ACTE DEUXIÈME. — SCÈiNE V
Non, je ne suis plus roi. Pour ce peuple aujourd'hui 11 faut un autre sceptre ; il faut une autre épée, Qui, de sang et de pleurs incessamment trempée , Comme le glaive ardent des archanges vengeurs Soit l'instrument fatal des célestes fureurs. Mes frères ont péri. L'infernale puissance T'a torturé vingt ans, pauvre père en démence! Et celle dont les flancs, hélas ! m'ont mis au jour M'exècre, m'abreuvant de fiel au lieu d'amour. Tel est l'arrêt de Dieu : ma race est condamnée; Il me faut jusqu'au bout subir ma destinée; Et je cède.
DurîOîs.
Est-ce là le langage d'un roi?
Est-ce ainsi qu'on rejette une couronne? Quoi ! Dans les champs dévastés, dans les villes en flammes Bourgeois et laboureurs, vieillards, enfans et femmes Luttent, bravant la faim, la mort, toute douleur. Sous l'inspiration et l'élan de leur cœur! Quoi! chacun tout entier se dévoue et s'enchaîne Au parti qui lui souffle et l'amour et la haine! Chacun marche à son but sans en être effrayé.... Et vous. Roi, n'écoulant qu'une molle pitié, Vous iriez à l'Anglais pour des raisons futiles Livrer, avec vos droits et votre honneur, vos villes! Non; que la guerre encor poursuive son chemin; Et frappez sans remords, ô mon royal cousin!
LE ROI, aux magistrats.
Je ne })uis d'Orléans faire lever le siège. N'insistez plus. Allez, et que Dieu vous protège !
36 JEAiNNE d'à lie.
C'en est trop à la fin! Puisque vous désertez Ce trône où vos aïeux si grands étaient montés. Que vous abandonnez l'épée et la Couronne, A mon tour maintenant, moi, je vous abandonne; Et l'honneur des Valois que vous osez ternir Le bâtard d'Orléans saura le soutenir.
[Aux magistrats.)
Dans vos murs dont le nom fut porté par mon père Je retourne avec vous, poussant des cris de guerre, Pour que l'Anglais apprenne, au fort de nos combats; Que, n'ayant plus de roi, vous avez des soldats.
[Il veut sortir ; Agnès le retient.
Comte Dunois, calmez cette colère extrême. — C'est un guerrier loyal, c'est un cœur qui vous aime, Sire; n'en croyez pas cet aveugle transport; Car pour vous mille fois il braverait la mort. Restez unis tous deux au nom de votre gloire.
(dhnois a les yeux fixés sur le Roi et semble attendre une réponse. LE ROI.
C'en est fait, Duchalel; nous passerons la Loire.
AG?fÈS à DUNOIS.
Le destin le poursuit ; pour parer à ses coups, Dunois l'abandonnant, que lui reste-t-il?
DXJNOis, avec ironie.
Vous.
Adieu.
(// se détourne hrvsquement et s'éloigne. Les magistrats le sutvent.