‹ Jeanne d'Arc devant l'opinion alle-Chapitre 3 sur 23 · QUAI DES GRANDS-AUGUSÏINS · texte numérisé non relu

QUAI DES GRANDS-AUGUSÏINS

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Au soir du 7 mai, de temps immémorial, les tours de la cathédrale d'Orléans s'embrasaient; et dans la nuit rougissante, le beffroi du musée égrenait ses notes, dont la ville entière était comme secouée. Tout Orléans sortait; les rues s'illuminaient ; la mairie était en liesse, comme Téglise. L'évêque et son clergé, sur le parvis, attendaient la municipalité. A l'heure dite, dans la cour de l'hôtel de ville, un cortège se formait : le maire et ses adjoints prenaient la route de la basilique.

11 advenait parfois que des lambeaux d'affiches, qui, pour solliciter les voix des électeurs, alléguaient les « conquêtes menacées de la société laïque », pendaient encore sur les murs, et les mêmes feux de bengale qui, là-bas, sur les marches du lieu saint, éclairaient les blancs surplis des prêtres, projetaient une lueur ironique, impitoyable, sur ces débris de polémique politique, que les intempéries avaient justement souillés, et

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que, ce soir-là, les hommes méprisaient. Le ment, clignement, les représentants de la soc civile allaient rendre visite aux représentants la société religieuse, devant Tinnombrable pei attroupé. La cité « laïque », en cette fin de j( née, n'avait pas honte de causer avec la cité Dieu. Lorsqu'elle s'approchait, venaient se rar derrière l'évoque les prélats ses invités ; le vi dont ils se revêtaient se colorait de rouges refl et parfois scintillait, au milieu de leur groupe pourpre authentique d'un cardinal. En plein des paroles de cordialité s'échangeaient : le m parlait, puis Tévêque, et les tours rutilantes \ plombaient de leurs deux phares de feu cet en tien crépusculaire entre deux sociétés qui, la vei peut-être, étaient en délicatesse, et que guettai encore, à bref délai, d'insidieuses occasions querelles.

L'étendard auprès duquel se concluait, p les vingt-quatre heures prochaines, un pacte d'I monie, reproduit exactement l'antique drap derrière lequel Jeanne la Pucelle groupa les ér gies civiques. Une de ses faces montre d( anges, surgissant sur un semis de fleurs de ] et soutenant l'écusson de France. Sur l'autre fs un arc-en-ciel brille, qui sert de trône à la glc de Dieu le Père. La main gauche de Dieu, larg( robuste, soutient la boule du monde; sa m droite est d'une bonté caressante, qui bénit. ]

soldats de Jeanne contemplèrent jadis ce geste tout puissant; leur foi les prosterna devant cette bénédiction, et les conduisit à la mêlée; et se sentant aidés, ils s'aidèrent eux-mêmes, jusqu'à la pleine victoire. Au xx® siècle comme au xv% ce Dieu, ces anges, dont la sérénité hiératique s'était aventurée à la suite de la Pucelle et avait bravé les couleuvrines de TAnglais, gardaient encore, en ce soir d'anniversaire, un prestige de vainqueurs.

Orléans tout entier, le lendemain, fêtait le prodigieux épisode de sa délivrance. L'Eglise invitait la cité à entendre un sermon; la cité conviait l'Eglise à figurer, ensuite, dans le patriotique cortège qui sillonnait les rues de la ville. A travers le siècle passé, nombre de prédicateurs d'élite furent appelés une fois au moins, quelquefois deux, à célébrer Jeanne d'Arc dans la cathédrale d'Orléans. Des évêques mômes de Grande-Bretagne et d'Amérique montèrent dans cette chaire, comme pour offrir à la martyre de Rouen le tribut tardif de la race britannique.

On vit des notables de la ville, qui dans la vie courante se piquaient d'être voltairiens, scander par des hochements approbateurs les invectives de l'éloquence sacrée contre l'auteur de la Pucelle^ qui tenta de salir la libératrice d'Orléans. Les cas furent très rares où le panégyrique de Jeanne d'Arc donna lieu à quelque explication pénible entre Tautorité ecclésiastique et l'autorité civile... A

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peine les citait-on, Ccar on préférait les oublier. Il semblait ce jour-là, que Jeanne d'Arc attirait tout à elle, que, dans Téblouissement de sa gloire, les divergences entre ses dévots s'estompaient et s'effaçaient. Cette guerrière avait la vertu de pacifier et d'unifier : le 8 mai, à Orléans, les <c deux Frances » n'en faisaient qu'une.

