (ui desploye ladite banncre a grande solenmilé .Ledit aurillamtie fut porlé devant le roy l'hilippede-VaUiis, l'an 1328 en la bataille qu'il ont contre les Flamands. (U laquelle fut le dauipliiu de Viennois à duuzj buiimères. Et estuit ledit aunflambe d'ung

DES DOOUiVIEATS SI P. LA PIJCKLLE. 429

Interrogée se e'esioii pour ce que on les armost , rt-spond : que non.

Inicrrojjce de qnoy servoienl ces cinq croix qui esioient en l'espée qu'elle trouva à 8ainte-Calherine de Fierbois, respond : qu'elle n'en sçait rien.

Interrogée qui la meut de faire peindre angcls avec bras, jieds/vestements, respond : « Vous en estes responhis. »

lnlcrro;;ée se elle les a fait peindre tels (pie ils vnulrent à elle , respond : qu'elle les a fait peindre tels en la manière comme ils sont peints es éf[ lises.

luterro{>ée se oncques elle les vit rn la manière que ils furent peints, respond : « Je ne vous en diray autre chose. »

Interrogée pour(pi!)y elle n'y fît peindre la clarté qui venoit à elle avec les angels ou les voix, respond : que il ne lui fut commande.

DI\-SLFTIÈME INTERROGATOIRE.

(Du samcil) dix-scpticsinc jour de mars 1430, après disner.)

Intorro{;ée se les deux angels qui estoient peints en son estendart représenioient saint Michel et saint Gabriel, respond : qu'ils n'y estoient, fors seulement poiu" l'honneur de Nosire-Scigueur qui y estoit figuré tenant le monde.

lnterro[;ée se les deux angels qui estoient figurés eu l'estendart estoient les deux angels qui gardent le monde, et pourquoy il n'y en avoit plus, dit : que il lui estoit commandé par Nostre-Seigneur, par les voix de saillies (Catherine et Marguerite, qui lui dirent : " Prends l'esten- » dart de j)ar le roy du ciel » ; (|u'elle y fit faire celle figure de Nostre- Seigneur, et de deux anges, et de la couleur, et tout le fit par leur commandement.

Interrogée se alors elle leur demanda se, en vertu d'icelui estendart , elle gagneroil tontes les batailles où elle se boutteroit, et qu'elle auroit victoire, respond : que ils lui dirent qu'elle le prinst hardiment, et que Dieu lui ayderolt.

Interrogée qui aydoit plus, elle à l'estendart, ou l'estendart à elle, respond : que de la victoire de l'estendart ou d'elle, c'estoit à Nostre Seigneur tout.

Interrogée se l'espémnce d'avoir victoire estoit fondée en son estendart ou eu elle, respond : « Il estoit fondé en Nostre-Seigneur et non » ailleurs. »

Interrogée, se un autre l'eust porté que elle, se il eust eu aussi bonne fortune comme d'elle de le porter, respond : « Je n'en sçay rien; je V m'rti attends à Nustre-Se gneur. "

Interrogée , se un des gens de son party lui eust baillé son estendart à porter, se elle l'eust |)orté , et se el!e y eust eu aussi bonne espérance conmie en celui d'elle, qui lui estoit disposé de par Dieu, et mesme celui de son roy, respond : « Je portois plus volontiers celui qui estoit » ordonné de p;!r Nostre-Seigneur. »

vermeil sandal appelé somit, en i,'uise d'un confanon à deux queues, de tout autour liouppes de )<oie verde Parava.it, l'an t.30<, le roy Phiiippe-le-Beau eut victoue des F amandî^, et y fut porté l'aunlldiiibi;. Le clievalier qui le portoit fut tué dfvniit le roy, et trouva l'on le lendimain rauriflambe-euire ses bras, El cesle bHnniere fui portée et di'sp oyée quand le roy Ciiarles VI alla coiilie les Flamands qui esloieiil à grande puissance, lesquels miracuU usoment furent desroiitiis. Ledit roy navoit alors que quatorze an». Despuif, ne fut desployé ledit auiidanibe. Duu, par sa grâce «jnde le roy et lout le loyaiire qu'il ne soit jiniais nécc-rsaire de le di-sployi r, se noti coiure les ememysde la foy rlireslieiinel »

Inlerrofjt'e tle quoy servoit le signe qu'elle mettoit à ses lettres : Jésus, Maria, respond : que les clercs escrivatiis ses lettres, lui inetLoient; et disoient les aucuns, qu'il lui apparteuoit mettre ces deux mots : Jésus , Maria.

