‹ Jeanne d'ArcChapitre 91 sur 95 · DIX-HUITIÈME INTERROGATOIRE · texte numérisé non relu

DIX-HUITIÈME INTERROGATOIRE

[Du mesme jour.)

Ce mesme jour, ladite Jehanue fut ramenée devant les juges du procès. Ledit évesque, en leur présence, la admonesta qu'elle votdsist faire et acquiescer au conseil et monitions qui lui seroicnt faites par maistre Jehan de Chasiillon, docteur en théologie, qui lui diroit bien pour le salut de son âme et de son corps ; et se elle ne le voidoit faire, elle tomberoit en grand inconvénient net du corps et de l'ame. Kt alors lesdits juges prièrent ledit de Chastillon qu'il ])rocédaslauxdites monitions caritalivement. Lequel de Chastillon respondit : que volontiers il le feroit. Et premièrement lui dit que tous loyaux chresiiens estoient obligés de croire et tenir les articles contenus en la foy; et lui exposa la forme et manière comme par-devant elle avoit esté admonestée ; et lui demanda se elle se vouloit corriger et amender d'après la deslibéraiion des sapes. A quoy elle r<^spondit : « Lisez vostre livre, » c'est à sçavoir la cédulle que lenoit ledit evesque, « et puis je vous respondray. Je me attends à » Dieu mou créateur de tout : je l'aime de tout mon cœur. »

El interrogée se elle veutjilus respondre à celle monition générale, respond : « Je m'en attends à mon juge, c'est le roy du ciel et de la » terre. »

Item , lui fut dit : « Autresfois vous avez dit que vos faits fussent veus » comment il est contenu en la cédulle précédente. » Respond : que autant en respond-elle maintenant.

Item, lui fut desclaré que c'est que l'église militante. Et admonestée de ci'oire et tenir l'article unam sanctam ecclesiam , et à l'église militante se soubmettre, respond : « Je croy bien l'église de ci-bas, mais de » mes faits et dits, ainsi que autres fois j'ay dit, je m'en attends et rap- » porte à Dieu. »

Item, dit : « Je croy bien que l'église militante ne jieut ei-rer ou fail- » lir: mais quant à mes dits et mes faits, je les mets et rapporte du tout » à Dieu qui m'a fait faire. » Et s'en rapporte à sa personne propre.

Item, interrogée se elle veut dire qu'elle n'ayi point déjuge en ferre et se uoslre saint père le pape n'est point son juge, respond : « Je ne » vous en diray autre chose. J'ay bon maistre ; c'est Noslre-Seigneur à » qni je me attends de tout, et non à autre. »

Item, lui fut dit : que se elle ne vouloit croire l'église et l'article cccleiiam sanctam. catliolicam , que elle seroil hérétique de le soustenir^

432 ANALYSE UVISOAAÉe

et scruit puniu tl'esire :irsL' pur la scnlcnrc d'iititrcs jnf;cs. responcl : « Je » lie vous cil iliray atilre cliose, et si je véois le feu, si tLrois-jc lout ce » (jiie je vous dis, et n'en ferois autre chose. »

Interrogée se le concile yéncral, comme nostre saint père et les car- ' clinaux, estoierit ci, se elle se voiidroit rapporter et souhmettre, rcspond : Il Vous n'en tirerez autre chose. »

Intorro{>ce si elle vent se soubinetire à nostre saint père le pape, rcspond : « Menez-m'y et je lui rcspondray. » Et autrement n'en a voulu lespondre.

/<e;n , de l'habit d'homme, rospond de icelui habit : qii'elle vonioit bien prendre lonijuc robe et chaperon de femme pour aller à l'c ijlise et recepvoir son Sauveur, ainsi cpie autresFuis elle a rcspoiulu, })ourveu «jue, tantost après ce, elle niist jus et reprinst cestui qu'elle porte.

Iti'in , du surplus qui lui fut exposé, de avoir ])riiis habit triiouimc et sans nécessité, et en espécial qu'elle est en prison, res|)ond : a Qu itid je >' auray fait ce poiirquoy je suis envoyée de pur Dieu, je prcndray lia- » bit de femme. »

lutcrrojjée se elle croit qu'elle face bien de prendre habit d'homme, respond : « Je m'en attends à Noslre-Seifjueur. »

Interrogée à l'exhortation que on lui faisoit, c'est à sçavoir que en ce qu'elle disoil : qu'elle faisoii bien et qu'elle ne pe?choit point en portant ledit habit; avec les circonstances touchant le fait de prendre et ])orler ledit habit, en cecpi'elle disoit : que Dieu et les saints lui faisoient faire, elle les blasmoil, comme plus à plain est contenu eu ladite cédullc, elle erroit et faisoit mal, respond: (pie elle ne blasma point Dieu ne ses saints.

