ACTE DEUXIÈME
Mon amour est aveugle et ne songe qu'au roi!
DE THOUARS
Bien aveugle, en effet, jusque dans ses alarmesl Vos aveux contre vous me fournissent des armes, Madame! c'est au roi que vous songez d'abord? Eh bien! je vous l'attache, et nous sommes d'accord. Ne comprenez-vous pas, sans que je vous le dise, Qu'un revers nous soutient et qu'un succès nous brise?
AGNÈS
Comment? que dites-vous?
DE THOUARS
Que, s'il règne en vainqueur, Son esprit nous échappe aussi bien que son cœur! Yolande, Richemond (Sont-ce là des mystères?) Et tous les Armagnacs, et les grands feudataires, Au salut d'Orléans rattachant leur espoir, Nous viennent aussitôt disputer le pouvoir!
Faites plus ! jusqu'à Reims que votre main l'entraîne, Et vous y courberez le front devant la reine !
AGNÈS
La reine!...
DE TnOUAKS.
En doutez-vous? Tel est notre avenir !
La défaite du moins nous permet d'obtenir
Que Bedfort, par la paix assurant sa victoire. Limite sa conquête aux" rives de la Loire!
Notre part reste belle, et le roi, confiné Aux montagnes d'Auvergne ou bien du DauphinA, Peut y fonder encor, digne de ses ancêtres...
Un royaume amoindri !
DE TttOUARS.
Dont nous serons les maîtres!
Que lui faut-il? Son cœur, exempt d'autre désir, N'aspire qu'au repos, n'aime que le plaisir; Et son unique soin, dans cette jcour nouvelle, Sera de vous fêter et de vous trouver belle ! Voilà ce qu'à mon sens il lui faut conseiller; Croyez- moi, le roi dort; n'allons pas l'éveiller 1
AGNÈS
Mais, crût-on vos conseils légitimes et sages, En recevra-t-il moins messages sur messages?
Hier c'était Dunois ! c'est Lahire aujourd'hui,
DE THOUARS
Oh ! je ne les crains pas * ris n'obtiendront de lui Qu'un banal compliment, des promesses trivoies, Et ce que peut une heure emporter de paroles ! Le danger n'est pas là, mais dans ces vains discours