Interrogée se il lui a point esté révélé, se elle perdoit sa virginité, qu'elle perdroit son estendart et que ses voix ne lui vtendroient plus, respond : « Cela ne m'a point esté révélé. »

Interrogée , se elle estoit mariée , se elle croit point que ses voix lui vinsissent, respond : « Je ne sçay, et m'en attends à Noslre-Sei- II gneur. »

Interrogée se elle pense et croit hardiment que le roy fit bien de tuer ou faire tuer monseigneur de Bourgongne , respond : que ce fut grand dommage jiour le royaume de France; et quelque chose qu'il y eust entre eux, Dieu l'a envoyée au secours du roy de France.

Interrogée, pour ce qu'elle a dit qu'elle respondoit à monseigneur de Bcauvais et à ses commis comme elle feroit à nostre saint père le pape, et toutesfois il y a plusieurs interrogatoires à quoi elle ne veult respondre, se elle rcspondroit point, respond : qu'elle a respondu tout le plus vray qu'elle a sceu ; et se elle sçavoit aucmie chose qui lui en vinsist à mémoire, qu'elle n'ayt (!itj elle le diroit volontiers.

Interrogée se il lui semble qu'elle soit tenue res|»ondrc pleinement vérité au pape, vicaire de Diiu, de tout ce que on lui denianderoit touchatit la foy et le fait de sa conscience, respond : qu'elle requiert qu'elle soit menée à l'église devant lui, et puis elle respondra tout ce qu'elle debvra respondre.

Interrogée de l'un de ses anneaux où estoit escr\]it Jésus , Maria, de quelle niaiière il estoit, respond : elle ne sçait proprement; et s'il est d'or, il n'est pas de fin or. Et si ne sçait se c'estoit or ou laion ; et pense qu'il y avoit trois croix et non autre signe qu'elle sache, et Jésus, Maria.

Interrogée pourquoy c'estoit qu'elle regardoit volontiers cest annei en fait de guerre, respond : que par plaisance et pour l'honneur de son père et de sa mère, elle, ayant sou annel en sa main et en son doy, a touché à sainte Catherine, qui lui apj)aroist.

Interrogée en quelle pariie de ladite sainte Catherine , respond : a Vous n'en aurea autre cliose. »

Interrogée se elle baisa ou accola oncques saintes Catherine ou Marguerite, res[)ond : elle les a accolées toutes deux.

Interrogée se elles fl.iiroient bon, respond : « H est bon à sçavoir que » elles senloient bon. »

Interrogée se en les accolant elle y sentoit point de la chaleur ou autre chose , respond: qu'elle ne les pouvoit accoler sans les sentir et toucher.

Interrogée par quelle partie elle les accoloit, ou par haut ou par bas, rcspoud : « Je y affiers mieux à les accoler par le liyut que par le » bas. »

Interrogée se elle leur a point donné de chapeaux , respond : que en l'honneur d'elles, en leurs images es églises, en a plusieurs fois donné ; et quant à celles qui s'appèrent' à elle, n'en a point baillé dont elle ayt mémoire.

Interrogée, quand elle mettoit chapeaux en l'arbre, se elle les metinit en l'honneur de celles qui lui a|)paroicnt, respond : que non.

i \pj)ariiissent.

DES DOCUMENTS SUR LA PUCELLE. 43 i

Inlerrogce se, quand ses saintes venoienl à die, se elle lenr faisoit point rcvL'rence, comme tie se aj^ennuiller on incliner , resjiond : qne oui ; et le plus qu'elle ponvoit leur faire tie révérence, elle leur faisoit; car elle scail que ce sont elles qui sont en royaume de paradis.

Interrogée se elle sçait rien de ceux qui vont avec les fées, respond : qu'elle n'en Ht oncq ou sceul quelque chose, mais en a ouy parler, et qu'on y alloil au jeudy ; mais n'y croit point ; et croit que ce ne soit que sorceric.

Interrogée se on fit point flotter ou tourner son estendart autour de la coste de son roy, respond : que non qu'elle sache.

Interrogée pourquoy il fut plus porte en l'église de Reims, au sacre , que ceux des autres capitaines, respond : « Il avoit esté à la peine, c'es- » toit bien raison qu'il fust à l'honneur. »

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