/^'»» , admonestée de soy désister de poster l'habit d'homme et de croire (pi'elle face bien de le porter et de prendre habit de femme, respond : qu'elle n'eu fera autre chose.

lntcrro;;ée se toutesfois que saintes Catherine et iMarguerile viciment, .se elle se si;;ne, respond : que aucunes fois elle fait le signe de la croix, et autres fois non.

Item, des révélations, icspond :qiie de ce elle se rapporte a sou juge, c'est à sçavoir Dieu; et dit que ses révélations sont de Dieu sans autre moyen.

Interrogée du signe baillé à sou roy, se elle se veut rapjiorter à l'arclievesque de Heims, Aimé de Broussart, et aux chevaliers de Bourbon, La Triinouilbî et l-a Ilire, auxquels ou à chacun d'eux elle a auireslois dit avoir monstre cesle couronne, et rprilsestoicnt présents quand r.in;;e apporta lailiie couronne et la bailla audit an hevesquc, ou se elle se veut rapporter aux autres de son party, lesquels escripvent sous leurs si eaux ce qu'il en est, respond: « Baillez un messager et je leur escriray « de tout ce procès. » Et autrement ne se y est voulu croire ne ra])porter » à eux. »

item, de sa téméraire crédence, respond: « Je m'en rapporte à mon » juge, c'est à sçavoir Dieu, et à ce que autresfois j'ay respondii, qui » est en livre. »

Interrogée, se on lui doniioit deux, trois on quatre des chevaliers de son paity, fpii viennent par sauf-conduit, se elle se veut rapporter à eux de ses apparitions et choses contenues <lans ce procès, respond : (jiie ou les face venir et puis elle respondra; et autrement ne se est voulu rapporter ne soubmettre de ses procès.

Interrofé-e se à l'église de Poitiers, où elle a esté exaniitiéc, clic se

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veut rii]>|)ortei- cl so;i})iiietiio, rc-si)Oii(l : ■• Ne me ciilth-/ pas prendre » par cestc manière et par cela attirer à vous. »

Ilcm, en conchisioii, île rahonJant et de nouveau fut admonesti-e gélié) alement de <■{■ sonUmetire a l'éjjlise, et sur peine de estre laisst-c par i'éfjlise ; et se rej;lise la laissoil, elle seroit en {;rand |)éril du corps et de l'aine, et se pourroit bien mettre en pcril de encourir peines du feu l'ierncl rpiant à l'aine, et du feu temporel quant au corps, et parla semence des autres jnyes : respond : « Vous ne ferez jà ce que dites con- » tre nioy. qui! vous en prenne mal au corps et à l ame. >>

luterroj^ce qu'elle dye une cause pourquoy elle ne se rapporte à l'église ; à quoy elle ne veut faire aucune response.

Et après, plusieurs docteurs de diverses sciences et facultés l'admonestèrent et exhortèrent cariiativcment tie soy soubmeitre à l'universelle église militante et au concile [général, en lui exposant le péril et le danger auquel elle se exposoit quant au corps et à l'ame, si elle ne se soubmetioit à l'église militante; à quoy elle respondit comme devant.

Et Hnaldeuieni ledit évesque lui dit : qu'elle peusast bienetadvisastsur les monilions des susdites, et qu'elle peusast à faire autrement. A quoy ladite Jelianne respondit :« Dedans que'quc temps voulez-vous que je » me advise? » A quoy ledit évesque lui dit qu'elle se advisast tout présentement et qu'elle respondist ce qu'elle voudroit. Et à ceste heure ne fut fait autre chose.

I)I\-NEL"V1ÈME INTERROGATOIUE.

{ Le ntardj d'après Pasffiics fleuries, rjiti fut le viiigt-septieswe jour de mars 1430.)

Le jour dessusdif, le promoteur en ceste cause fit une requeste contenue en une feuille de papier, laquelle illenoit en ses mains, contenant qu'il fustreceu à bailler libelle contre ladite Jchanne qui esloit présente, par manière de articles contre icelle, afin qu'il pcust conclure en ladite cause.