Députés et congréganistes, sénateurs et chanoines, magistrats et curés, professeurs et soldats, épiscopat et préfecture, se déployaient de la Cathédrale aux Tourelles et des Tourelles au Martroi pour aller porter aux diverses statues de Jeanne un hommage unanime : n'était-ce pas, dans l'en-, semble, une sorte de raccourci de la patrie? Ce cort^gc était unique en France. La philosophie politique du siècle prétendait édifier, entre la conscience religieuse de l'individu et sa personnalité civique, je ne sais quelles cloisons étanches: à Orléans, le 8 mai, ces cloisons s'effritaient.

Etait-ce une pompe nationale et municipale qui se déroulait devant les tètes découvertes? ou bien était-ce une procession religieuse ? Etait-ce plutôt une cérémonie laïque, ou plutôt une cérémonie ecclésiastique? On ne dressait point ces questions, on n'arborait point ces distinctions : une heure durant, elles n'avaient point de sens. Les abstractions qui coupent l'homme en deux et au nom desquelles on divise les peuples contre eux-mêmes subissaient ici un annuel démenti : dans une sorte

de manifestation intégrale, l'âme française passait outre.

L'Eglise et TEtat, les paroisses et la municipalité, n'épiloguaient point, en ces minutes fugitives mais fidèles que ramenait chaque mois de mai, sur les rapports réciproques des deux sociétés ; et tandis que la législation les isolait ou les opposait, le peuple d'Orléans les entremêlait et les enlaçait. Il se reconnaissait dans l'une et dans Tautre; il saluait, dans ces deux sociétés, les deux modes de sa vie collective; une commune promenade d'allégresse en l'honneur de celle qui fut à la fois une patriote et une sainte, semblait écarter et réfuter, pour un intant, les plus subtiles quintessences du laïcisme...

11 y avait un coin de terre en France, où l'Eglise et l'Etat n'affeclaient point de s'ignorer — ce qui d'ailleurs est impossible — et où la clameur séculaire du beffroi local continuait de fêter, une fois l'an, leurs brèves et tenaces fiançailles.

C'était pour la ville d'Orléans un rare privilège, elle vient d'en être privée par la volonté d'un petit groupe de dévots. Jusqu'ici, une fois la semaine, sans gêner ouvertement personne, ils pratiquaient leur culte dans un endroit bien clos, placé par leur piété sous le patronage d'un saint de leur façon,

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Etienne Dolet. Ils ont. cette année, voulu sortir, et faire disparaître l'Eglise du cortège qui fête Jeanne d'Arc. Il est d'usage de ne rien leur refuser. L'armée, qu'ils aiment à ne point perdre de vue, aurait reçu Tordre de rester dans ses casernes et la défense d'honorer Jeanne, s'ils n'avaient pas été admis, tout le long des rues, à cheminer avec elle. Parce qu'ils sont sortis, l'armée est sorlie : espérait-on, peut- être, dans les conseils d'en haut où s'élaborent ces surprenantes décisions, que la Pucelle d'Orléans, ouvrière d'union nationale, réconcilierait la maçonnerie française avec le militarisme?

Nous ne savons si dans la loge Etienne Dolet, tout comme à la cathédrale, s'installera l'habitude annuelle de prononcer un panégyrique de Jeanne d'Arc. Mais un des membres de cette Eglise victorieuse, M. Thalamas, publiait, il y a deux ans, un petit livre sur la Pucelle, qui fut accueilli par quelque bruit, et qui continue, sans doute, défaire autorité dans les conciliabules maçonniques.

« Nombre de républicains et de gens autorisés, écrit M. Thalamas, ont sur Jeanne des opinions dogmatiques aussi arrêtées, mais aussi peu scientifiques, que celles des cléricaux. » Voilà le mal auquel il veut mettre un terme. Ces « républicains », si lestement rejetés dans le coin des « cléricaux », s'appellent Henri Martin, Michelet, Lamartine : historiens « mystiques, enthousiastes »,

ils font de Jeanne une sainte laïque qui incarne le génie de lapatrie ; tout cela, c'est de la « littérature »y et M. Thalamas nous veut offrir « la connaissance positive des faits».

