‹ Jeanne d'Arc; drame en cinq actes et en versChapitre 57 sur 76 · SCÈNE XI · texte numérisé non relu

SCÈNE XI

JEA^^E, le peuple; ensuite MARGUERITE. LOUISE, puis BER- TRAXD. CLAUDE, ETIENNE.

JEANNE, s'écartant de la foule arrive sur le devant de la scène.

Au pied des saints autels j'ai laissé ma bannière,

Et voulu respirer l'air libre et salutaire.

Le poids des souvenirs m'oppresse. J'ai commis

Ofl'enses et péchés qui ne sont point remis :

J'ai bravé, le fuyant, l'autorité d'un père;

lAI'enivrant de vengeance et de gloire à la guerre.

Sans doute il s'est glissé dans mon cœur tourmenté

Un esprit de révolte avec la vanité.

Cos fautes, le Seigneur, qui relève et châtie,

Veut que, pour mon salut, bientôt je les expie.

[Après un moment de silence.)

Mon Dieu, comme je souffre !... Un instant, fol espoir. Dans le temple, mes yeux, hélas ! avaient cru voir Louise et Marguerite. 0 mes sœurs ! doux mensonge ! Apparence trompeuse, ainsi que l'est un songe ! De ma vie à jamais j'ai perdu les douceurs : J'ai perdu mon vieux père et ma joie et mes sœurs. Toul est fini pour moi.

LOUISE s'avance.

Reconnais ta Louise.

MARGUERITE court vers elle.

Reconnais Marguerite.

JEANNE

0 bonheur ! ô surprise !

Quoi ! c'est vous, vous à Rheims ! ah ! venez sur mon cœur, Je vous retrouve enfin!... Soyez béni, Seigneur!

LOUISE

C'est notre chère sœur, bonne et toujours la même.

MARGUERITE

Noble Jeanne, ton nom et ta gloire suprême Pénètrent jusqu'au fond de nos hameaux obscurs; Cette étoile a guidé nos pas jusqu'en en ces murs. D'autres ont voulu voir aussi ton sort prospère, Et, venus avec nous...

JEANNE, vivement.

Quoi! mon père! mon père!

Dis vite, est-il ici? voudra-t-il me revoir? Pourrai-je l'embrasser?

LOUISE

Je n'ai pas cet espoir.

MARGUERITE

Notre bon père....

[Louise lui fait un signe.)

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