Apres laquelle requeste fut demandé aux assistants qu'il estoità faire et se on debvoit procéder outre en ce négoce. A quoy ils respondirent ; et premièrement maistre Nicole des Vendères dit : au premier article que on la doibt exconiniiuiier, et se elle veut soustenir les censures, ou doit procéder contre elle selon la disposition de droit.

ministre Jehan Pinchon, Jehan Basset, Jehan Guérin furent d'opinion qu'il falloit lire les articles.

INIaistre Jehan de la Fontaine fut d'o))inion dudit des Vcndères.

ÎNlaistre Gieffroy du Troioy fut d'opinion que on lui debvoit ilonner dilaiion de trois jours d<'bvant que la cxcouununicr, ponrceque, en matière de droit, on donne trois dilations pour jurer de calomnie.

Maistre Jehan le Doulx fut de son opinion.

Maistre Gilles Des Champs fut d'opinion que on lui debvoit lire les articles, et que on lui debvoit assigner jour à y vi nir respondre.

L'abbé de Fescamp dit: que il luiscmbloit qu'elle cstoit tenue dédire vérité des choses qui touchent son procès ; et se elle n'est point adviséc, que on lui donne dilaiion compétente à venir bien advisée. »

Maistre Jehan de Chastillon dit : qu'elle estoit tenue de respondre et de dire vérité, attendu qu'il esloit question de son fait.

Maistres Euvrard, E^mengard et Guillaume le Boucher, coniuie ledit Ghastillou.

Le prieur de Longiievillc dil : que des choses de quoy elle ne srauroil rcspondrc, elle n'est à coniraiudre d'en parler par croire et non croire.

Maistre Jehan Beau-Père dit : qu'elle est tenue de respondre et dire vérité des choses desquelles elle est certaine, et qui sont de son fait; dus autres choses, on lui doil)t donner dilaiion se elle l;i demande.

Maistre Jacques de 'iouraine est de cesle opinion.

Maistre INicole de jNIidy pareillement; et au re^jard de la contraindre jjrecisément , ils s'en rapjjortent aux jinistcs.

Maistre Maurice du Quesnay est de l'opinion de l'abbé de Fescamp , dëssusdit.

Maistre Jehan de Xerbat dit : que, quant aux articles, il s'en rapporte aux juristes ; mais dit que elledoibt dire vérité, (juaiit aux choses qui louchent son procès ; et se il y a aucuns inrerrogaloires sur lesquels elle lasse dilHculté de y respondre, on doit lui donner dilaiion si elle la demande.

Maistre Jehan Babry se rapporte aux juristes,

Maistre Pierre Maurice dit : qu'elle est tenue de respondre et de jurer.

Maistre Jehan Guesdon est de son opinion.

Maistre Thomas de Courcelles dit : ({u'elle est tenue de respondre à chacim des articles; et se elle demande dilaiion, on lui doibt donner.

Maistre André Marguery est d'opinion qu'elle doibt jurer de tout ce «|ui touche son procès; et des choses dont feroit doubte, que on lui doibt donner dilation.

Maisire Dchys Gasiine dit: ([u'elle doibt jurer, et le promoteur a bien demandé quant au jurement; et c[uant à procéder en outre, se elle refuse jurer, il voudroit voir les livres pour en dire sOn opinion.

Maistre Ausbet Morel et Jehan du Chesne furent d'opinion qu'elle dbibt jurer.

Après les opinions retirées, le promoteur en ceste cause s'offrit à jurer de la calomnie, c'est que, par faveur, ne par honte, ne par crainte, mais mcu du zèle de la foy, il faisoit la poursuite contre ladite Jehanne.