Alors commencent les récusations de témoins, de ceux qui déposèrent, copieusement, devant le tribunal de réhabilitation, et de ceux qui, pour la postérité, dans le demi-siècle qui suivit la mort de Jeanne, écrivirent des chroniques : les premiers sont accusés d'avoir « parlé pour Tédification et avec des souvenirs que le temps avait sûrement modifiés » ; les seconds, d'être à peu près tous <( partiaux ». Car « Fhéroïsation de Jeanne avait commencé dans Topinion, avant même qu'elle ne fût morte » : de là, les « difficultés que rencontre l'historien d'aujourd'hui ».

Vous sentez se rétrécir l'objectif derrière lequel se doit former la photographie de Jeanne d'Arc. L'image que les contemporains se faisaient de la Pucelle est systématiquement mise de côté ; la voix populaire est une maîtresse d'erreur, une gêneuse ^ . Si Ton appliquait à tous les événements ce dédain des traditions orales dans lequel se complaît

* De ce touchant culte populaire dont Jeanne fut l'objet de son vivant, M. Noël Valois vient de trouver une nouvelle preuve dans un factum de 1429, rédigé par un membre de l'université de Paris dévoué aux Anglais, et dont il ressort que, dans les campagnes, les petits enfants offraient à Jeanne des cierges allumés comme à une sainte. (Académie des Inscriptions, 4 janvier 1907.)

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M. Thalamas, les historiens pourraient chômer- Silence donc au peuple, au sujet de Jeanne d'Arc! Michelet, en vrai démocrate, préférait l'histoire, telle que la fait spontanément Tâme populaire, luxuriante de vie, fleurissante d'amour, à l'histoire, sèche etreveche, telle que nos «intellectuels » l'étriquent, l'anémient et la défont. Son vivifiant génie aspirait à parler de Jeanne d'Arc comme parlaient d'elle les braves gens de l'époque; et, sentant la France agir en elle, il voulait, sur elle, interroger la France.

M. Thalamas, lui, émigré à Rouen, alors terre anglaise ; il prend place dans le prétoire, bouche ses oreilles aux bruits qui viennent de France; et ce n'est qu'en s'enfermant avec de mauvais prêtres, en un coupe-gorge juridique, qu'il prétend pouvoir dégager, directement, immédiatement, l'histoire vraie delà grande Française.

La cause est entendue ; Jeanne condamnée.

Cependant que la pauvre fille, bientôt inculpée d'ôtre relapse, s'en va vers son bûcher, le spectateur Thalamas semble prendre congé; les chroniqueurs judiciaires n'accompagnent pas les victimes jusqu'au lieu d'exécution. M. Thalamas s'éloigne des rumeurs vengeresses qui empliront le Vieux- Marché rouennais. 11 lui « semble démontré que Jeanne est morte courageusement » ; mais ce sont là récits de la masse, auxquels il ne s'arrête pas ; et, rentré chez lui, bien barricadé contre les tu-

PhÉFACE 9

multes populaires, il couche sur le papier ses conclusions, telles que les comporte le procès.

Religieusement parlant, il prononce que Jeanne a ne fut nullement une délirante vulgaire; qu'elle eut des hallucinations olfactives, tactiles, visuelles, et surtout auditives, et qu^elle était un Socrate paysan dont le démon a pris, en raison du temps cil elle a vécu, des allures chrétiennes ».

Militairement parlant, il estime que Jeanne « ne fut jamais qu'une auxiliaire », et qu'il est « impossible de déterminer d'une manière sûre la part qu'elle eut » dans la campagne qui libéra la France.

Politiquement parlant, il écrit : « L'opinion reçue est que Jeanne fut l'auteur principal de tous les événements auxquels elle fut mêlée. La vérité est moins brillante : la Pucelle a été une force morale dont les partis se sont servis et qui a fini par être abandonnée par tous, parce qu'elle a voulu rester fidèle à elle-même ».

