‹ Jeanne d'Arc; drame en cinq actes et en versChapitre 39 sur 76 · ACTE THOISIÉME — SCE^E V · texte numérisé non relu

ACTE THOISIÉME — SCE^E V

Alors, j'ai supplié la mère du Seigneur,

Lui disant : Sauvez-nous, Vierge, du déshonneur

De passer sous le joug des races étrangères

Et de voir fuir les rois qu'avaient bénis nos pères. »

Il est sur la hauteur, non loin de nos hameaux,

Une madone, appui du pauvre en tous ses maux.

Et que les pèlerins, dans leurs visites saintes,

Pressent, en l'invoquant, de pieuses étreintes.

Un chêne est tout auprès, chêne vieux, redouté,

Et qui par la terreur lit sa célébrité.

Souvent je m'asseyais à l'ombre de ce chêne....

Si l'un de mes agneaux descendait dans la plaine,

Toujours, quand le sommeil venait fermer mes yeux,

Un songe me montrait l'agneau capricieux.

Une fois, j'y priai durant la nuit entière;

Le sommeil repoussé fatiguait ma paupière

Et tourmentait mon âme en sa dévotion.

Tout à coup il me vint une apparition

Merveilleuse; c'était la Vierge. Sur sa tète,

Un étendard flottait; comme en nos jours de fête

Elle portait l'habit des bergères, mes sœurs,

Et l'épée en ses mains brillait de feux vengeurs.

« Laisse-là tes troupeaux ; lève-toi, » me dit-elle.

« Lève-toi, le Seigneur à d'autres soins t'appelle.

« Cette épée est la tienne, et ce drapeau le tien.

« Marche, venge ton Roi, mon peuple et ne crains rien. »

Moi, je lui dis : comment faire une telle chose?

Une épée est trop lourde à mes mains, et je n'ose.

Elle reprit : « sans peur prends ce fer redouté ;

« Si ton âme toujours garde sa pureté,

« 11 ne pèsera point à ton bras ; et sois sûre

« Que l'un sera puissant, l'autre étant sans souillure. »

oO JEANNE d'arc.

Elle toucha du doigt ma paupière, et je vis Les anges descendant vers moi du paradis. Trois nuits durant, j'ouïs cette voix solennelle : « Lève-toi ; le Seigneur à d'autres soins t'appelle, » Or, la troisième nuit, d'un sévère regard La Vierge accompagna ces mots : plus de retard ; « Le temps presse ; accomplis l'œuvre de délivrance, « Et mets ta gloire, femme, en ton obéissance. » Elle dit; tout à coup ses vêtements de lin Tombent, comme enlevés par un souffle divin, Et je vois, son front ceint d'une auguste auréole. Sur des nuages d'or la Vierge qui s'envole.

Humble fille des champs, puissante par la foi, Si tantôt mon esprit douta, pardonne-moi.

DCCHATEL.

Miracle surprenant !

LA HIRE

0 céleste Puissance !

DUNOIS

Je crois moins au miracle encor qu'à l'innocence Qui brille dans ses yeux.

LE ROI

Dis, mon ange Sauveur, La France

JEANNE

Est délivrée.

Page 1