UN SOLDAT
-Halte-là! Par ici, bourgeois, et vous manants. Rangez-vous : approchez, mes minois avenants.
SECOND SOLDAT
Qu'un sacre est ennuyeux! Parle d'une bataille, Où l'on frappe à son aise et d'estoc et de taille. Aujourd'hui nous restons dans Rheims; mais, par ma foi, Marchant au premier rang à la suite du Roi, Le chemin de Paris vaut mieux. Que la Pucelle Le veuille; avant un mois Paris est pris par elle.
PREAUER SOLDAT.
Tu crois?
SECOND SOLDAT
Douterais-tu de Jehanne en ce jour?
PREMIER SOLDAT
Moi, non... mais je voudrais qu'elle connût l'amour.
70 JEAÎSNE u'aI'.C.
SECOND SOLDAT
Qu'importe?
PREMIER SOLDAT
Elle serait moins rude à la ribaude.
Et nous accorderait quelques droits de maraude.
SECOND SOLDAT
C'est égal; elle est bonne avec les pauvres gens Et pour eux n'a jamais de propos outrageants. Sa bourse les soulage et sa voix les console, Et l'on aime encor moins son or que sa parole.
PREMIER SOLDAT
Moi je préférerais que nous eussions, vois-tu? Nous, plus grande licence, elle moindre vertu. On rirait plus au camp qu'on ne fait à cette heure, Et le plaisir rendrait l'existence meilleure.
SECOND SOLDAT
Si Jehanne t'entend, prends garde à son sermon î La Hire, tu le sais, jurait comme un démon; Eh bien! il a suffi d'un seul mot de Jehanne, Pour qu'il ne dît plus rien que l'Église condamne.
PREMIER SOLDAT
Soit; mais toujours est-il que, ce matin, j'ouïs Un moine et des seigneurs là-bas, près du parvis, Qui devisaient entre eux de Jehanne à voix haute Et qui lui reprochaient je ne sais quelle faute.
[Loiseleur paraît au fond du théâtre.)