Bref, la réputation militaire de Jeanne ne repose que sur d'invérifiables légendes ; son action natio' nale n'a qu'une importance subsidiaire; elle doit cesser, enfin, d'apparaître comme un personnage de premier plan. Voilà l'idée qu'on emporte du livre de M. Thalamas ; voilà l'idée qui surgit et qui reste, lorsque, modestement posté derrière un tribunal qu'avait domestiqué l'Angleterre, on feuillette, par-dessus Tépaule de Gauchon, le dossier

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de Jeanne d'Arc. Des mains de M. Thalamas, l'histoire de Jeanne sort amincie, son personnage émacié, son rôle rétréci. Quelque bienveillant qu'il soit, de çà de là, pour la « splendide conviction », voire même pour V « héroïsme » de la Pucelle, la mémoire de Jeanne, soumise à cette épreuve, s'éclipse et s'éteint. L'héroïne ne se ternit point, mais descend vers une honorable insignifiance. C'était bon pour le peuple, d'auréoler Jeanne ; la vérité, « moins brillante », la doit ramènera plus d'obscurité.

Toi est le jugement que se plaît à propager, au sujet de Jeanne d'Arc, un des membres les plus légitimement célèbres de la confession maçonnique.

La présence du clergé catholique aux fêtes de Jeanne d'Arc était chaque année la suite et la sanction naturelle du panégyrique, qui, sous les voûtes de la cathédrale, venait d'exalter l'héroïne.

11 est plus malaisé de saisir un lien entre Topuscule de M. Thalamas, qui la diminue, et l'irrésistible besoin qu'ont éprouvé les maçons ses « frères » de la célébrer avec éclat.

HT

Naguère, prenant congé de ce livre qui blesse, nous étions allé demander aux Anglais de nous

rendre Jeanne, la Jeanne qui est le patrimoine de noscœurs ; ils nous l'avaient bien rendue.

Le regretté James Darmesteter, en ses Nouvelles Etudes anglaises, nous fait assister à l'ascension du souvenir de Jeanne d'Arc dans les intelligences britanniques entre le xv® et le xix® siècles ': c'est un spectacle consolant.

« On fait trop de bruit de Thisloire de cette femme », écrivait, il y a quatre cents ans, un certain Robert Fabyan, qui fut alderman de Londres : la phrase de ce patriote anglais résumerait assez bien l'opuscule de M. Thalamas. Jeanne n'était, pour Shakespeare, qu'une sorcière qui se livrait à des opérations magiques pour garder la faveur des démons. L'on vivait sur cette légende lorsqu'en 1679 une parole de bon sens fut dite : « Que Jeanne ait été ce qu'elle voudra, déclara un certain docteur Howel, elle n'arracha pas moins aux Anglais cette ville d'Orléans dont ils se croyaient maîtres. » Du jour où cette rein arque fut lancée, date, au delà de la Manche, une admirable réaction en faveur de Jeanne.

Le xv!!!"" siècle anglais, qui croyait peu à Tenfer, eut quelque scrupule à soutenir que Jeanne en fût venue ; Wesley, le réformateur religieux, s'agenouilla devant elle; Southey, en 1793, fit de son histoire un thème d'épopée. La Pucelle est de ces figures auxquelles il suffit de vouloir rendre justice pour leur vouer aussitôt un culte; dès qu'on la

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connaît Ton est pieux pour elle, et on ne la connaît qu'en étant pieux ; Y i< héroïsation » de Jeanne dans l'opinion anglaise succéda tout de suite à la résipiscence des historiens.

« Bien haut parmi les morts qui donnent une vie meilleure à ceux qui vivent, voyez briller la jeune paysanne dans sa cuirasse sacrée, elle que le Seigneur de la paix et de la guerre envoya, comme sur un char de flamme, loin du bercail paternel ! » Le jeunepasteuret poète John Stirling, il y a soixante ans, célébrait ainsi notre vierge nationale, et il voyait en elle « le personnage peutêtre le plus merveilleux, le plus exquis, le plus complet de toute l'histoire du monde ».

Il était bon de feuilleter les pages de M. Darmesteter après avoir froissé celles de M. Thalamas, et d'observer qu'en Angleterre, dans la nation vaincue par Jeanne, la vérité sur l'héroïne fut constamment en marche. Nous trouvions à faire cette constatation un mélange de douceur et d'àpreté, au moment précis où, dans la nation victoneuse par Jeanue, cette vérité semblait être en recul.