Après les choses dessusdites, fut dit à ladite Jehanne qu'elle respondist et dist la vérilé des choses qui louchoicnt son ])rocès, et que il estoit force qu'elle le Kst, puisque les docteurs avoient esté de ceste opinion, et que ledit promoteur avoit juré de calomnie. Et lui remonsira ledit évesque de Beauvais : que les dessusdils docteurs estoieht tous gens d'église, clerCs et lettrés en droit divin et humain, et tous, béguins et pileux, vouloient et enteudoient procéder en ceste matière doucement et gfacieusemcnt, sans demander vengeance ne punition corporelle, mais seulement lendoiciit à fin de l'instruire et réduire en la voye de vérité et de salut, se il avoit quelque faute en sa foy; et pouree qu'ell • h'èstoit pas assez irislruite en lettres et telles hautes matières jiourse adviser de ce qu'elle voudroit faire, pour ce, ledit évesque de Beauvais et vicaire de l'inquisiteur offrirent à ladite Jehanne cpie elle esleust un ou jdusieurs des assistants pour la conseilh r, ou se elle n'en vouloit on sÇavoit eslire, on lui cri bailleroit tel notnbre qu'elle voudroit pour la Conseiller de ce qu'elle debvoit respondre. A quoy icelle Jehnnne respondit : « l'rennèremenl de ce que vous me admonestez de mon bien et » de nostie foy : je vous en remercie, et la compagnie aussi, lit en tant » (]ue nie offrez du cotiseii, je n'ay point intention de me despartir du

» ronseil de Nosire-Sei(»iieur, Kt ({uaiit au serment qiu' vous voulez Il que je fasse, je suis preste de jurer de dire vérité de re qui touche » vosire procès. » lu ainsi jura sur les saints Kvanfjiles.

Après les choses dessusdiics, du comuiandenient dudit évesque et autres juges, niaislre Thomas de Courrelles conmienra à exposer les articles contenus au libelle. Au premier article dutpicl respondit : qu'iile croit bien que nosire saint père \c pipe de lîome, cl les cvcsrpies cl auties gens d'église sont pour garder la foy chrestienue et punir ceu\ qui ^ tléfailllenl; mais cpiant à elle, de ses faits, elle ne se soiihniettra fors à l'église du ciel, c'est à Dieu et à la vierge, marie et saints et saintes du paradis; et croit fermement qu'elle n'ayt point failly eu la foy chreslienue; et qu'elle ne voudroit point faillir.

Au second article, des sorceries et superstitions et divinations dont est accusée, elle le nie formellement. Et au regard des adorations que on dit lui avoir esté faites , dit : que se aucuns ont baisé ses mains ou vestemenls, ce n'a point esté par elle ou de sa volonté, et s'en est gardée autant qu'elle a peu.

Au tiers article , elle le nie, et affirme que à son pouvoir elle a soustenu l'église.

Quant au quatriesme article, elle confesse, c'est à sçavoir de son père et de sa mère , et du lieu de sa nativité.

Quant à la seconde partie d'icelui article, elle nie ; et quant aux ft'es dont est faite mention au dit article , elle dit qu'elle ne sçait que c'est. Kt quant à sou insiriiciion, dit : qu'elle a apprins sa créance, et fju'elle est bien instruite et enseignée comme un bon enfant doibt astre. Et eu ce qui touche sa marraine, elle s'en rapporte à ce que elle eu a autres fois dit.

Requise de son Credo , respond : « Demandez au confesseur à qui je » l'ay dit. »

Au cinquiesme article, de l'arbre et de la fontaine , s'en rapporte à ce qu'elle en a dit, et le surplus elle nie.

Au sixicsme pareillement se rapporte à ce cju'elle eu a dit , et le siu'plus elle nie.

Au septiesme, faisant mention de la niandagloire 1, elle le nie entiè» rement.

Quant au huitiesme , elle s'en rapporte à ce cpx'elle a autrefois res- ])ondu et nie les autres choses.

Interrogée s'elle a prins habit d'homme et hahdlements de guerre par le commandement de Dieu; se rapporte à ce que autrefois en a respondu.

Quant au neuviesrne, faisant mention du mariage, elle en a autresfois rcspondu, et elle s'en rapporte à ce qu'elle en a dit; et le surplus elle nie.

Au dixiesme, faisant mention des apparitions et du desparlement de son pays , elle en respond comme dessus, c'est qu'elle s'en rapporte à ce qu'elle en a autresfois dit.

Quant à l'onziesme , respond comme en l'article précédent.

Et au douziesme , s'en rapporte comme dessus à ce qu'elle en a autresfois dit.

Quant au treiziesme, faisant mention de blasphesmes, respon.i : .< .Te » u'av blasphcsmé Dieu ne ses.saiius. »

I Mamiragore.

