SCÈNE III
JEANNE, LAHIRE. Au fond du théâtre, RICHARD, MAITRE JEAN, et Les Soldats.
L A H I R B , «'approchant de Jeanne •
Qu'est-ce donc?
JEANNE
Du desordre et du vice Je ne veux être ici ni témoin ni complice!
Léger mouvement de Lahire.
Peccadille à vos yeux peut-être, crime aux miens !
S'il vous faut des soldats, il me faut des chrétiens !
Et de mon étendard Dieu même se retire,
S'il couvre de ses plis... ce qui vous fait sourire!
Tenez! plus qu'eux encor, c'est vous que je reprends!
Car les petits ont pris exemple sur les grands;
Et la cupidité, la luxure et la ruse,
Grâce à vous, dans la guerre ont trouvé leur excuse !
LAHIRE
Jeanne, vous me jugez avec sévérité!
Qu'est-ce donc que j'ai fait pour être ainsi traité?
Que si, dars le passé, sans crainte ni vergogne, Rançonnant l'Angleterre et pillant la Bourgogne, Je fus des plus hardis et des plus résolus, De quoi vous plaignez- vous, quand je ne le fais plus?
J BAN NE, avec douceur.
Je me plains, quand le soir autour de ma bannière Rassemble les cœurs forts dans la même prière, De ne pas avoir vu, le cherchant parmi nous, Cet orgueilleux Lahire une fois à genoux 1
LÀHIRE.
Ah! jarnidieu!...
Mouvement de Jeanne,
Pardon, si je vous fais injure !
Mais c'est plus fort que moi ! je meurs si je ne jure !
JEANNE, après un silence.
Vous portez d'habitude un bâton, je crois?
LAHIRE, étonné.
Oui;
Pourquoi ?
JEANNE
Puisqu'il vous faut jurer, jurez par lui !
LAHIRE
Par mon bâton ?