SCÈNE V
Les pnÉcÉDESTS, JEANNE , accompagnée des magistrats et de plusieurs chevaliers qui remplissent le foiid du théâtre. Elle s'avance, regardant tous les personnages rangés autour d'elle. Plus tard , un ÉCUYER.
DUNOIS ^ après un silence solennel.
Jeune fille, voici
JEANNE, Vinterrompant et le regardant avec dignité.
Dunois veut tenter Dieu.
C'est un plus grand que lui que je cherche en ce lieu.
(Elle s'avance d'un pas assuré vers le Roi, courbe un genou devant lui, se relève, puis se retire. Tous les assistants manifestent leur surprise.)
LE ROI
Qui donc, ô jeune fille, et t'éclaire et t'inspire? C'est la première fois que tu me vois.
Non, Sire.
Je vous ai vu (c'était un moment solennel!) Hier, quand vous étiez seul avec l'Éternel. La nuit sur ce palais épaississait son ombre, Et votre âme souffrante était encor plus sombre. L'inquiète insomnie irritait vos douleurs. Vous vous êtes levé de votre couche , en pleurs, Et vous avez prié. Cette prière. Sire, Eloignez votre cour, je vais vous la redire.
Ce que je dis à Dieu peut être répété Aux hommes ; je t'écoute, esprit de vérité.
Eh bien! voici les mots sortis de votre bouche :
« Que la misère, hélas! de mon peuple te touche,
« Seigneur; regarde, il est mourant, prends en pitié;
« Et si peut-être un tort non encore expié
« Fut par les miens commis, ô mon céleste père,
« Épuise sur moi seul ton vase de colère. »
Puis, vous avez parlé d'Agnès
LE ROI
Tais-toi! tais-toi!
Jeune fille; je n'ai plus de doute; je croi! Ta mission éclate à mes yeux révélée.
Par Dieu même tu fus pour combattre appelée, Pour combattre l'Anglais, pour relever enfin Mes lys longtemps courbés sous l'aride destin. Mais dis-nous tes secrets, ô samte jeune fille! Parle : quel est ton nom, ton pays, ta famille?
JEANNE
Mon nom est Jeanne d'Arc, et je reçus le jour
Aux champs de Domremy, près de Greux, doux séjour
Où mon père, honoré parmi ceux du village.
Me donnait à guider troupeaux au pâturage.
Là, j'entendais souvent parler des ennemis.
Qu'Isabelle etTalbot sur nos bords ont vomis.
On contait que Paris tombait en leur puissance
Et que l'Anglais était le maître de la France.