Va quand ii fui renionstré que les saiuls canons ei les saintes escripluies uietlenl : que les femmes qui mettent lliahii d'homme, et les liomnies qui prennent liabit de femme, c'est chose ohomiuahle à Dieu, et on lui demanda si elle avoil prins ledit habit du commaiideuient de Dieu . dit : •• Vous estes assez respondus ; et se vous voulez que je i> vous en rcsponde plus avant, donnez-moi dilation et je vous respon- .. dray. »

Ifein , lui fut demandé se elle voudroil prendre habit de femme afin qu'elle peust rece[)Voir son Sauveur à cesie l'asques, respond : qu'elle ne laissera point encore son hal)ii, soil pour le recepvoir ou autre clio.«e; et dit que elle fait point de différence d'habit d'homme ou de femme pour recepvoir son Sauveur; et pour cest habit, que on ne lui duibt point refuser.

Inlerrofjée se elle avoit point par révélation ou du commandement de Dieu do porter ces habits, dit : qu'elle en a rcspoudu , et que elle s'en rapporte à ce qui en est escript. lu après , dit : que dedans demain , elle en (cra respouse.

Itnv, dit : qu'elle scait bien qui lui a fait prendre ledit habit, mais qu'elle ne sçait point comme elle le doibt révéler.

Quand au qiuKorziesme , dit : « Je ne fais point mal de Dieu servir, » et demain je vous en rcspondray. »

Au quinziesme article, respond : qu'elle aime plus cher mourir que de révoquer ce qu elle a fait par le commandement de ]Nostre-Seigneur.

Interrogée se elle veut laisser l'babit d'homme , respond : que (piaui à l'habit qu'elle porte, ne le laissera j)oint encore; et qu'il n'est point en elle de dire le terme dans leejuel e'ie le laissera.

Uem, dit ; se les jufjes la refusent de lui faire ouyr messe, il est bon à Mostrc-Seigncur de la luy faire ouyr sans eux.

Itew, dit au résidu de l'article de la sécpieile : qu'elle confesse bien d'avoir été admonestée de laisser l'habit d'homme; mais quant à l'irrévérence et autres choses , elle les nie.

Au seiziesme , dit: que, à Arras et Beau-revoir a bien esté admonestée de prendre habit de femme , ce qu'elle a refusé et refuse encore. Et (juant aux œuvres de femme, dit: qu'il y a assez d'autres pour ce faire.

Au dix-septiesme article, respond : (pt'clle confesse qu'elle porta les nouvelles de par Dieu à son roy, que Nostre-Seijjueur lui remhoit son royaume, et le feroit couroiuur à Reims, et le meltroil hors de ses adversaires; et de ce fut messagère de par Dieu, en lui disant que il la mist hardiment en œuvre, et qu'elle lèveroit le siège d'Orléans.

Item, dit ; qu'elle disoit tout le royaume; et que se monseigneur de Bourj;ûn;;ne et les autres subjelsdu royaume ne venoient eu dbéissance, que le roy les y feroit venir par force. Et à la fin dudit article, se cognut llobert et son roy, respond : « Je me tiens à ce que une auire fois j'en " ay dit. »

Au dix-huitiesme article, faisant mention de la paix, dit : qu'elle a requis le duc. de Bourgongue par letlres, et mesmc à ses andjassadiuis , qu'il mist la paix. Quant aux Ariglois, c'est qu'il faut tpi'il s'en voysent en lein- pays eu Angleterre. Et du lésidu dudit article, dit : (pi'elie (u a respondu , à quoy elle s'en rapporte.

Au dix-neuviesme, se rapporte à ce qu'elle en a dit; et au rcgaid du surplus (!e l'article , elle le nie.

Au vîngtiesme , se rapporte à ce qu'elle en a dit devant. Kt dit outre : que es choses qu'elle ayt fait n'y avoii soicerie ou mauvaise art. Kt du bonheur de son esleiid;irl, dit : qu'elle s'en rapporte a l'Iieiu- que Nos- Ire-Seigueui y a envoyé.

Au viu{;t-uiuesuie, dit : que quant aux lettres, elle ne les a jioiiu faites par orgmil n(; p.tr présomption , niais par le coinniaudemcnl de Xostre-Seiyueur, el confesse bien le contenu es dites lettres, excepté trois mots.

Item, dit : que se les Anglais eussent cru ses lettres, ils eussent fait que sage; et que avant qu'il soit sept ans, ils s'en apercevront bien. Kl de ce (jue elle leur escrqivoit, se rapporte à ce que autresfois elle eu a respondu.

El quant à l'article faisant mention que, ce qu'elle a fait, ce a esté par le conseil des mauvais esprits , elle le nie. Et au.x autres articles, se rapporte à ce qu'elle en a respondu.

