THIBAUT, JEANNE
THIBAUT, à part.
Je suis tremblant
JEANNE
Qu'as-tu donc à me dire?
Jeanne ! je tairais ces timides aveux
Si ton père n'avait encouragé mes vœux;
Souviens-toi seulement de notre enfance heureuse l
Tout ce riant vallon arrosé par la Meuse
En a gardé mémoire; il n'est prés ou buissons
Où ne résonne encor l'écho de nos chansons.
Toi plus grave pourtant et déjà réfléchie,
De nos jeux trop bruyants tu t'étais affranchie,
Écoutant volontiers les cloches, dont l'appel
Te semblait une voix qui montait vers le ciel !
Et je te contemplais dans tes grâces discrètes,
Grandissant comme un lis parmi les pâquerettes 1
Souviens toi des beaux jours, quand, le printemps venu*
Une foule joyeuse allait au bois chesnu,
î, seigneurs, garçons, filles, Dieu sait le nombre,
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Pour fêter le vieux hêtre et danser à son ombre ! Tes compagnes tressaient dans les prés d'alentour Des couronnes de fleurs, et chacune à son tour, Avec un vœu secret, comme on fait d'une offrande, Aux rameaux du beau mai suspendait sa guirlande ; Gomme elles tu faisais ta provende de fleurs; Mais l'arbre n'avait pas tes dons avec les leurs, Et tu les réservais, dans la foi de ton âme, Pour attacher leurs nœuds au cou de Notre-Dame. Sjuviens-toi! — Dès ce temps, à tes pas enchaîné, l'attendais que par toi mon cœur fût deviné, Et ce môme secret que je n'osais te dire, C'est que je vis pour toi, qu'après toi je soupire, Que d'autres sont aimés qui sont moins amoureux, Et que, si tu voulais, je serais bien heureux !
JEANNE
Hélas!... pour qubiier tout ce passé que j'aime, Il faudrait commencer par m'oublier moi-même!... Mais quoi!., d'autres destins pour moi sont résolus! Je ne peux me donner, ne m'appartenant plus!
THIBAUT
Que dis-tu?
JEANNE
Que ton cœur me plaigne et me pardonne 1