EXTRAIT DE LA PREFACE
La « lutte pour la santé » qui fait le sujet de cette étude est celle qui se livre, tous les jours, dans la vie de chacun de nous. C'est une forme de la loi universelle de la lutte pour l'existence. Sans cesse, depuis l'instant où nous naissons, notre organisme tend à maintenir ou à rétablir cet équilibre de ses forces qu'on appelle « la santé »; et sans cesse une foule d'influences, intérieures ou venues du dehors, tendent à détruire cet équilibre, éminemment instable.
Et si, parmi ces influences hostiles à notre santé, beaucoup ont un caractère fatal et inévitable, s'il y a malheureusement beaucoup de causes de maladie contre lesquelles nous sommes désarmés, il y en a aussi un très grand nombre qui peuvent être évitées, ou combattues victo-
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attribua une partie des péages du Rhin, et sa plume, reconnaissante et fidèle, écrivit une sorte de mémorial pour servir à Thistoire de Tempereur et de son temps. Nous connaissions déjà, par Guido Goerres et par Quicherat, une partie des fragments dans lesquels Eberhard Windecke parlait de Jeanne d'Arc ; M. Altmann, en 1891, a publié, d'après un manuscrit de la Bibliothèque impériale de Vienne, d'autres morceaux du même Mémorial relatifs à notre Pucello \ et M. Germain Lefèvre-Pontalis vient de nous donner une édition critique de l'ensemble des passages consacrés à Jeanne d'Arc par le vieux chroniqueur Mayencais ^
Nous n'avons point affaire, ici, à l'un de ces historiens savants dont le récit même suppose une sélection, et qui, désireux de reconstituer une
* Wilhelm Altmann, Siudien zu Eberhard Windecke : Mitteilung hisher unbekannter Abschnitte ans Windeckes]Welt-Chronik (Berlin, 1891). Eberhard Windeckes Denkwtirdigkeiten zur Geschichte des Zeilalters Kaiser Sigmunds, zum ersten Mate vollstàndig herausgegeben (Berlin, 1893).
' Germain Lefèvre-Pontalis, Les sources allemandes de V histoire de Jeanne d'Arc, Eberhard Windecke (Paris, Fontemoing, 1903). — Par cette publication, succédant à l'édition de la Chronique d'Antonio Morosini qu'il a donnée avec M. Léon Dorez, M. Germain Lefèvre-Pontalis inaugure, à proprement parler, une sorte de période nouvelle dans les études sur Jeanne d'Are; le domaine vers lequel elles se porteront de plus en plus, et sur lequel l'érudition peut encore utilement s'exercer, c'est l'histoire de la réputation de Jeanne d'Arc.
)hysionoTnie sous un cerlain jour, on choisissent ît en disposent les éléments. Pôle-mc^lo, au hasard ie ses informations et de ses notes, Windecke lous livre, en son Mé?7iorial, tout ce qui parvenait i Mayence, soit par écrit, soit par des traditions Drales, au sujet de la Pucelle. Les textes qu'il reproduit sont au nombre de trois : d*abord les vers latins, quasi-prophétiques, fabriqués à Toccasion de la venue de la Pucelle, en njars ou avril 1429, avant la délivrance d'Orléans*; puis la consultation émanée de la commission d'enquête réunie à Poitiers par ordre de Charles VI1-; enfin, la lettre de Jeanne aux Anglais, du 22 mars de la même année^. Ce sont là trois pièces favorables à la cause de Jeanne; la dernière, en particulier, ne se rencontre, à cette époque, que dans les chroniques d'inspiration française*. Les échos circulant à Mayence, et dont Windecke se fait le greffier, sont plus significatifs encore. 11 en est, parmi eux, grâce auxquels nous connaissons tel détail qui a échappé à tous les autres chroniqueurs. Par exemple, Eberhard Windecke est le seul historien qui nous donne la nouvelle, confirmée par un
* Lefèvre-Pontaris,pp. 22-31.
- Lefèvre-Pontalis, pp. 32-41.
* Lefèvre-Pontalis, pp. 42-63.
* Lefèvre-Pontalis, pp. 47-48,
24 LES CONTEMPORAINS ALLEMANDS DE JEANNE d'^*
document de la Chambre des comptes de Nan
d'une ambassade du duc de Bretagne auprès
Jeanne^ D'aulres cchos, au conlraire, apparaiss
plutôt comme les premiers murmures d'un Rom
cero allemand, à demi mythique, consacré à
gloire de la Pucelle. Windecke nous promène
miracle en miracle : nous entendons Jeanne p
venir le roi d'une tentative d'empoisonnement •
se concerte contre lui-; nous voyons les vigi
de Reims, au lendemain du sacre durant ieq
l'immense foule les avait abîmées et dév
tées, repousser, comme par enchantement, en i
prodigieuse floraison^; nous surprenons Jear
annonçant à son confesseur Pasquerel qu'elle f
contre les infidèles une grande croisade '; nous ass
tons, la nuit, à la « dure vie de grande rudess
quemèneThéroïque Pucelle, « plus durement qu'
chartreux en son cloître^ »; et de tous ces trai
ainsi combinés, se recompose la merveillei
légende qui;, à Theure même où Jeanne d'Arc ne
sauvait, attirait et retenait les âmes Mayençais
Etait-il surprenant que cette sorte d'attrait (
* Lefèvre-Pontalis, pp. 68-69.
* Lefèvre-Pontalis, pp. 128-129.
^ Lefèvre-Pontalis, pp. 92-93.
* Lefèvre-Pontalis. pp. 108-109 et 112-113.
» Lefèvre-Pontalis, pp. 108-109.
les agenouillait devant la vierge surnaturelle les gagnât à la cause môme que Jeanne venait servir? « Et ainsi fut Orléans délivré, nous dit Eberhard Windecke, l'armée détruite et toutes les bastilles gagnées avec grand butin qu'on trouva dedans. Et alors tirèrent les Anglais en Normandie et laissèrent leurs gens en garnison à Meung et à Beaugency et Jargeau. Deo gratiasl^ » Et un peu plus loin : « Et se mit le roi sus, et est en chemin, et espère réduire Meung et Jargeau et Boaugency. Dieu veuille y pourvoir at(ssi\ ■ » Le texte français ^^h Chro7iique de Tournai donne exactement les mêmes détails; mais les mots : Deo gratiasl qui soulignent les victoires, les mots : « Dieu veuille y pourvoir aussil » qui invoquent d'autres victoires, ne se trouvent que dans le texte allemande Le Dominicain Jean Nider, professeur à TUniversité de Vienne, aux yeux de qui Jeanne n'était rien autre chose qu'une sorcière, nous laisse comprendre, malgré son hostilité, cette sympathie des pays germaniques pour la cause française et pour la libératrice de la France : « La Pucelle, dit-il dans son Formicarium^ accomplissait de telles merveilles, qu'elles jetaient dans la stupéfaction,
' Lefèvre-Ponlalis, pp. 174-177.
■ Lefèvre-Pontalis, pp. 176-177.
' Lefèvre-Pontalis, pp. 71-72.
26 LES CONTEMPORAINS ALLEMANDS DE JEANNE d'aRC
non pas seulement la France, mais encore tous les royaumes de la chrétienté^ ». Voilà le témoignage du seul contemporain de langue allemande qui ait fait cause commune avec les ennemis de la Pucelle; et quoi qu'en veuille l'auteur ce témoignage est un éloge.
' AyroUes, La Vierge guerrière, pp. 282-287.
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