‹ Jeanne d'Arc; drame en cinq actes et en versChapitre 46 sur 76 · ACTE QUATRIEME, — SCÉ>E III · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIEME, — SCÉ>E III

Le peuple jette aux vents et verdure et chansons.

Tout rit aux murs de Rheims; et l'autel magnifique

Éclaire de ses feux l'austère basilique.

Plus de haine entre nous : ni vaincus, ni vainqueurs :

Un même sentiment enchaîne tous les cœurs;

Le trône resplendit sous des cieux plus prospères:

Les fidèles Français ont retrouvé leurs frères !

Et moi, dont cette ivresse est l'ouvrage et l'honneur,

Je ne suis point heureuse, hélas! d'un tel bonheur.

Je ne sais quel regret, quelle mélancolie

Ont brisé les ressorts de mon âme amollie;

Mon front sous un fardeau suprême s'est plié.

Peut-être est-ce une vague, une intime pitié ;

Peut-être tout ce sang dont ma main est trempée

D'une rigueur trop longue accuse mon épée ;

Et la voix de mon sexe, étouffée un moment.

Fait entendre en moi-même un sourd gémissement.

Tandis qu'autour de moi mugissaient les batailles.

J'étais guerrière ardente et femme sans entrailles.

Mon bras, que nul effort ne pouvait retenir.

Terrible et sans merci se levait pour punir.

Souvent je méconnus le cri de la nature...

{yjprès un itistmif de silence.)

Jeune Montgomery, pour toi je fus bien dure! Guerrière, disait-il, prends pitié de mon sort. Oh ! grâce, épargne-moi, toi qui donnes la mort. Si tu savais combien mes jours coulaient prospères Sous les ombrages frais du comté de mes pères! Si tu savais combien renferme ce séjour De trésors de bonheur, d'innocence et d'amour! Si tu savais que là vit toute ma pensée ! Si tu savais que là m'attend ma fiancée!....

64 JEA>NE d'arc.

« Je te croyais bon cœur. Me serais-je trompé? « Grâce, grâce pour elle! » Et moi, je l'ai frappé... Comme un reproche amer, écho d'un autre monde. Cette voix me poui'suit lamentable et profonde.

[Les sons de la musique recommencent. Elle tomJje dans une douce tristesse.)

Pourquoi te dire adieu, houlette des pasteurs? Pourquoi contre le glaive échanger tes douceurs? Et pourquoi dans le ciel m'apparaître, ô Marie? Pourquoi faire un torrent du lac pur de ma vie ? Quand tu veux, ô mon Dieu, qu'éclate ton pouvoir, Qu'un signe manifeste à tous s'en fasse voir : Charge, pour châtier, des feux de ta colère. Les archanges du ciel, les esprits de lumière, Impassibles, n'ayant faiblesse, ni transports. Qui luttent sans relâche et frappent sans remords. Mais, pour un tel fardeau, que peut, céleste père. Le courage incertain d'une pauvre bergère?

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