11 nous plut, alors, de poursuivre l'enquête, çt d'interroger TAHemagne comme M. James Darmesteter avait interrogé ï AnglcievrcLsi Société archéologique et historique de F Orléanais voulut bien écouter les conclusions de nos recherches, et en

décider Tinsertion dans ses ili^'mo/r^i" : nous ne pouvions souhaiter un plus grand honneur pour ces pages rapides par lesquelles nous nous étions discrètement soulagé d'une attristante lecture.

Mais voici qu'aujourd'hui, 8 mai 1907, à la suite du divorce entre l'Eglise et l'Elat, des acolytes nouveaux s'imposent pour le cortège de Jeanne d'Arc. Ce sont précisément les coreligionnaires de M. Thalamas. Nous n'avons pas le droit de nous désintéresser de ce qu'ils pensent : les attentions gouvernementales dont ils sont Tobjet ne le permettent pas. De crainte qu'entre deux opinions sur Jeanne, celle de la France et celle de M. Thalamas, ils ne préfèrent la seconde, nous ne croyons pas seulement piquant, mais utile, d'ébruiter de notre mieux l'opinion de l'Allemagne. Ils aiment, paraît-il, à faire figure d'esprits larges, ardents à s'identifier avec le cerveau de l'humanité, jaloux de s'évader hors des étroitesses nationales.

On ne peut trop leur montrer, dans le détail, le culte dont partout à l'étranger Jeanne d'Arc fut l'objet : c'est un genre de remarque auquel leur instinct cosmopolite ne saurait être insensible. Quant aux Français auxquels il suffit, pour honorer Jeanne d'Arc, que la France l'honore, ils ne seront pas indifférents, eux non plus, à ces échos d'outre- Rhin : leur patriotisme en sera flatté.

8 mai 1907.

DEVANT L'OPINION ALLEMANDE

A M. Larcanger, affectueux souvenir.

L'Eglise a des mots grandioses et des gestes augustes pour consacrer les réputations universelles ; elle est ici-bas la seule puissance qui sache faire choix de certaines figures disparues, pour les proposer, hardiment, au culte de la famille humaine. Mais dans cette besogne d'élection, elle ne fait qu'enregistrer, après examen, une sorte de suffrage universel des peuples; elle ratifie des gloires beaucoup plus qu'elle ne les crée ; la prière, déjà, voltige sur les lèvres des hommes avant que TEglise ne Tédicte et ne lui donne un aspect liturgique ; et lorsqu'une physionomie historique est sacrée par une canonisation, c'est que les âmes, d'elles-mêmes, ont déjà coutume de la chercher dans l'au-delà, et de l'y trouver. La vox populi, ainsi comprise, précède et détermine en quelque mesure la vox Dei,

Nous voudrions en quelques pages faire entendre

16 JEANNE d'arc DEVANT l'oPINION ALLEMANDE

au sujet de Jeanne d'Arc certains échos de cette cox populi, les échos dont au cours des cinq derniers siècles les pays d'Outre - Rhin ont retentit

* Il est de notre devoir, au début de ce travail, de ne point oublier l'aide précieuse que nous avons trouvée dans le Livre d'or de Jeanne d'Arc^ publié par M. Pierre Lanéry d'Arc (Paris, Techener, 1894).

LES COiNTEMPORAINS ALLEMANDS DE JEANNE D'ARC

Les exploits de la Pucelle en France étaient, au jour le jour, connus et suivis en Allemagne : des indices très sérieux nous permettent de l'affirmer. C'est d'abord certain compte de dépenses de la ville de Ratisbonne, dont il résulte qu'en 1429, au moment du séjour de l'empereur Sigismond dans cette ville, les magistrats dépensèrent vingt-quatre deniers « pour voir le tableau qui représente comment la Pucelle a combattu en France^ ».

Ce sont deux lettres écrites à destination de TAllemagne, Tune à la fin de juin 1429, par les agents d'une ville ou d'un prince allemand, l'autre le 16 juillet 1429, par Jean Desch, secrétaire de la ville de Metz; elles témoignent Tune et l'autre combien les événements d'Orléans captivaient la curiosité, dans ce qui commençait à être l'Eu-

* Quicherat., Procès de Jeanne cl* Arc, V, p. 270.

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