ACTE PREMIER
Il me faut obéir à ce que Dieu m'ordonne.
Crois-moi, car je te dis les choses sans détour, Libre, je n'aurais pas repoussé ton amour.
THIBAUT
Et ne l'es-tu donc pas?...
Non ! . . . et pussé-je l'être î
THIBAUT, à part.
Seigneur Dieu !... sa raison. ..
JEANNE
Va I mon regard pénètre Dans ton âme, et je sais ce que tu dis tout bas : Je suis folle pour toi qui ne me comprends pas !
THIBAUT
Explique-toi!
JEANNE
Je dois me taire.
THIBAUT
Non ! sois franche !
Ne crains pas de tout dire, et que ton cœur s'épanche ! Ce n'est pas le devoir qui le tient empoché; Ta me hais !
JEANNE
Je ne hais rien, sinon le péché !
THIBAUT
Et n'en commet-on pas alors qu'on désespère Par un refus sans cause et sa mère et son père?.. Moi-même, dis-je encor, si ma douleur t'émeut ?
Et comment résister, si mon Seigneur le veut ?
THIBAUT
Quel seigneur?... parle donc !
JEANNE
Le Roi du ciel !... — Écoute!
Il m'est trop rigoureux de te voir mettre en doute Ma tendresse pour ceux de qui je tiens le joui; Mon amitié pour toi, dont je savais l'amour!
Tu triomphes d'un cœur résolu de se taire.
A nul autre que toi je n'ai dit ce mystère Où ma vie est pendante, où Dieu même apparaît! Sur ton âme, Thibaut, gardes-en le seeret ! — J'avais treize ans ! Déjà nos campagnes ouvertes Voyaient se rapprocher la guerre et ses alertes ; Le trouble et la frayeur étaient dans les esprits, Et les yeux inquiets regardaient vers Paris ! Un soir, comme j'étais à genoux, en prière, Une voix m'appela, dans un jet de lumière; J'eus peur et je pleurai. La voix s'évanouit,