Aux vingt-deuxiesme , vingt-iroi-iesme , vingt-quatriesme articles, se rapporte à ce qu'elle en a autresfois dit.

Au vingt-cinquiesme, dit : que premièrement, elle requeroit que ou fibt paix ; el que en cas que on ne voudroit faire paix , qu'elle estoil preste de condiattre.

Aux vingl-sixicsme , vingt-septiesme, vingt-huitiesme , vingt-neuviesme , elle se rapporte à ce qu'elle en a dit devant.

VINGTIÈMF. INTERIIOGATOIRE.

Du mavdy dix-huiUesme jour de may 1430.

Fut requise de faire serment. A quoy elle respondit que volontiers, de ce qui touchoit son procès, elle diroit vérité; et ainsi le jura.

Et premièrement, quant à l'article de l'habit el des armes, respond : quel'iiahit et les armes qu'elle a portés, a esté par le congé de Dieu. Et, sur ce que elle fut interrogée de laisser son habit, respond: qu'elle ne le laisseroit point sans le congé de Nosire-Seigneur, el lui dust-on trancher la teste ; mais se lui plaist, elle le mettra lantosljus.

Et interrogée, se elle avoit congé de Nosire-Scigneur, se elle p: endroit l'habit de femme , respond : que à révélei le signe contenu en l'article, elle pourro l bien avoir dit qu'elle ne le révéleroit point. Et dit : que, en sa confession autresfois faite, dit que sans congé de Nosire- Seigneur, elle ne le réséh roit point ; et ce qu'elle avoi; fait, ce avoit esté par révélation de sainte Catherine et sainte Marguerite; el le soustiendra jiisques à la morl.

Item, se elle fut conseillée par aucun, a respon lu : « Je m'en at- » tends à madile response. » El de la conclusion de l'article, elle s'en attend à Nostre- Seigneur. El sur plusieurs inlerrogaioires qu'on lui faisoit, a respondu : qu'elle s'en rapporte à ce qu'elle en a autresfois respondu ; el de la conrlusiou , à JNosire-Seigneur.

Interrogée quant aux signes, respond : « J'en ay respondu; et m'en » attends à ce ipii est escri[)l » Et qtianl aux signes, se cenx qui le demandent n'en sont dignes, elle n'en peut mais; et plusieurs fois en a esté en prièie, afin qu'il plusi à Dieu qu'il le Tevélast à aucuns de ce j.ariy.

El dit outre : que de croire en ses révélations, elle ne demande point de ionseil à éve.>que , curé ou autres.

438 ANALYSE RAISOIVNÉE

Item, lUt : qu'elle croit que c'esloit saint Michel , pour la honnc doctrine qu'il lui moiistroit.

Interrogée se saint IMicliel lui dit : « Je suis saint Michel ! » respoiid: Il J'en ay autresfois respontiu. » Et quanta la conclusion de l'article, respond : « J'en ay autresfois respondu , et m'en attends à Nostre-Sei- » gneur. »

Item, dit : qu'elle croit, aussi fermement qu'elle croit que Nostre-Scigneur a souffert mort et passion pour nous rachepter des peines d'enfer, que ce soient saints xMichel et Gabriel, saintes Caiherine et Marguerite que Noslre-Seigneur lui envoyé pour la conforter et conseiller.

Et sur deux autres interrogations : sur le premier respond : « Du » commencement j'en ay respondu; » et de la conclusion s'en aitend à Nostre-Seigneur. Et du second aussi, respond : qu'elle a respondu; et les appellera à son aide tant qu'elle vivra.

Inlerrogée par quelle manière elle les requiert , respond : « Je rc- » clame Nostre-Seignenr, et Noslre-Dame qu'elle me envoyé conseil et » confort, et puis le m'envoye. »

Interrogée par quelles paroles elle requiert, respond : « Je requi- rs » par ceste manière : Très doux Dieu, en l'honneur de vostre sainte^ » passion , je vous requiers, si vous m'aimez , que vous me révélez que » je doibve respondre à ces gens d'église. Je sçaj bien, cpiant à la vie , » le commandement comme je l'ay prins , mais je ne sçay point par » quelle manière je la doibs laisser ; pour ce, plaise vous à moy l'cusei- » gner. Et taniost ils viennent. »

Itern, dit qu'elle a souvent nouvelles par ses vois de monseigneur de Beauvais.

