SCÈNE IV
JEANNE, seule.
Je vous quitte, vallons paisibles, prés fleuris. Montagne où je priais, pâturages chéris, Jeanne ne viendra plus chercher sous la ramée La source qui se cache ou la fleur parfumée.
18 JKANNE d'arc.
Arbres quo j'ai plantés, grotte où souvent ma voix
Fit répéter ses chants à l'écho de nos bois;
Adieu! chaume natal qui gardes mon vieux pèi'e,
Asile vénérable où j'ai perdu ma mère,
Je pars; Jeanne répond à l'appel de son Dieu;
Jeanne pleure et vous fuit et pour toujours; adieu!
Troupeau, disperse-toi sur l'aride bruyère ,
Car un autre troupeau réclame ta bergère.
A travers les périls, les champs ensanglantés,
Ce troupeau sur mes pas conquerra des cités.
Ainsi le veut l'esprit dont je suis inspirée;
Ainsi le veut celui de qui la voix sacrée
A travers le buisson de Moïse, m'a dit : Va , témoigne pour moi dans ce siècle maudit. Que l'acier des combats soit ta seule parure ; Point d'hymen ; point d'enfant à blonde chevelure Qui vienne en souriant s'ébattre sur ton sein; Non, ton cœur et ton corps doivent être d'airain. Mais grande tu seras entre toutes les femmes, Ton âme des vaincus relèvera les âmes, De ses vainqueurs hautains Charles sept délivré, Jeune fille, par toi dans Rheims sera sacré. »
Eh bien! oui, je prétends à cet honneur insigne.
Le Ciel le veut; ce heaume en est pour moi le signe :
C'est du ciel qu'il me vient, oui du ciel, et mon cœur
Y puise je ne sais quelle divine ardeur.
J'entends des bruits lointains, les chevaux qui hennissent,
J^es soldats, les canons dont les voix retentissent,
Tous les cris de la guerre; et ces mâles accens
D'un trouble qui m'est doux font tressaillir mes sens.
Aux combats! aux combats! Triomphante ou victime,
Que ton esprit, mon Dieu, me soutienne et m'anime!
[Ef/e sort.)