Interrogée s'ils estdient en sa chambre , respond : « Je vous en ay res- » pondu bien; touiesfois je les ouys.

Item , dit que sainte Catherine et sainte Marguerite lui ont dit la manière qu'elle doibt respondre de icel liabit.

Kespond : qu'elle a jcspondu de l'ange qui apporta le signe ; et quant à ce que le promoteur propose, de mille millions d'angels , respond : qu'elle n'est point souvenante de l'avoir dit, c'est à sçavoir du nombre; mais dit : qu'elle ne futoncques blessée, qu'elle ne eusl grand confort et grand ayde de par Nostre-Seigneur et de sainte Catherine et Marguerite.

Item , de la couronne, dit : qu'elle a respondu. Et de la conclusion de l'article que le promoteur met contre ses faits , s'en attend à Dieu Nostre-.Seigneur ; et on la couronne fut faite, s'en rapporte l\ Nostre- Seigneur.

Ilespond aussi , quant au commencement de l'article : " J'en ay au- » trefois respondu. » Et quant à la conclusion de l'article, s'en rapporte à Nostre-Seigneur,

Interrogée de ce qu'elle avoit esté chef de guerre, respond : c[u'e!le en a autresfois respondu ; et se elle estoii chef de guerre, c'esloit pour battre les Anglois; etcpiant à la conclusion de l'ariicle , s'en rapporte à Nostre-Dame.

Interrogée qui la gouvernoit, respond : que son gouverneuient estoit d'homme, mais quant au logis avoit le plus souvent une femme avec elle ; et quand elle estoit en guerre , elle gissoil vcstue et armée, là où elle ne ponvoit trouver des femujes. Quant à la conclusion de l'article, resjiond : » J'en ay respondu. »

DES DOCUMENTS SIK LA PI CEf.LE. 439

Et «li'S dons faits à ses fières , respoiid : ce que le roy leur a donné, c'est de sa grâce, sans la reqiieste d'elle, (^nant à la charge (jue lui donne le ))romoteur, s'en rapjtorle ;'( Nosire-Seiguenr. Kt dit: qu'elle se lient à ce qu'elle en a respondu.

Quant anx conseillers de la fontaine, ne sçait que c'est; inais bien sçait et croit que une fois y ouyt sainte Catherine et s;iinte Marguerite. Kt quant à la conclusion de l'article , elle nie ; et si afferme par son serment, qu'elle ne voudroit point qu'elle l'eusl tirée hors de la prison. Et quant est du couunencemeiit de l'article , elle en a autresfois res' pondu ; et se elle en est advisée ])lus avant, volontiers eu respondra. Et eu la fin de ladite article où il est dit que Dieu lui ayt failly, elle le nie, et que sur ce elle a respoudu. Et du contredit mis par le ])ronioleur, elle s'en rapporte à Xostre-Seigueur. Et eu tant que sont les armures, elle a respondu. Et au regard des chandelles allumées , elle nie.

Interrogée pourquoy elle a prins deslay, respoud : que elle ne l'a seulement prins pour respondre à ce que on lui demanderoii plus seure^ nient ; et aussi a prins deslay pour sçavoir si elle dehvoit dire ce cpie on lui demanderoit. Et quant au conseil du roy, pour ce qu'il ne touche point le procès, elle ne l'a voulu révéler. Et du signe baillé au roy, elle l'a dit j)our ce que h s gens d'église l'ont coudanipnée à le dire.

Interrogée se elle se voudroit soubmetire à l'église militante, respond ; qu'elle lui voudroit porter révi'rence de son ])Ouvoir, mais que de ses faits elle se r.ipporte à Dieu qui lui a fait faire.

Interrogée se elle se rapportera à l'église militante quant à ce qu'elle a fait, respoud : >'■ Envoyez-moy le clerc samedy prochain, et je vous res- » pondray, » Et quant est de la conclusion de cest article, s'en rappqrtiî à Nostre-Seigneur.

Interrogée de la foy, dit : qu'elle est bonne chrestienne. Et de toutes les charges en cest article, dit : cpie elle n'a point fait les délits proposés par le piomoteur.

Interrogée, se elle avoit fait aucune chose contre la foy chrestienne , se elle s'en voudroit rapporter à l'église et à ceux auxquels en appartient la correction , respond : que samedy après disner elle en res-. pondra.

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